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	<title>Domitille Casarotto | Rédacteur à Billet de France</title>
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	<title>Domitille Casarotto | Rédacteur à Billet de France</title>
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		<title>ENTRETIEN – Guerre en Ukraine : un volontaire français raconte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Domitille Casarotto]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Dec 2025 14:44:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Publié le 07/12/2025</p>
<p>Cet article <a href="https://www.billetdefrance.fr/opinions/entretien-guerre-en-ukraine-un-volontaire-francais-raconte/07/12/2025/">ENTRETIEN – Guerre en Ukraine : un volontaire français raconte</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.billetdefrance.fr">Billet de France</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Depuis sa chambre d&rsquo;hôpital à Lviv, un jeune volontaire français blessé sur le front nous raconte par téléphone l&rsquo;enfer de la guerre en Ukraine. Une musique mécanique, en bruit de fond, rend la scène irréelle. Sa voix grave au léger accent la rend plus vraie que jamais.</span></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Domitille Casarrotto&nbsp;: Où êtes-vous actuellement&nbsp;? Racontez-moi.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Volontaire français</strong>&nbsp;: Je suis à l’hôpital, à Lviv. C’était une belle ville, la plus grande et la plus proche de l’Occident. Très européenne, loin de la guerre. Les gens sont un peu déconnectés, il y a une ambiance très étrange. Ici, il y a des voitures de luxe, des touristes lambda qui viennent, et qui rentrent chez eux, et qui diront « j’ai été dans un pays en guerre ». Alors qu’on n’y voit rien du tout.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/recit-ukraine-odessa-entre-memoire-et-conflit/01/02/2025/">RÉCIT – Ukraine : Odessa, entre mémoire et conflit</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Mon bataillon se situe dans le même oblast, mais caché dans une forêt. Je suis dans le troisième bataillon d’artillerie. Je reviens des environs Kharkiv, vers l’Est, pas loin de Poltava. Le déroulé de nos missions est simple&nbsp;: une compagnie part, et malheureusement, elle se fait dissoudre la plupart du temps. Parce que beaucoup des mecs sortent blessés ou meurent. Alors on rentre à la base et tout recommence : on reforme une compagnie avec ceux qui restent. Nous sommes restés deux mois là-bas et ils ont fait rentrer ceux qui n’étaient pas blessés. Moi, j’ai été évacué après une opération.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Qu’est-ce qui vous a poussé à partir&nbsp;au front&nbsp;? Comment êtes-vous arrivé là-bas ? </strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: Ma motivation principale, c’est la défense de l’Europe et ça au-delà des questions politiques. On peut critiquer Zelenski, mais moi je suis venu pour défendre l’Europe, combattre pour le peuple ukrainien qui a été très éprouvé et pas seulement dans l’histoire récente. Quand tu parles avec des Ukrainiens, que tu t’assoies avec eux, qu’ils t’offrent un verre, ils commencent à te parler de l’histoire du pays. Tu te rends compte que cette guerre, ces problèmes entre la Russie et l’Ukraine, ce n’est pas une question récente.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Il y a un écart énorme entre les très riches et les très pauvres ici. Quand tu entres dans la zone de combat, tu rencontres les familles qui sont toujours dans leur village. Ils n’ont pas envie de le quitter parce qu’ils n’ont nulle part où aller. Ou tout simplement parce qu’ils se disent&nbsp;: «&nbsp;c’est ma terre, je n’ai pas envie de partir, je veux vraiment mourir ici&nbsp;». C’est aussi dans ces moments que tu vois l’extrême gentillesse et la simplicité de ces personnes-là. Ces personnes qui n’ont rien et qui ont tout en même temps.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Tu vois leur mode de vie très solidaire, pas seulement avec les étrangers, mais avec tous les soldats. C’est ce que j’ai vécu. Ces vieilles mamies qui voient le patch français, qui savent que tu ne comprends rien, mais qui t’abordent, puis le lendemain te ramène quelques poissons, et puis le surlendemain des œufs ou du fromage. Des petits détails comme ça qui font chaud au cœur. Ce sont ces personnes-là que je défends.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/guerre-en-ukraine-moscou-expose-ses-trophees/09/05/2024/">Guerre en Ukraine : Moscou expose ses «trophées»</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Même si je ne suis pas Français d’origine, dans ma démarche, j’ai choisi de me battre aux côtés des Français. Je voulais représenter la France et porter le patch français, pour essayer de rendre à la France ce qu’elle a fait pour moi ces dernières années. J’ai eu la chance et l’honneur de porter le patch français sur le front.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Comment êtes-vous arrivé là-bas ? </strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: Pour arriver ici, c’est assez simple. Il y a un site où tu soumets ta candidature, puis deux semaines après, on te contacte et tu as un rendez-vous avec un recruteur. On te pose quelques questions sur tes raisons de venir, ton expérience militaire, puis on te dit ok et on t’envoie une lettre d’acceptation qui te permet de traverser la frontière plus facilement.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Pour traverser la frontière à pied, je suis allé à Medyka du coté Pologne, puis je suis passé de l’autre côté vers Shehyni. Une fois que tu y arrives il y a un bureau d’accueil de la légion. A partir de ce moment, tu es pris en charge, logé, nourri et tu vas vers le centre d’entraînement. Ils proposent ensuite à ceux qui ont déjà de l’expérience de sauter cette étape, et d’aller directement dans un bataillon de la légion.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Il y en a quatre, le quatrième est le bataillon d’entraînement. On m’a proposé d’aller dans celui de mon choix et j’ai rejoint une unité du troisième bataillon, en novembre. Je ne sais pas si j’ai choisi la bonne période. Apparemment, la légion a aussi de plus en plus de difficulté à recruter, car c’est de plus en plus connu que les missions sont à très haut risque. Il faut savoir que tout le front est difficile, mais il y a des zones ou c’est beaucoup plus chaud.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">On est souvent déployés dans les secteurs où les Russes sont en train de pousser fort. Il y a beaucoup de légionnaires qui meurent. Mais c’est normal&nbsp;: beaucoup d’Ukrainiens meurent aussi. Et un étranger qui meurt à la place d’un ukrainien, c’est mieux pour les stats. On se fait charcuter quand on va là-bas, mais pour les autres, c’est pareil.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Est-ce que des éléments, des situations de cette guerre de haute intensité vous ont surpris,</strong> <strong>malgré vos expériences de combat précédentes&nbsp;? </strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: La camaraderie. Il y a des liens qui se créent forcément. Cette notion de frère d’arme, de camaraderie, c’est incroyable&nbsp;! Ça prend une dimension complètement différente quand tu sais que le mec à côté de toi est prêt à mourir pour te sauver, et que tu es prêt à mourir pour lui aussi. Je ne peux pas en dire plus. Une fois qu’on est sur le front, les questions politiques sont mises de côté, cela devient une question de survie.