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Génération Z : du Népal à Madagascar, la jeunesse à l’assaut du pouvoir

A Madagascar, les manifestants de la Génération Z ont érigé un barrage routier à Antananarivo, la capitale. ©Raveloaritiana Mamisoa

A Madagascar, les manifestants de la Génération Z ont érigé un barrage routier à Antananarivo, la capitale. ©Raveloaritiana Mamisoa

De Rabat à Katmandou, de Lomé à Antananarivo, l’année 2025 a été marquée par une vague de mobilisations inédites portées par la génération Z. Sans chef identifié ni idéologie unique, cette jeunesse connectée a imposé ses colères, ses méthodes et son tempo, bouleversant les équilibres politiques des pays du « Sud global » et révélant les limites des réponses institutionnelles.

 

Ils n’avaient ni parti, ni programme commun, parfois même pas de porte-parole. Pourtant, en quelques mois, des milliers de jeunes sont descendus dans la rue, ont occupé les réseaux sociaux et défié des pouvoirs installés depuis des décennies. Du Népal au Maroc, de Madagascar au Togo, la génération Z a transformé des frustrations diffuses (corruption, chômage, vie chère, confiscation du pouvoir) en un mouvement transnational. Une contestation protéiforme, et souvent spontanée.

 

Une internationale sans frontières ni chefs

Au-delà des contextes nationaux, un même schéma se dessine dans l’émergence des mobilisations. Au Maroc, au Togo, au Népal ou à Madagascar, les mêmes mots d’ordre circulent : rejet des élites vieillissantes, dénonciation de la corruption, exigence de dignité et de perspectives économiques. Cette génération née avec les réseaux sociaux a fait d’Instagram, TikTok, Telegram ou Facebook ses principaux outils d’organisation, contournant médias traditionnels et cadres militants classiques.

 

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Contrairement aux mouvements de jeunesse du passé, la Génération Z ne se structure pas autour d’idéologies figées. Elle fonctionne par causes, par séquences, par indignations successives. Cette horizontalité lui donne une force de frappe rapide et massive, mais la rend aussi vulnérable à l’essoufflement, à la récupération ou à la fragmentation. Dans le « Sud global », où les institutions sont souvent perçues comme lointaines ou verrouillées, cette forme de mobilisation traduit autant une défiance politique qu’un désir profond de réinvention.

 

Du Népal au Togo, une même colère sociale et politique

Au Népal, les manifestations de jeunes contre la corruption et l’immobilisme politique ont surpris par leur ampleur et leur radicalité symbolique. Des figures issues de la société civile, parfois très jeunes, ont cristallisé une colère longtemps contenue face à une classe politique jugée déconnectée. Cela a provoqué la nomination d’un nouveau Premier ministre.

Au Togo, la contestation a pris une dimension plus risquée encore, dans un contexte de répression et de verrouillage du débat public, où la jeunesse a pourtant continué à investir l’espace numérique pour dénoncer les abus et réclamer un avenir.

 

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Dans ces pays du « Sud Global », comme au Maroc, la Génération Z ne demande pas seulement des réformes techniques. Elle veut remettre en cause la légitimité même de systèmes politiques perçus comme fermés, héréditaires ou confisqués. Le rejet est moins dirigé contre une mesure précise que contre un mode de gouvernance jugé incompatible avec les aspirations d’une génération mondialisée, éduquée et consciente des écarts entre promesses et réalités.

 

La confiscation militaire malgache

À Madagascar, la séquence politique ouverte par la mobilisation de la génération Z révèle autant une capacité de rupture qu’une profonde vulnérabilité politique.

À l’origine, les jeunes Malgaches se sont mobilisés contre les coupures chroniques d’eau et d’électricité, catalysant une contestation massive qui a précipité la chute du président Andry Rajoelina. Mais, faute de débouché politique structuré, ce mouvement sans chef ni organisation formelle a rapidement laissé un vide. Un espace que l’institution militaire, dotée d’une hiérarchie, d’une légitimité institutionnelle et de la capacité de contrainte, a su investir.

 

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Présentée dans un premier temps comme garante de la stabilité, l’armée s’est progressivement imposée comme l’arbitre central du nouvel équilibre politique, confisquant de facto une révolution née dans la rue. La reconnaissance du colonel Michael Randrianirina, par certains acteurs internationaux, comme nouvel homme fort du pays, loin de dissiper les inquiétudes, renforce le sentiment d’une révolte capturée par un clan.

A l’instar des autres pays, le cas malgache illustre la difficulté pour les mobilisations de la génération Z à transformer une insurrection citoyenne en pouvoir durable, sans voir leurs aspirations récupérées par des acteurs mieux organisés et détenteurs des leviers institutionnels et sécuritaires comme l’armée.

 


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