Napoléon III est le premier président de la République française (1848-1852) et le dernier empereur Français (1852-1870).

Dans son nouveau livre, l’historien Thierry Lentz dresse un portrait flatteur de Napoléon III. Dernier empereur des Français, sa politique de 1848 à 1870 a fait rentrer la France dans la modernité.

 

Cent-cinquante ans après sa mort, le 9 janvier 1873, Napoléon III fait l’objet d’une proposition parlementaire « de résolution visant à rapatrier en France ses cendres », celles de l’Impératrice Eugénie et de leur fils, le prince Louis-Napoléon, tous trois inhumés en la crypte de l’abbaye de Farnborough, en Angleterre. Revendication déjà ancienne des politiques et des passionnés de ce rejeté de l’Histoire, ce plaidoyer récurrent est la marque d’une conscience nouvelle pour la modernité d’un règne souvent méconnu. Preuve en est, l’empereur faisait, en octobre 2022, sous la plume avertie de Thierry Lentz, son entrée dans la « Bibliothèque des Illustres », initiée par les Editions Perrin et la Bibliothèque nationale de France.

 

Une analyse complète pour une entreprise inachevée

Le constat est sans appel : Napoléon III n’a été que trop injustement traité, tant par les historiens que par la mémoire collective et populaire. Responsable de l’humiliante défaite de 1870, souvent ramené à son coup d’Etat de décembre 1851, présenté avec un rire gras comme « Napoléon le Petit » par Victor Hugo, dernière incarnation d’un Empire en France mais aussi et surtout tout à fait méconnu des Français, Louis-Napoléon Bonaparte souffre d’une image plus issue du fantasme que de la réelle connaissance.

Il est temps de se pencher sur un homme, président de la République de 1848 à 1952 et empereur de 1852 à 1870. Fils du roi de Hollande Louis Bonaparte (1778-1846) et de la reine Hortense de Beauharnais (1783-1837), neveu de celui qui, vivant, avait marqué le monde, Louis-Napoléon naquit dans la nuit du 20 au 21 avril 1808 à Paris. Exilé dès son plus jeune âge entre Arenenberg, Augsbourg et Rome, condamné par son nom à quémander un droit de bourgeoisie dans les cantons suisses, il se rêva d’abord aventurier, rien ne pouvant le prédestiner à quoi que ce soit. Pourtant, la mort de Napoléon II, l’Aiglon, devait, le 22 juillet 1832, faire de lui la tête de la maison Bonaparte. Il écrivit alors à son ancien précepteur, l’abbé Bertrand, « Le duc de Reichstadt m’a laissé l’épée de l’empereur ; c’est un don précieux dont je me rendrai digne » : voilà qui devait présager d’un destin pour le moins extraordinaire.

Il ne put obtenir un quelconque pouvoir en 1836 à Strasbourg notamment, frisant le ridicule, il travailla jusqu’en 1845 à ce qu’on n’oublie pas son nom et à ce qu’on puisse imaginer, autour de lui, une doctrine politique : le bonapartisme naquit. Emprisonné au fort du Ham, Louis-Napoléon fit un serment, ne plus sortir « que pour aller aux Tuileries ou au cimetière ». Elu en 1848 au suffrage universel, le prince-président mit un coup d’arrêt à la IIème République en la renversant le 2 décembre 1851 puis en s’élevant au trône un an plus tard.

Vient alors le temps des réalisations. Militaires d’abord, avec la Guerre de Crimée entre 1854 et 1856, les victoires de Magenta et Solférino en 1859 et la Guerre du Mexique. Diplomatiques ensuite, avec le traité de Turin instituant une alliance franco-sarde, la cession de Nice et de la Savoie et le traité de Hué, établissant la France en Cochinchine. Sociales aussi, avec la création de la Croix Rouge et la loi Ollivier sur les grèves en 1864, l’école primaire gratuite et obligatoire pour tous en 1867. De grands projets enfin, avec le Paris d’Haussmann dès 1853, les expositions universelles, de 1855 et 1867, la gare du Nord à partir de 1865 et l’inauguration du canal de Suez en 1869.

Aucun domaine donc n’échappe à cette étude rigoureuse, qui ne pousse qu’à un seul constat : celui d’une modernité certaine, qui doit à présent être connue, mais qui souffrira pour l’éternité d’être inachevée, comme s’il eut manqué de quelque chose, qui reste à définir, à analyser peut-être au cas par cas. On accueille donc volontiers les pistes laissées par l’auteur, qui, gageons-en, donneront à tous l’envie de consulter d’autres ouvrages plus spécifiques.

 

Une plongée intime dans les grandeurs et petitesses d’une existence d’exception

Louis-Napoléon Bonaparte devait finir sa vie le 9 janvier 1873, trois ans après la débâcle de Sedan, en exil à Londres. Il s’était consacré, durant ces deux années, à l’éducation du prince impérial, alors âgé d’une quinzaine d’années et qui devait trouver la mort en 1879 en territoire zoulou. La fin du rêve impérial n’entraine pas pour autant la fin abrupte de cet ouvrage, l’auteur ayant porté une attention à s’interroger, dans d’ultimes chapitres, sur le jugement de l’histoire, sur l’Empire lui-même, sur un Temps et un héritage tout entiers.

Prendre la mesure d’une époque, voilà sans doute ce que permet et réussit cette collection « Bibliothèque des Illustres ». De nombreux encarts, ici consacrés à Charles Auguste Demorny (1811-1865), Eugène Rouher (1814-1884) ou encore Emile Ollivier (1825-1913), dressent un portrait exhaustif d’une société toute entière. De beaux mots aussi, issus des plus belles plumes que connut le Second Empire, intelligemment piochés parmi les correspondances, les articles de presse, les témoignages de contemporains, illustrent chaque sujet. On ne se lasse pas d’envisager ainsi ce XIXème siècle où tout, même la guerre, était prétexte à manier le verbe, véritable témoin des dispositions humaines. Exemple en est cette phrase de Paul de Cassagnac (1842-1904), parue dans le Pays le 8 juillet 1870 : « L’épée est tirée, sa lame luit au soleil et ce serait triste de la remettre au fourreau pour discuter à l’amiable de questions que seule la force peut et doit résoudre ».

De belles images enfin, saisissent le regard et attisent l’intérêt, permettant une immersion tout à fait complète dans la société que connut Louis-Napoléon Bonaparte. Au fil des pages, le lecteur prendra plaisir à s’arrêter sur des reproductions de tous ordres : on s’amusera des décalages entre tableaux monumentaux et cruelles photographies, on s’étonnera de la profusion de gravures et d’imprimés contemporains mais surtout, on appréciera des choix éditoriaux que l’on devine longuement pensés.

Voilà donc un ouvrage qui était nécessaire et qui devait voir le jour au plus vite, car si rien n’est plus agréable au lecteur qu’un beau livre, rien également ne saurait mieux rendre hommage à un homme illustre. Tableau complet, bel objet, cette Modernité inachevée est à acquérir, à offrir comme porte d’entrée vers un âge désormais reconnu pour son intérêt. On complètera cette lecture en se rendant à l’un des évènements organisés par le collectif de municipalités « Ville Impériale » (Biarritz, Rueil-Malmaison, Nice, Auxonne, Fontainebleau, entre autres) sous le label « 2023 année Napoléon III – les 150 ans de la mort de Napoléon III ».

 

Thierry Lentz. Napoléon III. La modernité inachevée. Paris, Perrin/Bibliothèque nationale de France, octobre 2022, 255 pages.

 


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