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/reportage-ukraine-dodessa-a-mykolaiv-un-calme-oppressant/11/11/2022/">REPORTAGE – Ukraine : d’Odessa à Mykolaïv, un calme oppressant</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Et puis les drones, la puissance d’artillerie. Ce n’est pas ma première guerre, mais c’est la première fois que je participe à une guerre de haute intensité comme c’est le cas ici. Ça a complètement changé la logique de la guerre. Le combat d’infanterie classique devient assez rare. La plupart des dégâts sont causés par des drones, donc par des opérateurs qui sont à plusieurs kilomètres et qui vont te tuer de loin. C’est très dur, mais visiblement la guerre prend cette voie-là&nbsp;: une guerre technologique.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">J’espère qu’après cette guerre, on essaiera d’encadrer l’usage des drones. Si tu as la malchance de te faire suivre par un drone FPV (kamikaze), tu l’entends quand il va exploser, donc tu l’entends quand tu n’as déjà plus beaucoup de chances de survie et ça, c’est terrible. Et puis il y a les drones qui lâchent des grenades ou des munitions de RPG, tu les entends pendant longtemps, car ils se posent sur toi et font des calculs avant de lâcher les explosifs. C’est une sensation qui fait très peur, quand tu es entouré de drones et que tu entends toutes les explosions autour de ta position. Et le pire, c’est que tu ne peux rien faire contre ça.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Pouvez-vous nous raconter une de vos missions&nbsp;?</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: Oui, la dernière fois que je suis allé au front par exemple. J’ai survécu par miracle. Je me suis retrouvé en lisière, au milieu d’une attaque d’artillerie, il faisait moins 20 degrés, je n’avais pas de manteau, rien sur moi. Ce jour-là, il y avait eu une évacuation et je devais être évacué avec cette voiture. J’ai décidé de donner ma place à un Ukrainien blessé à qui nous avions effectué les premiers secours, et de partir plus tard dans la journée. C’était un monsieur de cinquante ans, il avait un poumon perforé et des éclats de grenade ou de mortier un peu partout.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/monde/france-maurice-un-rapprochement-des-relations-bilaterales-est-necessaire/18/10/2025/">France-Maurice : un rapprochement des relations bilatérales est nécessaire</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Je lui ai laissé ma place dans le véhicule et je suis resté encore un jour sur la position. Mais j’avais mis mes affaires dans le véhicule avant qu’il ne parte, mon casque et mon sac à dos avec le peu d’eau qu’il me restait, et ma veste. Quand le véhicule est parti, je me suis retrouvé sur le front sans casque et sans veste d’hiver, sans mon équipe qui avait évacué. Je me suis retrouvé seul sur le point d’extraction et cette nuit-là, il y a eu une grosse attaque d’artillerie qui a duré 4h.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Une attaque d’artillerie, c’est un coup toutes les deux ou trois minutes, puis ça s’arrête et ça reprend. Ils recalibraient pour être plus précis et tiraient. Et ça continuait, ça continuait. Toutes les deux ou trois minutes, un obus tombait à côté de moi. Et les tirs au mortier que tu n’entends pas. Pour l’artillerie, tu entends un sifflement qui vient du ciel. Plus il est long, plus ça va tomber proche de toi. J’entendais les sifflements très longs et à chaque fois, je me disais que c’était la fin. Je n’avais pas vraiment peur&nbsp;: j’avais déjà accepté ma mort et je me disais: «&nbsp;j’ai tourné mon cœur vers Dieu et je demande pardon à maman&nbsp;», parce que je ne lui pas dit que j’étais au front.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Et ça à chaque fois que j’entendais le sifflement, je me disais juste que c’était la fin de ma vie, le dernier chapitre. Je n’aurais pas aimé que ça finisse comme ça. J’avais encore des choses à faire de ma vie. Me marier, avoir des enfants… Mais je me disais ça y est, mon histoire finit comme ça, et c’est honorable, au moins, je serais mort mon arme à la main, pour défendre ma vision du monde. Et ça pendant 4 h, par à-coups. Comme si toutes les trois minutes, je mourrai à chaque fois, en acceptant que c’était la fin pour moi.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Comment êtes-vous rentré vivant finalement ?</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: Dieu m’a sauvé. Pour me cacher des drones à la fin de l’attaque, j’ai creusé dans le sol, il faisait -20° et je n’avais pas de pelle, rien. J’avais seulement mon fusil et l’espoir que j’allais y échapper. J’ai essayé de gratter, de faire un trou avec mes ongles. La terre était congelée. J’avais du sang sur les mains, mes ongles étaient éclatés, mes doigts saignaient. Puis j’ai aperçu une petite cahute dans un grand arbre qui était tombé là, couché. Et je me suis caché là.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/opinions/outre-mer-des-territoires-francais-sous-exploites/21/10/2025/">Outre-mer : des territoires français sous-exploités</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">J’ai juste pris les branches tombées autour et j’ai tenté de me faire un petit abri comme ça. Je suis sûr que c’était un miracle, il n’y avait aucun moyen d’en sortir vivant. A chaque fois qu’un obus tombait et s’éclatait, je voyais le flash blanc à quelques mètres, la terre qui retombait sur moi. Je me suis pris beaucoup de blast. Je suis sorti blessé, c’est là que je me suis blessé la jambe et j’ai eu de contusion de la tête et du thorax, j’étais très mal.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">A chaque fois que je partais en mission, j’avais surtout l’envie de ne pas mourir parce que ma motivation c’était ça, sortir vivant pour un jour raconter à ma mère la vérité. Pendant cette mission-là par exemple, pendant que je parlais à Dieu, je lui ai promis que si je sortais vivant de là, je ferai tout pour voir ma mère et lui dire la vérité.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Et à quoi pense-t-on au cœur de l’attaque&nbsp;?</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: Mon expérience m’est personnelle, en tant que catholique et engagé volontaire. Dans les moments durs, je n’avais pas peur. Tout ce que je me disais, c’était que j’acceptais ma mort et que c’est Dieu qui avait décidé que je ne resterai pas là. Tout ce que je faisais c’était cela, accepter ma mort, prier et combattre. J’espérais seulement que j’irai au paradis. C’est une situation assez particulière, mais je n’avais pas peur, car j’avais accepté sciemment le grand risque que l’on prend quand on vient ici.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Pour vous, de quelle manière est-ce que le combat change une personne&nbsp;?