Le Mouvement des pays non-alignés, un acteur discret mais vivace de la scène internationale

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Le président de la République d'Irak Saddam Hussein et le président de l'Organisation de libération de la Palestine Yasser Arafat lors du 6e Sommet des pays non-alignés en 1979. Image d'illustration

Né en pleine guerre froide, le Mouvement des pays non-alignés (MNA) s’est affirmé comme la voix du tiers monde politique. Regroupant aujourd’hui 120 pays et présidé par l’Azerbaïdjan, il incarne toujours la cause du multilatéralisme, de la coexistence pacifique et de la solidarité internationale.

 

1955. Le monde est en pleine guerre froide. Une partie de l’Afrique et de l’Asie vient d’acquérir son indépendance et ne veut surtout pas entrer à nouveau dans le jeu des grandes puissances. L’indien Nehru, l’égyptien Nasser et le chinois Enlai organisent la philosophie tiers-mondiste. En avril, une conférence de solidarité afro-asiatique se tient à Bandung, en Indonésie. Accueillant 29 pays (15 asiatiques, 9 moyen-orientaux et 5 africains), elle marque la naissance du « tiers monde politique » et préfigure le Mouvement des « non-alignés ». Les pays décolonisés font leur entrée sur la scène internationale et refusent de choisir entre bloc communiste et bloc capitaliste. Ils affirment cinq principes : « respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, non-agression, non-ingérence dans les affaires intérieures, égalité et aide mutuelle, coexistence pacifique ». Ils appellent à la décolonisation en Afrique et à la non-ingérence des grandes puissances.

 

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Non-alignés : de la guerre froide à la mondialisation

Le Mouvement des non-alignés (MNA) est officiellement constitué en 1961 à Belgrade, sous l’impulsion du yougoslave Tito, de l’égyptien Nasser et de l’indien Nehru. Le MNA réalise également à cette occasion la jonction des mondes afro-asiatique et latino-américain, donnant à sa démarche une dimension tricontinentale. Dès 1963, un « Groupe des 77 » à l’ONU relaie l’influence du MNA. A partir de 1964, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) joue le rôle de think tank au service du tiers monde et d’alternative aux analyses économiques du Fonds monétaire internationale (FMI) ou de la Banque mondiale. En 1973, le MNA lance le projet de Nouvel Ordre Économique International, ratifié par l’Assemblé générale des Nations unies en 1974. En 1979, la déclaration de La Havane précise les objectifs du MNA : assurer « l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité des pays non-alignés dans leur lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme, la ségrégation, le racisme, le sionisme, et toute forme d’agression étrangère, d’occupation, de domination, d’interférence ou d’hégémonie de grandes puissances ».

Mais au cours des années 1980, avec la fin de la guerre froide, la notion de non-alignement va perdre de son sens. La crise de la dette a mis certains pays sous la coupe du FMI et de la Banque mondiale. D’autres, au contraire, ont émergé sur le plan économique, sur fond de mondialisation accélérée. L’influence politique du MNA décroit alors sur la scène internationale. D’autant que la création du G20 en 1999 offre une nouvelle plate-forme mondiale aux pays émergents. Le Brésil ou la Chine, membres du G20 et des BRICS, se contentent d’une place d’observateur au sein du MNA. Le mouvement se donne désormais pour fonction d’être une tribune pour les pays du Sud, soutenant leurs intérêts dans les négociations multilatérales et s’opposant au néocolonialisme.

 

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Le MNA aujourd’hui : 120 pays pour le multilatéralisme

L’idée du non-alignement a néanmoins suscité la création d’un mouvement qui a connu un remarquable développement et s’est étendu à tous les continents. Aujourd’hui, le MNA regroupe 120 pays, représentant 55 % de la population mondiale. Soit près des deux tiers des pays membres des Nations Unies, ce qui lui donne la majorité à l’Assemblée générale de l’ONU. Le MNA compte également 17 Etats et 10 organisations dotés du statut d’observateur. Parmi ses membres, figurent notamment l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Égypte, l’Indonésie, le Pakistan, Cuba, l’Iran, l’Arabie Saoudite ou la Malaisie. Comme la Chine et le Brésil, le Mexique et l’Argentine se contentent d’un siège d’observateur, tandis que la Turquie reste à l’écart.

