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Bercy autorise la vente par Servier de Biogaran à un fonds britannique

Biogaran est une entreprise pharmaceutique française créé en 1996, filiale à 100 % de Servier.

Biogaran est une entreprise pharmaceutique française créé en 1996, filiale à 100 % de Servier.

Après deux ans de tractations et de fortes tensions politiques, la cession du leader français des médicaments génériques est désormais actée. Sous l’œil attentif de Bercy, Biogaran passe sous le contrôle du fonds britannique BC Partners, avec l’entrée de Bpifrance au capital pour préserver la souveraineté sanitaire française.

 

Après de longs mois d’incertitude, l’un des dossiers industriels les plus sensibles du quinquennat vient de trouver son épilogue. La vente de Biogaran, champion tricolore des médicaments génériques fondé par Servier en 1995, a été finalisée à l’issue d’un processus étroitement encadré par l’État. La transaction, dont la valeur d’entreprise est estimée entre 800 millions et 1 milliard d’euros, intervient après l’échec très controversé d’un projet de cession à un génériqueur indien, qui avait déclenché une levée de boucliers politique et syndicale.

 

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Soumise au contrôle des investissements étrangers, la reprise a reçu le feu vert de Bercy, assorti de garanties qualifiées de « robustes » par le ministère de l’Économie. « Ces conditions visent à garantir la pérennité, la continuité et l’ancrage national des activités de l’entreprise, sans limitation de durée », a précisé le ministère dans un communiqué. Un verrouillage inédit pour un acteur jugé stratégique de la souveraineté sanitaire française.

 

Un champion des génériques sous protection française

Aux termes de l’accord, le fonds britannique BC Partners prend 85 % du capital de Biogaran. L’État français, via Bpifrance, entre à hauteur de 15 % et obtient un siège sur cinq au conseil d’administration. Un pacte d’actionnaires prévoit en outre des droits de veto sur les décisions touchant à l’activité, à l’empreinte industrielle et à l’ancrage français du groupe.

BC Partners s’est engagé à maintenir le siège social et les emplois en France, à préserver le modèle de sous-traitance et à garantir la continuité industrielle, logistique et commerciale. Un enjeu central pour une entreprise qui pèse lourd dans le paysage pharmaceutique national. Biogaran a réalisé 1,26 milliard d’euros de chiffre d’affaires net l’an dernier et détient à elle seule 30 % du marché français des génériques. Plus d’une boîte de médicaments sur huit vendue en France porte son logo.

 

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Bien que le groupe ne possède pas d’usines en propre, la moitié des 362 millions de boîtes vendues chaque année est produite en sous-traitance en France. Au total, 90 % des médicaments Biogaran sont fabriqués en Europe, dont plus de 60 % sont classés médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, un critère clé pour les autorités sanitaires.

 

Le pari stratégique des biosimilaires

Au-delà de la préservation de l’existant, la nouvelle gouvernance vise un virage stratégique : celui des biosimilaires, équivalents biologiques des génériques, plus complexes à produire mais essentiels pour contenir les dépenses de santé. Jusqu’ici contraint financièrement, le laboratoire devrait désormais disposer de marges de manœuvre accrues. La croissance externe n’est toutefois pas à l’ordre du jour avant deux à trois ans, sauf opportunité exceptionnelle.

Dans la foulée de la finalisation de la cession, Erick Roche prendra les rênes du groupe fin mars. Un retour aux sources pour ce dirigeant passé par Teva, qui connaît bien Biogaran pour en avoir été le directeur général entre 1996 et 2011. Un choix de continuité, à l’image d’une opération où l’ouverture du capital s’est faite sous étroite tutelle publique.

 


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