</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: La guerre ça te change forcément. Quand tu vois les premiers blessés, les premiers morts, ça te touche de près… C’est ton camarade qui est mort. Celui qui s’est entraîné avec toi pendant des mois. Ça te marque à jamais. Je dirais que ça change ta vision de la vie. Ça m’a sûrement fait apprécier la vie beaucoup plus maintenant qu’avant. Certains aiment les conduites à risque, la bagarre, l’alcool ou la drogue, les choses comme ça. Ce n’est pas mon cas. Mais à vrai dire, après avoir survécu par miracle plusieurs fois, j’ai envie de profiter de tous les moments de la vie.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/monde/mamadi-doumbouya-du-legionnaire-au-prince-devoye-de-guinee/18/09/2025/">Mamadi Doumbouya : du légionnaire au prince dévoyé de Guinée</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Je profite de mon chocolat chaud du matin, du petit thé que je bois le soir, des petites choses qui étaient un peu banales avant, mais que j’apprécie beaucoup aujourd’hui. D’un coup, le chocolat a un meilleur goût. D’un coup, tu n’as pas la flemme d’appeler ta maman, tu apprécies bien plus les petits messages que tes amis t’envoient, les petits coucous pour savoir si ça va. Tu goûtes tout ça bien plus qu’avant quand tu sais que tu aurais pu mourir sans dire au revoir aux personnes qui te sont chères. Ça change à vie oui…</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Avez-vous pu tisser des liens avec des Ukrainiens rencontrés entre deux missions&nbsp;?</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: La grande majorité des Ukrainiens que j’ai rencontrés sur le front avaient plus de 45 ans. J’ai vu des messieurs de cinquante ans qui avaient du mal à se relever, à courir. La mobilisation passe par le service militaire obligatoire, à 25 ans. Dans l’une des nombreuses nuits que j’ai passé dans un bunker avec des Ukrainiens, un d’entre eux m’a raconté qu’il était là pour éviter que son fils n’ait à s’engager dans l’armée. C’est une démarche héroïque parce que ces gens n’étaient pas militaires avant. Cela faisait deux ou trois ans qu’il était à la guerre, avant il travaillait sur des chantiers. Les vieux préfèrent aller faire la guerre pour sauver la vie des jeunes.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Et puis il y a le système de dons aux volontaires&nbsp;: on ne reçoit aucun supplément au bataillon, mais par contre ce dont on peut profiter, c’est ce qu’on reçoit des soutiens que l’on a sur place. Chaque soldat se crée son propre réseau. Par exemple, tu commences à parler avec des Ukrainiens, tu sympathises avec eux, on te met en relation avec une autre personne qui voulait parler avec un français et cette personne-là te fais des dons. Quand j’ai été évacué de la zone de combat, je suis allé à Kiev parce qu’il y avait les funérailles d’un camarade. J’y suis resté trois ou quatre jours. C’est en me promenant simplement dans la ville, qu’on m’a abordé. Je cherchais un salon de tatouage, pour me faire tatouer mon groupe sanguin, vrai truc de milouf ou de mercenaire.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Un gars d’une association m’a mis en contact avec une dame et sa fille, qui parle français. Je leur ai raconté mon histoire et celle de mon binôme qui n’a plus ses jambes. Ça les a touchées, elles m’ont proposé de l’aide très vite. Et samedi dernier, la dame et sa fille sont venues me voir et m’ont demandé ce que je voulais. Je leur ai demandé de quoi faire un apéro, ça me manquait beaucoup, et elles m’ont ramené du pâté Henaff, des petits paquets de chips, des bières. C’était génial&nbsp;! Et pour mon collègue, elles ont acheté des vêtements et de quoi manger. Elles m’envoient des messages tous les jours pour savoir comment ça va, elles viendront me voir après l’opération pour m’apporter un repas fait maison. C’est très généreux.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: En s’engageant, on se crée parfois beaucoup de mythes sur la guerre. Est-ce que vous avez croisé des personnes qui étaient venu par romantisme et qui n’ont pas supporté sa réalité&nbsp;?</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: Beaucoup arrivent avec une idée très différente de ce qu’est la guerre. Certains ont l’air physiquement plutôt solide, mais au check-point, quand tu entres dans la zone de combat et que tu commences à entendre des explosions, ça laisse un aperçu de ce qui se passe sur le front et on commence à voir les têtes changer, des gars qui ne sourient plus, qui deviennent plus pâles… Certains ont reconnu après leur première mission qu’ils n’étaient pas faits pour ça. Et c’est bien normal, le front, c’est très effrayant&nbsp;! C’est normal d’avoir peur. Il y a beaucoup de gens qui acceptent de ne pas être fait pour faire la guerre.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/monde/logiciels-espions-les-etats-unis-sont-devenus-les-premiers-investisseurs-mondiaux/15/09/2025/">Logiciels espions: les États-Unis sont devenus les premiers investisseurs mondiaux</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">J’ai un très bon camarade dont le véhicule a roulé sur une mine papillon, dès sa première mission. Une mine qui n’explose pas tout à fait le véhicule. Le véhicule a été renversé. Ils sont sortis vivants, avec quelques bleus. Et lui, il est retourné en disant qu’il avait eu trop peur. C’est mieux que de déserter. Déserter, c’est très mal vu, tu es considéré comme un lâche, car tu abandonnes et tu n’assumes pas de ne pas avoir le courage de combattre… Mais il y a aussi y a des gars qui n’ont aucune expérience militaire, qui arrivent à la légion, partent au front assez vite et on se rend compte que ce sont de très bons soldats, très solides mentalement.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">La guerre tue les gens au hasard. C’est parfois de notre faute, ça ne pardonne pas quand tu commets une erreur. Même pour les meilleurs soldats, les mieux préparés. Dans l’unité, les deux plus jeunes d’entre nous sont morts assez rapidement. En fait, parmi toute l’unité, c’était les mecs qui méritaient le moins ça, enfin façon de parler&#8230; Ça arrive, on est venus pour ça, on a signé pour ça. Mais c’est très difficile, ça te touche plus ou moins selon tes affinités avec la personne.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">En l’occurrence avec le camarade qui avait vingt ans, nous étions très proches, on était ensemble depuis le début. Il était solide, c’était un très bon soldat qui effectuait bien les ordres. Mais ce type de choses&nbsp;: les pertes, les camardes blessés et tombés, tout ce qu’on vit ici, les familles qu’on rencontre dans les villages… c’est des choses qui changent notre mentalité. Ça donne envie de rester, de continuer le combat.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: Comment voyez-vous votre retour en France, dans la vie civile&nbsp;?</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: Je ne sais pas comment mon retour à la vie civile se passera. Par exemple, je pense à tous les problèmes que je rencontrais avant. Maintenant, en ayant failli mourir plusieurs fois, tous ces problèmes-là qui avaient l’air très importants, tout cela parait très futile. Mais je ne sais pas si c’est une bonne chose de relativiser autant. La guerre, ça désensibilise. Justement, je n’ai pas envie de revenir, de retrouver mes amis, de penser que leurs petits soucis, ce n’est rien comparé à la guerre. L’enjeu est un peu autour de ça, je pense. Je ne sais pas quel sera exactement le changement que j’ai vécu. Ça m’inquiète un peu, mais j’ai hâte de reprendre mon métier. J’étais assistant social dans ma vie civile. Je n’ai jamais arrêté d&rsquo;aider les gens.