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	<title>Éthiopie - Billet de France</title>
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	<title>Éthiopie - Billet de France</title>
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		<title>ENTRETIEN – Henok Teferra, ambassadeur d’Éthiopie : «La fin de la guerre approche»</title>
		<link>https://www.billetdefrance.fr/opinions/entretien-henok-teferra-ambassadeur-dethiopie-la-fin-de-la-guerre-approche/24/12/2021/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Charles de Blondin et Pierre d'Herbès]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Dec 2021 13:39:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>
		<category><![CDATA[Charles de Blondin]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Éthiopie]]></category>
		<category><![CDATA[Front de libération du peuple du Tigré]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre au Tigré]]></category>
		<category><![CDATA[Henok Teferra]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre d’Herbès]]></category>
		<category><![CDATA[TPLF]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Publié le 24/12/2021</p>
<p>Cet article <a href="https://www.billetdefrance.fr/opinions/entretien-henok-teferra-ambassadeur-dethiopie-la-fin-de-la-guerre-approche/24/12/2021/">ENTRETIEN – Henok Teferra, ambassadeur d’Éthiopie : «La fin de la guerre approche»</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.billetdefrance.fr">Billet de France</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #000000;"><strong>Avec près de 10&nbsp;000 morts et plus de 2 millions de déplacés depuis novembre 2020, le conflit en Éthiopie fait des ravages. Alors que les troupes gouvernementales semblent repousser les forces tigréennes loin de la capitale Addis-Abeba, ces dernières évoquent un « repli stratégique ». L’occasion de faire le point sur la vision du gouvernement éthiopien avec son ambassadeur en France, Henok Teferra. Entretien.</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>&nbsp;</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>BILLET DE FRANCE : Le 4 novembre 2020, les forces tigréennes mènent une offensive contre les forces gouvernementales. Quelle est la genèse de cette attaque ?</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>HENOK TEFERRA : </strong>Avant l’arrivée du Premier ministre actuel, Abiy Ahmed, le régime, tenu par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) étranglait les libertés et s’était organisé pour dominer l’économie et la politique. Cela était devenu tellement insupportable qu’il y a eu de nombreuses manifestations avec de nombreux morts. Une partie de la classe politique qui souhaitait des réformes s’est disputée avec le TPLF. Une fois au pouvoir, ces réformateurs souhaitaient que le TPLF, qui avait des ministres, soit représenté en fonction de son importance [démographique – ndlr] en Ethiopie. Comme il ne l’a jamais accepté, le TPLF s’est retiré au Tigré.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>BDF : Suite aux reports des élections pour cause de Covid, le TPLF lance son offensive. Pourquoi ?</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>H.T</strong> : Le report des élections était un prétexte au déclenchement des opérations. D’autres pays, comme la France, l’ont fait à cause du Covid. Le TPLF l’a utilisé pour mobiliser ses relais au sein de l’armée, sa milice et tout son réseau politique, diplomatique et médiatique. Ils n’ont pas attaqué simplement une base militaire mais le commandement nord de l’Ethiopie basé au Tigré pour des raisons historiques suite à la guerre entre l’Ethiopie et l’Érythrée en 1998-2000. L’objectif était de saisir des armes et de défaire l’armée qui était la colonne vertébrale de l’État pour s’imposer comme l’acteur exclusif. Les dirigeants du TPLF ont voulu s’accrocher à leurs privilèges. Face à cela et parce que notre gouvernement a été élu démocratiquement nous avons réagi. Le conflit nous a été imposé. Désormais, je pense que la survie de l’État est définitivement assurée. Même si les opérations ne sont pas terminées, le TPLF ne pose plus un danger existentiel.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>BDF : Pensez-vous qu’un statu quo pourrait avoir lieu se traduisant par une déclaration d’indépendance du Tigré ? &nbsp;</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>H.T</strong> : Je ne pense pas car militairement parlant la situation s’éclaircit de plus en plus. Le TPLF n’a pas les capacités de faire face à l’armée s’est soldée par un échec cuisant. Maintenant ils en payent le prix. Nous sommes dans une situation où la fin approche. Notre volonté est de clore rapidement ce chapitre et de continuer le développement de l’Éthiopie. Malgré la crise sanitaire et le conflit, nous avons eu des résultats très encourageants.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>BDF : Ce qui devait être une intervention rapide en novembre 2020 est devenue un conflit qui dure.&nbsp;Comment expliquez-vous cette situation&nbsp;?