Avec un investissement de plus de 100 millions d’euros, Framatome transforme en profondeur son site de Jeumont pour adapter les méthodes de l’automobile à la production d’équipements critiques du nucléaire. Objectif : doubler les cadences tout en réduisant les délais, sans compromettre les exigences de sûreté.
Dans le Nord, l’usine de Jeumont est en pleine mutation. Entre modernisation des ateliers et refonte des flux, le site entre dans une nouvelle ère industrielle. Derrière ce chantier d’ampleur, c’est toute la filière nucléaire française qui cherche à changer d’échelle pour répondre aux ambitions des futurs EPR2.
Une transformation industrielle à marche forcée
À Framatome, le projet Aurus incarne une ambition claire : passer d’une production historiquement artisanale à une logique industrielle cadencée. Sur le site de Jeumont, les lignes de production sont entièrement repensées : nouveaux équipements d’usinage, réorganisation des postes de travail, optimisation des flux et modernisation des espaces de contrôle. L’investissement total atteint 103 millions d’euros, dont 32 millions dès 2026. Il s’accompagne de la construction d’un nouveau bâtiment de 10 000 m² à Maubeuge, où seront transférées les activités de montage et de test à partir de 2028, ainsi que d’une plateforme logistique à Rousies.
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Le tout, sans interruption de la production. Ce site, moins médiatisé que ceux du Creusot ou de Saint-Marcel, joue pourtant un rôle stratégique. Il fabrique notamment les groupes motopompes primaires (GMPP), essentiels à la circulation de l’eau dans le réacteur, et les mécanismes de commande de grappes (MCG), qui régulent la puissance des centrales. Des équipements critiques, au cœur de la sûreté nucléaire.
Vers une production inspirée de l’automobile
Pour répondre à un carnet de commandes en forte croissance notamment pour Hinkley Point C et les futurs EPR2 français, Framatome doit quasiment doubler sa capacité de production. L’objectif est d’atteindre un rythme de 1,5 réacteur par an, contre 0,7 auparavant. Cela passe par l’introduction d’un modèle inédit dans le nucléaire : la production “taktée”, directement inspirée de l’industrie automobile.
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Concrètement, il s’agit de synchroniser les étapes de fabrication pour fluidifier les processus et réduire les délais. Les gains attendus sont significatifs : une réduction de 20 % des temps de production, des cycles de fabrication des MCG passant de 44 à 28 mois et des groupes motopompe primaire (GMPP) produit tous les 28 jours, malgré ses 1 000 composants Mais cette transformation ne se limite pas à la technique. Elle implique aussi un changement culturel profond pour les équipes.
En parallèle, l’activité défense du site, renforcée par un investissement de 17 millions d’euros, se structure avec une ligne dédiée, en lien avec les futurs programmes de propulsion nucléaire. Au-delà de Jeumont, cette mutation illustre un enjeu plus large : celui de la capacité de l’industrie nucléaire française à se réinventer pour répondre aux défis de demain, entre montée en cadence, exigences de sûreté et souveraineté énergétique.
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