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">C’est juste que ma manière de les aider ait changé un petit peu. Je suis venu aider des Ukrainiens, je suis toujours au service. Si Dieu le veut, je vais retrouver mon métier et je pourrai aider les personnes en difficulté. C’est ce que je trouve beau&nbsp;: la création de lien. Et c’est ce que j’ai retrouvé ici. Quand tu es dans la zone de combat et que tu vis dans des villages où il reste encore quelques civils, un soir, ils viennent te saluer avec curiosité.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/reportage-serbie-subotica-une-ville-frontiere-aux-portes-de-leurope/18/12/2024/">REPORTAGE – Serbie : Subotica, une ville frontière aux portes de l’Europe</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Le lendemain, ils t’apportent des œufs, te ramènent un matelas. Cela nous conduit à connaître ce peuple ukrainien qui subit la même chose que nous. Quand un village se fait attaquer, nous sommes équipés, mais les civils sont toujours là, ils n’ont rien pour se défendre et ils attendent en silence. Les lendemains d’attaque, je vais voir s’ils sont toujours en vie, si tout va bien pour eux. C’est ça ma vocation, aider, mais aider de près, sur le terrain.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>D.C&nbsp;: En regardant en arrière, avez-vous parfois quelques regrets sur votre engagement ici&nbsp;? </strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>VF</strong>&nbsp;: La seule chose que je regrette, c’est d’être allé m’engager à la légion des étrangers plutôt que dans un autre régiment. J’ignorais qu’on recrutait des étrangers partout. Quand je suis arrivé, je le savais. C’est connu, que la légion envoie les étrangers à la mort, façon de dire.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Après mes quelques mois de service, je vois aussi toutes les failles et les défauts liés au jeune âge des cadres qui la plupart n’ont pas d’expérience de combat. Beaucoup d’amateurisme et d’improvisation, à la légion. Ça rend le travail plus difficile. Par exemple, nous avons tout l’équipement anti-drone mais on ne peut pas l’emporter en mission parce que ça coûte trop cher. C’est un sac à dos muni de plusieurs antennes qui bloque les drones qui t’entourent. Mais on ne peut pas toujours s’en servir… Ça signifie que la vie d’un légionnaire vaut moins que son matériel.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Avec mon binôme, on voulait aller ensemble à Azov. Mais on dirait qu’il y a une phrase maudite ici : quand on dit « je fais ma dernière mission et après, j’irai faire ceci ou cela ». C’est ce qu’on s’est dit. On l’a faite cette dernière mission, et il a perdu ses deux jambes et moi, je ne suis pas sûr de pouvoir reprendre le combat bientôt. C’était mon binôme depuis le début, on s’est bourré la gueule hier soir encore. Ça faisait des mois qu’on combattait ensemble, on avait pris beaucoup de risques ensemble.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI →&nbsp;<a href="https://www.billetdefrance.fr/economie/souverainete-lindustrie-de-defense-europeenne-nexiste-pas/18/06/2024/">Souveraineté : « l’industrie de défense européenne n’existe pas »</a></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">A part ça non, aucun regret. Ou peut-être si. Ma famille. A part mon frère, ils ne savent pas que je suis là, il n’y a que mon frère qui est au courant. Mon seul regret, c’est peut-être d’avoir caché ça à mes parents, surtout à Maman. Ça aurait été terrible si j’étais mort sur le front, elle aurait reçu un jour un appel et d’un coup, on lui aurait expliqué que son fils était en Ukraine depuis plusieurs mois. Mort au combat. L’apprendre comme ça aurait été sûrement trop brutal pour elle. Maintenant ma mission principale, c’est d’aller voir Maman et après ça, on verra.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Propos recueillis par <a href="https://www.billetdefrance.fr/author/domitille-casarotto/">Domitille Casarotto</a>.</span></p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



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		<title>Antoine de Suremain : un aventurier de France</title>
		<link>https://www.billetdefrance.fr/opinions/antoine-de-suremain-un-aventurier-de-france/19/05/2025/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Domitille Casarotto]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 May 2025 12:05:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>
		<category><![CDATA[Antoine de Suremain]]></category>
		<category><![CDATA[Aventurier]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Publié le 19/05/2025</p>
<p>Cet article <a href="https://www.billetdefrance.fr/opinions/antoine-de-suremain-un-aventurier-de-france/19/05/2025/">Antoine de Suremain : un aventurier de France</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.billetdefrance.fr">Billet de France</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>C&rsquo;est un aventurier comme il en reste peu dans nos villes de béton : Antoine de Suremain. Sa chanson préférée : la Montagne, de Jean Ferrat. Ses montagnes favorites : les Pyrénées. Son but : faire aimer la France à ceux qui le suivent sur les réseaux sociaux, qui regardent son émission sur « <a href="https://www.canalplus.com/jeunesse/antoine-l-aventure-la-france-des-legendes-saison-2/h/22177784_50001">Canal Kids</a> ». Portrait en montagnes russes de cet aventurier du XXIe siècle, promenade depuis les hauts sommets français jusqu’à son for intérieur. </strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">La France est incroyablement belle. À la sillonner d’aventures en aventures, sur ses sentiers secrets comme dans ses coins les plus renommés, Antoine de Suremain l’a bien vu. De par sa diversité géographique qui fait naître des paysages radicalement différents et offre tour à tour les plateaux de l’Aubrac, d’une pureté sans nom, et les marais de Camargue, nos régions foisonnent de vie et de couleurs.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Oser l’aventure de la France</strong></span></h3>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">C’est ce qui l’a poussé à mettre en valeur ce pays, son pays, à travers les réseaux sociaux, avec un message en tête : « <em>Il est possible de trouver de l’exotisme, de l’ailleurs, en France. Arrêtons de prendre l’avion pour Bali quand il y a des cascades pleines d’une verdure exubérante dans le Cantal</em> ». Ce pays comble toutes ses attentes en termes de dépaysement, d’aventure, d’introspection, de renouvellement, de surprise. Nul besoin alors de partir à l’autre bout du monde.