</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>H.T</strong> : Il faut se replacer dans le contexte. Fin novembre, le TPLF a été délogé de sa capitale du Tigré [Mekele-ndlr]. Au mois de juin 2021, le gouvernement avait décidé unilatéralement, un cessez-le-feu humanitaire pour permettre la mise en culture car nous étions à la saison de la pluie. L’Ethiopie est un pays très agricole, principalement de petits exploitants qui dépendent de cette période pour cultiver leurs champs surtout au Tigré qui est une zone chroniquement déficitaire sur le plan alimentaire. Le TPLF a profité de cette occasion pour se regrouper et lancer des assauts dans le Tigré, dans la région Amhara et dans la région Afar. Le gouvernement a donc décidé de mener une contre-offensive. Pour le moment, celle-ci a démontré son efficacité car elle les a repoussés loin de la capitale. J’espère rapidement la fin de ce drame.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>BDF : Certains analystes avancent l’idée que le TPLF serait armé par l’Égypte et le Soudan. Quelles peuvent en être les conséquences&nbsp;sur la relation avec ces deux pays notamment vis-à-vis du barrage Renaissance qui crispe les tensions ?</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>H.T</strong> : Ce qui est avéré est qu’il y a des camps d’entraînements de réfugiés au Soudan. Ces camps accueillent des gens qui ont fui le pays et qui se font passer pour des réfugiés politiques. Ce sont les mêmes qui ont commis des crimes comme celui de Maï-Kadra. C’est un des plus gros massacre du conflit où plus de 1 000 civils ont été massacrés ; car ils étaient membres d’une ethnie différente. Pour autant, nous souhaitons vivre en paix avec tous nos voisins y compris avec nos voisins soudanais avec qui nous avons beaucoup de liens. Nous avons construit un barrage qui ne consomme pas d’eau mais qui génère de l’électricité. Alors que nous sommes à 86% à l’origine des eaux du Nil, nous n’en avons pas utilisé une seule goutte d’eau jusqu’à présent. Il est donc légitime que nous puissions générer de l’électricité et cela sans nuire à nos voisins. Malgré toutes les difficultés rencontrées, le remplissage du barrage est terminé à 80% et celui-ci sera définitivement terminé début 2023. Le débit ne devrait d’ailleurs pas être significativement perturbé. &nbsp;Je ne pense pas que l’Égypte favorise une quelconque instabilité et même si elle le tentait cela ne marcherait pas.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>BDF : En mars 2021, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, a dénoncé « un véritable nettoyage ethnique</strong> <strong>» dans le nord de l’Ethiopie. Que répondez-vous à ces accusations&nbsp;?</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>H.T</strong> : Il y a des paroles et il y a les faits. Par souci de transparence et pour faire taire les rumeurs que l’on entend dans la presse, nous avons accepté qu’une délégation des Nations Unis fasse son travail et vienne sur le terrain pour enquêter. Après plusieurs semaines de travail dans des conditions difficiles compte tenu de la situation, ils ont sorti un rapport qui réfute :</span></p>
<ul>
<li><span style="color: #000000;">qu’il y ait eu dans les faits ou dans les intentions des nettoyages ethniques dans le Tigré&nbsp;;</span></li>
<li><span style="color: #000000;">l’argument selon lequel nous avions utilisé l’arme alimentaire comme une arme de guerre.</span></li>
<li><span style="color: #000000;">Il précise également qu’il y a eu des exactions et des violations des droits de l’homme dans les deux camps mais que le plus gros des massacres a été commis par le TPLF.</span></li>
</ul>
<p><span style="color: #000000;">Suite à ce document, notre gouvernement a créé un comité interministériel de haut-niveau composé d’experts pour mettre en œuvre les recommandations figurant dans ce fameux rapport. Le gouvernement n’a pas attendu ce document pour sanctionner les individus ayant commis des actes répréhensibles. Au niveau factuel, les choses sont claires. Malheureusement, la situation est plus compliquée au niveau politique et médiatique à cause de la propagande et de la désinformation.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>BDF : Que pensez-vous de l’Alliance du TPLF avec l’Armée de libération oromo (Ola)&nbsp;?</strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>H.T</strong> : Je ne crois pas que c’est une alliance. J’ai l’impression que c’est plus une sorte de couverture pour le TPLF qui a besoin de montrer un soutien qu’il n’a pas. L’Ola est un groupuscule qui commet des meurtres dans la région Oromia. C’est un groupe nihiliste. Il n’a pas d’impact réel. Le TPLF n’a pas de soutien au sein de la population compte tenu de la gestion du pays lorsqu’il était au pouvoir. Apres avoir refusé la main tendue, la façon dont ils ont « poignardé » la population est impardonnable. Le peuple Ethiopien ne l’oubliera pas.