L’importance du Mouvement des non-alignés est également liée à la nature de ses objectifs : coexistence pacifique, rejet de toute forme d’impérialisme ou de néocolonialisme, instauration d’un nouvel ordre économique international… Le MNA se situe au cœur des grands problèmes du système international contemporain. Malgré certaines ambiguïtés et une forte hétérogénéité, il est toujours animé par la volonté de se démarquer de la diplomatie américaine et européenne, et par le projet de réformer l’ONU.

Le MNA pousse à l’affirmation d’un monde multipolaire, incarnant la résistance des pays du Sud à l’asymétrie des relations imposées par la mondialisation. Il inspire la lutte pour un ordre mondial juste et équitable. Le MNA continue également de jouer un rôle important en refusant les mesures standard de résolution de la dette publique préconisées par le consensus de Washington (FMI, OMC, Banque mondiale). Si ce mouvement, caractérisé par une hétérogénéité croissante et traversé par tant de divergences et de conflits, peut survivre, attirer de nouveaux membres et élargir son champ d’action, c’est bien qu’il répond toujours à certains besoins.

 

Des initiatives concrètes sous la présidence de l’Azerbaïdjan

Les principes de Bandung (1955) sont d’ailleurs toujours d’actualité face aux défis politiques et économiques d’aujourd’hui, comme l’ont rappelé les chefs d’Etat et de gouvernement réunis lors du 18e sommet du MNA, en octobre 2019 à Bakou. A cette occasion, la République d’Azerbaïdjan a pris la présidence du Mouvement pour les années 2019-2022 et le président de la République d’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a mis l’accent sur « la nécessité de garantir et de faire valoir le droit international ». Pour promouvoir la paix et le développement, les principes de la souveraineté et l’intégrité des nations, des droits de l’homme et de la justice doivent être réaffirmés.

 

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La grave crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19 a donné l’occasion au MNA de prouver qu’il peut aussi agir concrètement en faveur de ses membres. La République d’Azerbaïdjan a pris l’initiative d’organiser le 4 mai, sous la présidence d’Ilham Aliyev, un sommet virtuel du Groupe de contact du MNA en réponse au Covid-19, en présence du secrétaire général de l’ONU, du directeur général de l’OMS et des chefs d’Etat et de gouvernement de plus de 40 pays. Une réunion des ministres de la santé des États membres du MNA s’est également tenue le 20 mai, pour aider les pays à mettre en œuvre des mesures adéquates pour faire face aux impacts de la pandémie. Le 8 juin 2020, lors de la session extraordinaire du conseil exécutif de l’Unesco, l’Azerbaïdjan, en tant que président du MNA, a souligné que, face au Covid-19, « une réponse mondiale fondée sur l’unité, la solidarité et une coopération multilatérale renouvelée est plus que jamais nécessaire ». L’Azerbaïdjan a alloué 5 millions de dollars pour lutter contre le coronavirus dans les pays du MNA, affichant sa volonté de contribuer à la solidarité au niveau mondial. Enfin, le Secrétaire général de l’ONU serait sur le point de valider le principe d’une session extraordinaire dédiée au Covid, à l’automne, donnant suite à une proposition du MNA aujourd’hui soutenue par près de 130 États.

Le MNA continue aussi à jouer un rôle diplomatique. Le 4 avril 2020, le Bureau de coordination du Mouvement a ainsi réitéré son soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République d’Azerbaïdjan à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, appelant au règlement du conflit arméno-azerbaïdjanais sur la base des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le MNA confirmait ainsi la position prise en 2016 lors de son 17e sommet au Venezuela, en cohérence avec ses principes fondateurs : « le principe de non-recours à la force, consacré dans la Charte des Nations Unies » et celui de « l’intégrité territoriale, de la souveraineté et des frontières internationalement reconnues ».

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