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → <a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/recit-tamanrasset-dans-les-pas-de-charles-de-foucauld-a-lasskrem/15/05/2025/">RÉCIT – Tamanrasset : dans les pas de Charles de Foucauld à l’Asskrem</a></strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Pour lui, la France fut au berceau comme bénie par un bon génie, cartographe magicien qui lui offrit une multitude de paysages, de cultures, de traditions. Un patrimoine naturel si riche, grâce unique pour un si petit bout de terre. Avis subjectif, chauvin, franchouillard direz-vous ? « <em>Constat incontestable des yeux et du cœur </em>», répond Antoine, puisque la France attire années après années toujours plus de touristes, fait rêver les voyageurs, fait grincer les envieux. Il invite à s’en émerveiller avec lui.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Pas seulement pour goûter la beauté des baies de la Somme, gigantesques et peuplées de phoques, des gorges du verdon aux eaux turquoise. Mais parce qu’Antoine de Suremain en est persuadé, « <em>aimer son pays est fondamental</em> ». C’est une valeur qui peut nous rassembler, qui n’a rien de politique, de partisan. Il est nécessaire pour être heureux d’aimer l’endroit où l’on vit. Faire découvrir ses charmes naturels participe à cette entreprise de revalorisation qui lui tient à cœur. D’ailleurs, il porte volontiers un béret basque, qui lui donne un air léger de Belmondo version terroir.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>L’aventure dans le regard</strong></span></h3>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Aventurier de l’hexagone, Antoine ne se limite pas à avaler des kilomètres aux quatre coins de sa terre natale. Il parle de l’aventure comme d’une relation à soi et au monde, un certain regard. Un <em>ethos</em> à conquérir. « <em>L’aventure ne se limite pas au nombre de kilomètres que l’on parcourt, mais à la zone de confort dont on peut s’échapper. Elle naît au moment où l’on franchit le palier de sa porte avec une idée farfelue</em> ». Elle surgit dans le champ laissé libre à l’imprévu et à la spontanéité.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Antoine de Suremain raconte la façon dont il a pris conscience petit à petit qu’il pouvait ramener cet état d’esprit depuis les montagnes, les bois, les rivières pour éclairer son quotidien parisien qu’il supportait mal au retour de ses expéditions, quand tout allait trop vite, dans les sirènes et les klaxons, quand les gens étaient cons.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → <a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/recit-transnistrie-la-republique-fantome-deurope-de-lest/05/04/2025/">RÉCIT – Transnistrie : la république fantôme d’Europe de l’Est</a></strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Il lui semblait infernal d’être entouré de béton quand, la veille, il campait sous les étoiles du Vercors à la recherche des loups — un de ses plus beaux souvenirs de bivouac. Tout y paraissait plus beau, plus intense, plus poétique. Puis il a réalisé que cet émerveillement pouvait naître au cœur de la ville. C’est une lueur de curiosité dans le regard, la recherche d’un grain de beauté qui existe en toute chose : dans les rencontres, les bonnes nouvelles, et même dans les rues de Paris qui peuvent devenir complices d’une aventure.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Petit conseil d’Antoine pour réenchanter ce milieu urbain, apprivoiser Paris : « <em>J’essaye maintenant de faire des choses un peu décalées, de considérer la ville aussi comme un terrain de jeu. L’autre soir, j’ai grimpé dans le saule pleureur au bout de l’Île de la cité. Celui sous lequel tous les touristes s’assoient. Je suis monté aux aurores et le lever de soleil était magnifique depuis ce perchoir</em>. »</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Chez lui, cultiver l’émerveillement passe par l’abandon d’un confort dont on se rend compte en s’en délestant qu’il était superflu. On ne savoure jamais autant la douceur d’un foyer que lorsqu’on rentre d’un bivouac éprouvant, où l’eau n’étais pas un dû, mais un liquide rare à dénicher avec peine. Antoine se rappelle les délices de ses retours de camp scout, lorsque petit, épuisé, mais heureux, il partageait avec Ulysse la joie du retour dans ses pénates. Il partage avec Sylvain Tesson le sentiment que la cessation de l’effort est le seul luxe sain, mérité.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Dans l’aventure, les retrouvailles</strong></span></h3>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Il est plutôt Robinson Crusoé que Saint Exupéry, même s’il aurait aimé dire le contraire, pour le côté méditatif et patriote de l’aviateur. Parce qu’il aime s’imposer des règles strictes, pour se placer dans des situations périlleuses, se mettre au défi, pour se retrouver. D’après Antoine de Suremain, c’est dans l’épreuve que l’homme se révèle. C’est ce que raconte <em>l’Appel de la forêt</em> de Jack London, son livre favori. Le chien, personnage principal de ce grand roman, réveille sa vraie nature dans la confrontation avec la vie sauvage. La difficulté de gravir monts et vallées, de marcher dans le désert de Saint Guilhem sans autre repas que les fruits de la nature, permet de se réaligner avec soi-même, avec celui qu’on est profondément, dépouillé des vanités et des facilités de notre quotidien.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → <a href="https://www.billetdefrance.fr/culture/colonel-remy-lagent-secret-n1-de-la-france-libre/08/11/2024/">Colonel Rémy : l’agent secret n°1 de la France Libre</a></strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Confronté à nos limites. « <em>C’est ce qui effraie le plus dans l’aventure</em> » confie Antoine. « <em>Ce moment où l’on est dos au mur, où l’on doit se lancer dans quelque chose avec lequel on n’est pas à l’aise du tout. Récemment, pour rejoindre une cabane quasi-inaccessible, j’ai dû traverser des ravines très glissantes. Le sol se dérobait sous moi. Une pierre s’est détachée, a dévalé la pente, et est passée à trois mètres de ma tête.</em> »</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">D’un coup, il a pris conscience de sa fragilité, physique comme mentale, et il a été pétrifié d’effroi. Mais il ne pouvait pas faire demi-tour, coincé dans la ravine. Il a fallu avancer malgré tout, et vint un immense soulagement. Ce qui fait effraie, ce n’est pas l’inconnu, ou le vide, ou l’exigence physique, ce sont souvent nos propres croyances.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Quand il a commencé à marcher, Antoine de Suremain était tourné vers les autres, il voulait transmettre son admiration pour la beauté de la France, notamment aux plus jeunes, passer le flambeau. Il a compris les bienfaits de la marche dans un second temps. Quand on marche seul, en silence, vient l’introspection, et avec elle la connaissance de soi. Il en témoigne : au fur et à mesure de ses randonnées, il voyait en lui de plus en plus clair, et ses questions bourdonnantes ont cessé de le tourmenter.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Marcher est devenu pour lui un besoin vital qu’il partage à sa communauté. « <em>Si tu te poses trop de questions, ne t’en pose pas une de plus. Prends tes chaussures et ton sac à dos. Si tu traverses un passage à vide, que tu ne vois plus clair en toi, prends la route quelques jours</em>. », recommande-t-il.