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>BDF : Avec les stigmates de la guerre, comment voyez-vous l’avenir de votre pays&nbsp;? </strong></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><strong>H.T</strong> : Je pense que nous sommes en bonne voie pour que la paix revienne. Il faudra reconstruire car beaucoup d’infrastructures ont été détruites par la guerre et investir dans l’éducation, la santé et l’industrie. Malgré la crise sanitaire et le conflit, nos revenus ont augmenté de 8% par rapport à l’année précédente. Avec 110 millions d’habitants, l’Éthiopie est un pays très jeune et qui a un État capable de mettre en œuvre une politique de développement à travers tout le pays, ce qui est un atout formidable. Il faudra développer notre secteur privé qui est malheureusement resté à la traîne car nous avons beaucoup investi dans les infrastructures publiques. Le gouvernement souhaite ouvrir l’économie aux secteurs clés comme les télécoms, l’agroalimentaire, le minier et le tourisme dans lesquels nous voyons de forts potentiels de croissance. L’objectif est d’amener une bouffé d’air dans ces secteurs et d’amener le pays à faire grossir le PIB à moyen terme. Avec un &nbsp;PIB de plus 100 milliards de dollars, nous espérons arriver à 1 000 milliards dans 20 ans. Je suis très confiant.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #000000;">Propos recueillis par <a href="https://www.billetdefrance.fr/author/admin/">Charles de Blondin</a> et <a href="https://www.billetdefrance.fr/tag/pierre-dherbes/">Pierre d&rsquo;herbès</a>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<hr width="50%">
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		<title>Ethiopie et Tigré : une impossible réconciliation aux conséquences néfastes</title>
		<link>https://www.billetdefrance.fr/monde/ethiopie-et-tigre-une-impossible-reconciliation-aux-consequences-nefastes/01/03/2021/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Adrien Poisson]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Mar 2021 21:38:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Adrien Poisson]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
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		<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[Éthiopie]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Tigré]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que l’Europe de l’Est voyait se dérouler une guerre meurtrière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie,...</p>
<p>Cet article <a href="https://www.billetdefrance.fr/monde/ethiopie-et-tigre-une-impossible-reconciliation-aux-consequences-nefastes/01/03/2021/">Ethiopie et Tigré : une impossible réconciliation aux conséquences néfastes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.billetdefrance.fr">Billet de France</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #000000;"><strong>Alors que l’Europe de l’Est voyait se dérouler une guerre meurtrière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, un autre conflit, ignoré de l&rsquo;Occident, éclatait dans le même temps, en Afrique, entre l’Ethiopie et la province du Tigré.&nbsp; Le 4 novembre dernier, la capitale Addis-Abeba lançait une offensive au nord du pays contre le Tigré, petite province du nord de l’Éthiopie. Retour sur un conflit dont le bilan humain est encore difficile à évaluer plusieurs mois après la victoire annoncée par l’Éthiopie et dont les conséquences économiques et géopolitiques peuvent être très importantes dans une région qui peine à trouver de la stabilité.</strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #000000;">Un conflit aux origines anciennes</span></h3>
<p><span style="color: #000000;">En 1974, l’empereur éthiopien Hailé Sélassié est renversé par un coup d’État militaire, après une mobilisation populaire intense provoquée par une crise économique et de graves sécheresses. Après le coup d’État, le pouvoir est saisi par une junte militaire « socialiste » appelée le Derg. S&rsquo;ensuit une guerre civile qui durera jusqu’en 1991. La chute de l’URSS laisse le Derg affaibli. Ce dernier est renversé par le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), une coalition de partis armés, chacun représentant une base ethnique régionale.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Cette coalition, dirigée par le Front Populaire de Libération du Tigré (TPLF), devient le fondement du gouvernement en créant une alliance entre les principales forces politiques et ethniques du pays, à savoir l’Organisation démocratique des peuples Oromo, le Mouvement démocratique national Amhara et le Front démocratique du peuple éthiopien du Sud.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">La stratégie politique du TPLF est de former un État fédéral ethnique afin d’accorder l’autonomie à chaque région en divisant le territoire en neuf États. Cela permet aux dirigeants du Tigré d’exercer une influence sur le reste du pays, même si l’ethnie tigréenne compose seulement 6% de la population nationale, alors que l’ensemble des Oromo et des Amharas composait 60% de celle-ci.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">C’est dans ce contexte qu’en 2018, le pouvoir du TPLF commençe à se fragiliser. En effet, trois ans de protestations et de manifestations populaires ont forcé le parlement Ethiopien à choisir un nouveau premier ministre avec l’élection d’Abiy Ahmed, membre du groupe ethnique Oromo, une grande première pour le pays. Des réformes libérales sont entreprises dans les mois qui suivent son accession au pouvoir ainsi qu’une ouverture diplomatique sur l’Occident notamment avec les États-Unis. Il s&rsquo;en est suivie une éviction de postes clefs des personnalités tigréennes. Ce changement politique trouve son paroxysme en 2019 quand Abiy Ahmed crée le parti de la prospérité dans le but de saper les restes de l’influence que garde encore le TPLF sur la vie politique éthiopienne. En fin de compte, deux visions politiques de l’Ethiopie s’opposent. Une vision centralisée revendiquée par le Premier Ministre Ahmed et une vision fédéraliste et ethnique défendue par le TPLF, deux visions politiques opposées mais chacune avec comme objectif le contrôle de l’économie et des ressources naturelles.