Site icon Billet de France

Bruxelles et New Delhi scellent un accord de libre-échange historique

Le Premier ministre Shri Narendra Modi a rencontré le président du Conseil européen, Antonio Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. ©MEAphotogallery

Le Premier ministre Shri Narendra Modi a rencontré le président du Conseil européen, Antonio Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. ©MEAphotogallery

Face au sabordage par Trump des alliances multilatérales et dans un contexte de guerre commerciale mondiale, l’Union européenne et l’Inde signent un nouvel accord majeur.

 

À l’occasion du 16ème sommet UE-Inde, qui s’est tenu le 27 janvier dernier à New Deli, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen, António Costa, ont signé un accord de libre-échange historique, après plus de vingt ans de négociations.

Après le Mercosur, Bruxelles conclut un nouvel accord avec la quatrième puissance mondiale et ouvre une zone de libre-échange de plus de 2 milliards d’habitants, représentant environ un quart du PIB mondial. L’Europe est déjà le premier partenaire commercial de l’Inde : en 2024, les échanges de marchandises entre les deux partenaires ont dépassé plus de 120 milliards d’euros, soit une augmentation de 90 % en dix ans.

 

LIRE AUSSI → Vœux aux armées : les industriels de la défense sommés de faire toujours mieux

 

Dans un contexte de rivalité sino-américaine accrue, cet accord apporte une respiration stratégique aux Vingt-Sept, tout en permettant à l’UE et à l’Inde de réduire leurs dépendances respectives vis-à-vis des États-Unis, de la Chine et de la Russie.

 

Un accord commercial gagnant-gagnant

Le niveau d’ouverture économique est important. Le partenariat prévoit l’élimination d’environ 96,6 % des droits de douane sur les exportations de marchandises européennes vers l’Inde, réductions qui permettraient une économie annuelle d’environ 4 milliards d’euros. Bruxelles table également sur un doublement de ses exportations à l’horizon 2032. Malgré quelques points de blocage concernant la taxe carbone et les normes européennes dans les industries pharmaceutique et automobile, un accord a été trouvé. Les secteurs agricoles les plus sensibles sont eux exclus.

L’industrie automobile européenne apparaît comme l’une des grandes gagnantes. Les droits de douane indiens sur les véhicules européens passeraient de 110 % à 10 %, avant une suppression progressive. Les droits sur les pièces automobiles seraient quant à eux totalement éliminés d’ici cinq à dix ans, un avantage stratégique majeur sur un marché indien devenu le troisième marché automobile mondial.

 

LIRE AUSSI → Armes pour Kiev : le compromis européen qui fragilise la ligne française

 

D’autres secteurs bénéficieront également d’allégements tarifaires notamment les machines-outils et les équipements médicaux (jusqu’ici taxés jusqu’à 44 %), les produits chimiques (22 %), les produits pharmaceutiques (11 %), ou encore les plastiques (16,5 %). Un volet spécifique vise les PME européennes, avec un meilleur accès à l’information, une réduction des obstacles réglementaires et une simplification des procédures.

Pour l’Inde, l’accord ouvre un accès accru aux technologies européennes, un levier clé pour accélérer sa modernisation industrielle. L’accord est conclu politiquement, mais non ratifié. Il doit encore passer par une vérification juridique, être traduit, puis approuvé par le conseil et le parlement de l’UE avant une entrée en vigueur à l’horizon 2027.

 

L’intérêt stratégique français de cet accord

La France figure parmi les États membres ayant le plus à gagner. Ses exportations vers l’Inde sont déjà fortement dominées par l’aéronautique, qui représentait 53 % de ses exportations totales en 2024. Mais pour comprendre l’enjeu, il faut revenir à la stratégie de Narendra Modi et au programme « Make in India », dont l’objectif est clair : réduire la dépendance aux importations étrangères en imposant une logique de production locale, notamment dans les secteurs stratégiques comme la défense.

 

LIRE AUSSI → Nucléaire : la pépite française Naarea pourrait passer sous pavillon polonais

 

Dans ce cadre, les partenariats signés avec des industriels étrangers comportent quasiment toujours une part de fabrication en Inde. Dassault Aviation en est un exemple emblématique : dans le cadre du contrat Rafale, le groupe a créé la coentreprise DRAL avec Reliance et implanté une usine à Nagpur, intégrée à sa chaîne industrielle mondiale.

De son côté, Safran, implanté à New Delhi, Hyderabad et Bengalore possède une joint-venture avec le groupe HAL, géant de la défense et de l’aéronautique indien, et pourrait encore renforcer sa présence sur le territoire. Airbus emploie déjà plus de 3 600 personnes en Inde et y réalise plus d’un milliard d’euros de sourcing annuel.

Dans l’automobile, Renault et Stellantis, implantés à Chennai, pourraient bénéficier d’une baisse significative des coûts sur les composants et d’une optimisation de la chaîne de valeur. D’autres équipementiers automobiles, tels que Valeo, OPmobility, Forvia Hella et Michelin, déjà installés, pourraient bénéficier des allégements tarifaires.

Dans l’industrie et l’énergie, l’accord renforcerait des acteurs déjà très présents. Schneider Electric, par exemple, a fait de l’Inde son troisième marché mondial, avec 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Saint-Gobain s’est aussi trouvé une place dans le pays, avec 27 nouvelles lignes de production lancées sur les six dernières années.

Alstom, de son côté, revendique environ 9 000 employés en Inde et six sites industriels. L’Oréal accélère également, selon Reuters le groupe prévoit un investissement d’environ 383 millions de dollars pour un hub “beauty tech” à Hyderabad, avec un objectif d’environ 2 000 emplois d’ici 2030.

 

L’accord de sécurité stratégique

Au-delà du commerce, le partenariat ouvre la voie à une coopération renforcée en matière de défense et de sécurité, avec la perspective d’un dialogue annuel UE–Inde. Les discussions portent notamment sur la sécurité maritime, l’espace, la cybersécurité, le contre-terrorisme et les coopérations industrielles de défense. Les parties ont également lancé des négociations sur un « Security of Information Agreement », indispensable à l’échange d’informations classifiées.

 

LIRE AUSSI → En 2025, Dassault Aviation a dépassé ses objectifs de livraisons de Rafale

 

En se rapprochant, Européens et Indiens ne cherchent plus seulement à commercer, mais à peser durablement sur les rapports de force mondiaux.

 


Vous avez apprécié l’article ? Aidez-nous en faisant un don ou en adhérant

 

Quitter la version mobile