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Si l’on se rencontre en marchant, c’est aussi que les vastes espaces sont des miroirs de l’âme. Devant des plaines infinies, il nous semble nous perdre dans les méandres de notre esprit. Cela fait naître des émotions très fortes, des sentiments contraires, un vertige horizontal. Antoine se souvient, presque ému, de la causse Méjean, et de cet émerveillement mêlé de mélancolie qui prend le cœur quand on est saisi par cette beauté brute. Elle renvoie brusquement à son absence au monde, à la violence, au vide de notre quotidien. Antoine rit en se rappelant : « <em>Cela rend plus sensible, c’est dangereux finalement, prenez garde à vous !</em> »</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Lettre à un jeune aventurier</strong></span></h3>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Il nous quitte sur quelques recommandations. Celle du lever de soleil le plus marquant à vivre, sur le Mont Blanc. Il en a fait l’ascension il y a deux ans déjà, mais le souvenir de cette expédition est encore fort. Il raconte la façon dont on grimpe, plongé dans l’obscurité, avec difficulté, puis comme une clarté transforme soudain le ciel qui se pare de nouvelles teintes. Juste avant le lever, en aumône à ceux qui marchaient à sa recherche dans les ténèbres de la nuit. Les moments les plus beaux de l’aurore sont ceux qui la précèdent.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Antoine décrit les mille couleurs de ce ciel. Il les conserve en lui comme un tableau de bleu profond, de vert, de jaune. « <em>Le premier rayon de soleil nous frappe, avant tant de chaleur, de lumière, de puissance. Il nous sort de l’obscurité intérieure et extérieure. Et le sommet du Mont Blanc apparaît enfin, et son ombre pyramidale qui s’étend sur les contrebas qui sont encore dans la nuit</em> », ajoute-t-il, plongé dans ce lumineux souvenir.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → <a href="https://www.billetdefrance.fr/culture/marie-madeleine-fourcade-libre-resistante-et-inclassable/14/10/2024/">Marie-Madeleine Fourcade : libre, résistante et inclassable</a></strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">« <em>Pour les âmes en peine, trouvez une cabane où vous retirer</em> », suggère Antoine de Suremain, familier de ce remède radical. Se couper du monde, s’emplir de beauté, et se reclure ou se projeter, selon ce que le cœur nous en dit. Il raconte qu’aux jours de détresse, il s’est senti recueilli par la vallée, qui l’a comblé de douceur dans sa nature sauvage. Et qu’elles gardent espoir. Comme le marcheur qui ne voit pas encore le terme du chemin, mais dont le pas ne faiblit guère.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<hr width="50%" />
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		<title>REPORTAGE – Serbie : Subotica, une ville frontière aux portes de l’Europe</title>
		<link>https://www.billetdefrance.fr/reportages/reportage-serbie-subotica-une-ville-frontiere-aux-portes-de-leurope/18/12/2024/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Domitille Casarotto]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Dec 2024 18:08:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Reportages]]></category>
		<category><![CDATA[Immigration]]></category>
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		<category><![CDATA[Subotica]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Publié le 18/12/2024</p>
<p>Cet article <a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/reportage-serbie-subotica-une-ville-frontiere-aux-portes-de-leurope/18/12/2024/">REPORTAGE – Serbie : Subotica, une ville frontière aux portes de l’Europe</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.billetdefrance.fr">Billet de France</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Antichambre de l’Union européenne, la ville de Subotica, au nord de la Serbie, forme un carrefour migratoire sur la route des Balkans. De nombreux migrants s’y regroupent, souvent encadrés par des groupes de passeurs particulièrement dangereux, tandis que la population locale oscille entre accueil et méfiance. </strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Dans cette ville aux portes de l&rsquo;Europe, le froid est sec et les couchers de soleil plus long qu&rsquo;à l&rsquo;ouest. Jouxtant la frontière avec la Hongrie, Subotica, initialement forteresse de défense contre les Ottomans, est à la croisée des influences hongroises, serbes et croates. Dans cet espace des Balkans occidentaux aux frontières mouvantes, cette région, appelée Voïvodine, a appartenu à l’empire austro-hongrois, avant de devenir une province autonome serbe. Etonnante dans son mélange d’art nouveau et d’architecture soviétique, Subotica forme un pont entre l’Europe centrale et les Balkans, et marque la frontière de l’Union européenne.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Un espace de barrages et de passages </strong></span></h3>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Cette frontière est matérialisée par un mur de barbelé érigé en 2015 par le Premier ministre hongrois Victor Orban, au cœur de la crise migratoire. Il s’élève derrière la forêt qui borde Subotica, armé de technologies de surveillance et accompagné de miradors. A quelques pas devant, le sol est jonché de vêtements, de chaussures orphelines, de matelas et de nombreux déchets, trace du passage furtif des migrants. « Migrants, terminé, maintenant police », nous dit un jardinier au pied de la frontière, baragouinant quelques mots d’anglais. Tout en montrant ses quatre chiens, il nous raconte en riant et avec de grands gestes la façon dont il arrêtait les migrants.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><figure id="attachment_11125" aria-describedby="caption-attachment-11125" style="width: 640px" class="wp-caption aligncenter"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-11125" src="https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Frontieres-.jpg?resize=640%2C480&#038;ssl=1" alt="" width="640" height="480" srcset="https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Frontieres-.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Frontieres-.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Frontieres-.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Frontieres-.jpg?w=1536&amp;ssl=1 1536w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Frontieres-.jpg?w=1280&amp;ssl=1 1280w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /><figcaption id="caption-attachment-11125" class="wp-caption-text"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Frontière entre la Serbie et la Hongrie. ©Domitille Casarotto</span></figcaption></figure></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Entre 2015 et 2016, 900 000 d’entre eux ont emprunté le corridor des Balkans pour entrer dans l’Union européenne. Aujourd’hui, si les flux ont drastiquement diminué, cet espace demeure un carrefour migratoire majeur pour les migrants venus d’Afghanistan, de Syrie, du Pakistan ou du Maroc. Leur rêve : entrer dans l’espace Schengen pour se rendre ensuite en Allemagne, en Italie ou en France. Ils traversent les Balkans, tantôt à pied pour les plus pauvres, tantôt en bus, en train, tantôt en avion.</span></p>