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">En septembre 2020, la crise est à son paroxysme quand le Premier Ministre Ahmed décide de repousser les élections. En réponse, le Tigré organise les siennes. Le gouvernement central estime que ces dernières sont illégales et suspend les financements du Tigré… La mèche est consumée entre les deux partis, et le gouvernement lance une offensive afin de soumettre la province du Tigré après que cette dernière a attaqué des postes militaires.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #000000;">L’impossible stabilité d’une région divisée</span></h3>
<p><span style="color: #000000;">Le 28 novembre, Addis-Abeba annonçait la prise de Makalé, la capitale du Tigré. En 3 semaines le pouvoir central aura soumis cette province de 6 millions d’habitants en menant une guerre éclair, soutenue par les drones des Émirats arabes unis. Près de trois mois après la victoire Ethiopienne, le bilan est encore difficile à évaluer. Économiquement, le Tigré ne semble pas prêt à se relever. Le 15 janvier dernier, les routes d’approvisionnement étaient encore coupées et la nourriture se faisait de plus en plus rare.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Humainement, la situation peut avoir des conséquences particulièrement lourdes pour la région. On dénombre aujourd’hui plusieurs centaines de morts et près de 50 000 réfugiés ayant fui au Soudan. Voilà plus de vingt ans qu’un tel déplacement de population n’avait pas eu lieu dans la région, et les Nations Unies craignent aujourd’hui que le conflit, en plus de s’enliser, ne s’étende aux pays voisins. Car ce qui inquiète le plus la communauté internationale, c’est le risque de voir le désordre s&rsquo;accentuer dans une région déjà en proie à la division.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">C’est avec une vision plus globale de la situation qu’il faut analyser les conséquences de ce conflit. Un enlisement en Ethiopie pourrait voir une baisse de la puissance de l’État et la création de bandes armées comme cela a été le cas en Somalie ou encore dans la région du Darfour au Soudan. Enfin, cette région africaine située à la croisée du monde arabo-musulman et africain se caractérise par un ensemble de trafics lucratifs (armes, drogues, etc.) entre le Soudan, l’Ethiopie, la Somalie, l’Ouganda, la République Démocratique du Congo (RDC), la République Centrafricaine. Ces trafics sont contrôlés par des bandes armées qui veillent jalousement sur leurs territoires d’action, contribuant ainsi à l’instabilité chronique de vastes régions et à l’insécurité des populations locales.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">En matière de sécurité, la mer Rouge reste un enjeu majeur de la géopolitique globale, puisqu’elle voit passer 15 % du trafic maritime international. Or, la multiplication de groupes armés dans cette région pourrait avoir pour conséquence une fragilisation de la position de Djibouti dans la région. Ce pays possédant des bases d’armées occidentales à l&rsquo;instar des États-Unis ou encore de la France, est une position stratégique dans le cadre de la sécurisation de la mer Rouge avec notamment la <em>Combined Task Force 151</em>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #000000;">Une région stratégique pour la France</span></h3>
<p><span style="color: #000000;">Au cœur d’un carrefour commercial et d’une zone de forte fréquentation, les enjeux sécuritaires sont forts dans la région. Cependant, la France dispose d’autres intérêts, qu’une déstabilisation de l’Ethiopie sur le long terme pourrait menacer. En effet, en mars 2019, Emmanuel Macron s’est rendu sur place afin de sceller un accord de défense unique. De plus, avec la seconde population du continent africain, cet État affichait encore il y a peu une croissance de 8% et avait lancé une série de réformes libérales qui ont permis le rapprochement diplomatique entre les deux pays. Enfin, la France bénéficiait de 791 millions d’euros d’exportations en 2018, un nombre qui pourrait augmenter si la stabilité politique du pays le permet, accroissant ainsi un peu plus l’influence de la France dans une région de plus en plus disputée par des puissances orientales comme la Chine, qui poursuit son rêve de « Chineafrique » avec la multiplication des financements d’infrastructures dans la région.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Alors que l’Ethiopie prenait le chemin d’une certaine stabilisation politique après des décennies de conflit meurtrier, de vieux démons semblent avoir ressurgi avec le retour des rivalités tribales qui ne cessent de gangrener ce pays. Reste encore à voir le rôle de l’Erythrée qui, malgré une paix signée avec l’Ethiopie en 2018, reste une puissance régionale concurrente d’Addis-Abeba et qui ne verrait pas forcement d’un mauvais œil l’affaiblissement et les divisions de son grand rival éthiopien.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<hr width="50%">
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