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<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → <a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/reportage-saint-sepulcre-les-franciscains-des-gardiens-de-leternite/25/05/2024/">REPORTAGE – Saint-Sépulcre : les Franciscains, des gardiens de l’éternité</a></strong></span></p>
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<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Sur leur passage émergent des squats et des jungles. Les camps d’accueil officiels sont rapidement débordés, surtout l’été où les routes de l’exil sont plus empruntées, le climat se faisant plus clément. Alors ils investissent terrains vagues et bâtiments abandonnés à Belgrade, d’où nombre d’entre eux arrivent, puis à Subotica. La route migratoire des Balkans qu’ils parcourent est encore, en 2023, la seconde voie d’entrée dans l’UE. Le paysage conserve parfois une trace de leur passage : des keffiehs, des papiers d’identité turcs abandonnés ou encore des graffitis aux murs des ruines.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Des passeurs armés face à des policiers corrompus       </strong></span></h3>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">En été 2024, le flux s’est détourné vers la Bosnie voisine. Mais certains continuent encore à franchir illégalement la frontière à Subotica, ou dans les villages voisins au grand daim des habitants, désormais habitués à ce genre de phénomène. « Ils creusent des galeries sous le mur, ou volent des échelles et escaladent les murs. Une fois arrivés en Hongrie, ils s’enfuient pour échapper à la police aux frontières » nous précise le gérant de l’hôtel qui jouxte la gare routière. Grand bavard, il se rappelle facilement des centaines de migrants qui ont logé dans ses chambres. « Il y en avait des dizaines à l’intérieur, mais aussi dans la rue devant la gare. Certains partaient rapidement et je ne les revoyais plus, d’autres restaient plusieurs mois, se faisaient renvoyer par la police… Certains se tenaient vraiment mal, étaient bruyants et parfois ivres. »</span></p>
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<p><figure id="attachment_11127" aria-describedby="caption-attachment-11127" style="width: 640px" class="wp-caption aligncenter"><img data-recalc-dims="1" decoding="async" class="wp-image-11127 size-large" src="https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Traversee-frontiere-2-.jpg?resize=640%2C480&#038;ssl=1" alt="" width="640" height="480" srcset="https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Traversee-frontiere-2--scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Traversee-frontiere-2--scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Traversee-frontiere-2--scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Traversee-frontiere-2--scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Traversee-frontiere-2--scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Traversee-frontiere-2--scaled.jpg?w=1280&amp;ssl=1 1280w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Traversee-frontiere-2--scaled.jpg?w=1920&amp;ssl=1 1920w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /><figcaption id="caption-attachment-11127" class="wp-caption-text"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Vêtements abandonnés sur un chemin fréquenté par les migrants. ©Domitille Casarotto</span></figcaption></figure></p>
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<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">A Subotica, ces nouveaux arrivants ne sont pas les bienvenus. De nombreux foyers ont changé leurs habitudes quotidiennes. Zana, une mère de famille blonde et accueillante, prend un air méfiant à l’évocation de ce sujet. Désormais, elle ne laisse plus sa fille rentrer seule le soir tout en expliquant que la forêt est dangereuse. Elle mime des tirs et des violences. Différents groupes de passeurs s’affrontaient chaque semaine dans cette ville de prime abord calme et sans histoire. Armés de kalachnikovs, ils cherchaient à éliminer leurs concurrents qu’ils traquaient jusque dans le centre.</span></p>
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<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → <a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/reportage-mauritanie-sur-les-traces-des-gardiens-du-patrimoine/25/06/2023/">REPORTAGE – Mauritanie : sur les traces des gardiens du patrimoine</a></strong></span></p>
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<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">A Horgos, quelques kilomètres à l’est, une professeure nous montre un chemin de terre qui mène à l’école. « Là-bas, devant l’école, ils se sont tirés dessus », se désole-t-elle. « Il aurait pu y avoir des enfants dans les parages ». Ces fusillades ont déjà fait une vingtaine de morts depuis 2022 parmi les migrants, et ont déclenché une opération de police qui a nettoyé les environs, après plusieurs manifestations de colère populaire.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Avant cela, la police aux frontières serbe fermait les yeux. Le journaliste d’investigation serbe Sasa Dragojlo a produit de nombreuses enquêtes démontrant leur corruption systématique. Il affirme que les passeurs se servaient même des patrouilles pour faire arrêter leurs ennemis, moyennant une coquette somme. Peu rémunérés et peu armés face aux réseaux criminels bien rodés, ils oublient rapidement leurs fonctions de surveillance. Frontex non plus ne montre pas le bout de son nez pour appliquer la législation européenne en matière de frontières extérieures. L’agence européenne n’a pour l’instant qu’une fonction d’observation dans la région, ce qui laisse libre cours aux passeurs.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Un vivre ensemble difficile  </strong></span></h3>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Face à ce phénomène, aux arrivées de migrants sans cesse renouvelées, les habitants de Subotica se rappellent l’histoire, lointaine et chargée d’imaginaire, des invasions ottomanes. Certains mêlent ressentiment de cette longue domination, ce qu’ils ont vécu comme l’arrachement du Kosovo à la Serbie, et le souvenir cuisant de la guerre de Bosnie, où les bosniaques musulmans ont combattu les soldats serbes. Les mémoires sont vives et cristallisent pour beaucoup une opposition sourde à la présence des migrants. « Cela fait des siècles qu’ils essayent de nous envahir », lâche ainsi Tamara, une jeune femme serbe, cadre dans les ressources humaines, qui se désintéresse de la politique. Elle traduit l’arrière-pensée qui affleure dans une grande part de la population.</span></p>
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<p><figure id="attachment_11128" aria-describedby="caption-attachment-11128" style="width: 640px" class="wp-caption aligncenter"><img data-recalc-dims="1" decoding="async" class="wp-image-11128 size-large" src="https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Tag.jpg?resize=640%2C480&#038;ssl=1" alt="" width="640" height="480" srcset="https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Tag-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Tag-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Tag-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Tag-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Tag-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Tag-scaled.jpg?w=1280&amp;ssl=1 1280w, https://i0.wp.com/www.billetdefrance.fr/sitewordpress/wp-content/uploads/2024/12/Tag-scaled.jpg?w=1920&amp;ssl=1 1920w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /><figcaption id="caption-attachment-11128" class="wp-caption-text"><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Sur la porte d&rsquo;une maison abandonnée est tagué « Criminel 313 » en arabe, signature d&rsquo;un gang de passeurs. Ils ont recouvert un précédent tag « Marocco », ce qui témoigne d&rsquo;une véritable guerre des gangs pour les points de passage. ©Domitille Casarotto</span></figcaption></figure></p>
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<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Cela n’empêche pas l’aide active apportée aux migrants dès leur arrivée en 2015 par de nombreux foyers, touchés par la précarité des exilés sans toutefois légitimer leur volonté de se rendre illégalement en UE. C’est ce qu’a fait Tibor Varga, pasteur protestant, qui témoigne : « Ils ne connaissent que le conflit et la violence. Certains découvrent la cigarette et l&rsquo;alcool ici. Ils cherchent un peu de sécurité. Et il se rendent compte que leur nouvelle vie n&rsquo;est pas en accord avec ce qu&rsquo;ils attendaient. Mais c’est normal de bâtir des frontières, je fais la même chose avec les murs de ma maison. On a le droit de se protéger ».</span></p>
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<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → <a href="https://www.billetdefrance.fr/reportages/bethleem-lalliance-francaise-la-plus-courageuse-du-monde/17/09/2024/">Bethléem : l’Alliance française la plus «courageuse du monde»</a></strong></span></p>
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<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">D’autres réfugiés se retrouvent aussi à Subotica. Des populations russes qui fuient la guerre. Dans cet hôtel, il n’est pas rare de voir quelques jeunes hommes qui errent après avoir fui avec leur sac au dos, la conscription dans leur pays. Dans cette église orthodoxe coiffée d’un bulbe gracieux, un étudiant russe est venu apprendre opportunément la langue serbe. Les Russes ne sont pas non plus toujours les bienvenus et sont parfois perçus comme des fuyards. Mais bon gré mal gré, les peuples s’imbriquent et se découvrent, contraints de partager un espace devenu commun.</span></p>
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		<title>« Citadelle » de Saint-Exupéry : une allégorie poétique et politique</title>
		<link>https://www.billetdefrance.fr/opinions/citadelle-de-saint-exupery-une-allegorie-poetique-et-politique/31/08/2024/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Domitille Casarotto]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 Aug 2024 15:00:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques libres]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>
		<category><![CDATA[Antoine de Saint-Exupéry]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Citadelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Publié le 31/08/2024</p>
<p>Cet article <a href="https://www.billetdefrance.fr/opinions/citadelle-de-saint-exupery-une-allegorie-poetique-et-politique/31/08/2024/">« Citadelle » de Saint-Exupéry : une allégorie poétique et politique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.billetdefrance.fr">Billet de France</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>Saint-Exupéry donne voix dans son ouvrage posthume <em>Citadelle</em> (1948) à un seigneur berbère, lointain cousin du Petit Prince peut-être. Il porte les méditations personnelles et spirituelles de l’auteur.</strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">Depuis 1936, Antoine de Saint-Exupéry vit avec en lui ce jeune souverain du désert et les conseils sages que ce dernier a hérité de son père. C’est ce que l’aviateur transcrit dans ce qui s’apparente à un recueil de réflexions sur les hommes, la cité, et l’art difficile de les faire chacun grandir. Le désert y est bien plus qu’une toile de fond, mais colore le récit de son parfum de liberté. Liberté d’ériger pour les hommes une noble citadelle. Liberté pour l’auteur, à la fois poète et philosophe, de n’être tenu par aucune contrainte, de laisser sa plume passer des aphorismes aux démonstrations politiques, des métaphores singulières et évocatrices aux pensées profondes d’un chef qui voudrait élever les siens.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → </strong><a href="https://www.billetdefrance.fr/portrait-du-mois/saint-exupery/04/04/2019/"><strong>Antoine de Saint-Exupéry : portrait d’un rêveur </strong></a></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">A travers ses figures littéraires discrètes, ce ton humble qui mêle contemplation lucide de la réalité humaine et idéal, se dessine tout un art de gouverner. Son objectif est de guider les hommes, non pas vers le bonheur mais vers la grandeur, vers ce qui les dépasse. Une Citadelle à laquelle chacun contribue et où l’on s’anoblit en bâtissant. Le lecteur devient bâtisseur lui aussi, bâtisseur de sa citadelle intérieure à la lecture de cet ouvrage qui pousse aux considérations sur la communauté comme à une introspection silencieuse.</span></p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">« N’est rien une victoire qui dure. Non plus vivifiante. Mais amollissante et ennuyeuse. Car il n’est point alors victoire mais simple paysage accompli », écrit Saint Exupéry sous les traits du jeune prince.  Au ton bref et mystérieux, ces mots imagés témoignent d’une esthétique épurée et profonde comme le sont les immensités de dunes. Il livre dans cet extrait les délibérations d’un stratège sur la victoire et ses conséquences, mais aussi les rêveries d’un homme qui revient sur sa vie et prend conscience de ce qu’elle lui a enseigné. Certains passages, succédant parfois à des explications sur la justice ou le courage dans la cité, ne sont pas toujours compréhensibles mais évoquent avec symbolisme un souvenir, une impression. C’est cette beauté diffuse, sans pourquoi, qui fait l’ardeur d’un peuple et lui donne son âme, car l’éthique et l’esthétique sont intimement liées.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;"><strong>LIRE AUSSI → </strong><a href="https://www.billetdefrance.fr/culture/edouard-corniglion-molinier-linsouciance-dun-chevalier-du-ciel/29/11/2023/"><strong>Édouard Corniglion-Molinier : l’insouciance d’un chevalier du ciel </strong></a></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-family: Georgia; color: #003446;">« Ta cité mourra avant d’être achevée. Car ils vivaient non de ce qu’ils recevaient mais de ce qu’ils donnaient ». Comme les citadelles des hommes, le recueil de Saint Exupéry demeure inachevé. Il a été publié après sa mort par ses proches qui assemblèrent eux-mêmes ses notes. Mais chaque chapitre de ce qui se voulait d’abord être un poème contient à lui seul une grande puissance de réflexion sur des sujets variés que l’auteur traverse dans d’autres de ses ouvrages<a href="https://www.antoinedesaintexupery.com/ouvrage/citadelle-1948-2/">.</a></span></p>
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