Numérique : l’État français va quitter Microsoft pour Linux
Publié le 14/04/2026
La France souhaite sortir de la dépendance numérique américaine
Migration vers Linux, sortie progressive de Microsoft, relocalisation des données de santé hors de Microsoft Azure : l’État français enclenche une transformation profonde de ses infrastructures numériques pour réduire sa dépendance aux technologies américaines et reprendre le contrôle de ses données sensibles.
Le tournant est désormais assumé. Réuni le 8 avril 2026 sous l’impulsion de la Direction interministérielle du numérique (Dinum), l’ensemble de l’appareil d’État s’engage dans une stratégie de rupture avec ses dépendances technologiques. Derrière les annonces, une volonté claire : faire de la souveraineté numérique non plus un principe, mais un axe structurant de l’action publique.
Une stratégie structurée pour réduire les dépendances
La souveraineté numérique devient une « boussole », selon la ministre déléguée Anne Le Hénanff. L’approche repose sur trois piliers : identifier les dépendances, développer des alternatives souveraines et défendre un cadre réglementaire aligné avec les valeurs européennes.
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Première étape, indispensable : la cartographie. L’État lance un chantier d’ampleur pour recenser ses données, ses infrastructures et ses briques technologiques. Objectif : localiser précisément les points de dépendance les plus critiques. Dans cette logique, chaque ministère devra présenter d’ici l’automne un plan détaillé couvrant l’ensemble de ses outils numériques, des postes de travail à l’intelligence artificielle en passant par les bases de données et les réseaux.
Cette stratégie s’accompagne d’une accélération du déploiement d’outils souverains déjà existants, comme Tchap, Visio ou FranceTransfert. La Caisse nationale d’Assurance maladie doit ainsi migrer 80 000 agents vers ces solutions.
Des choix technologiques forts… aux limites bien réelles
Le signal le plus fort reste la sortie progressive de Windows au profit de Linux. Ce basculement vers l’open source vise à redonner à l’État la maîtrise de ses systèmes, en s’affranchissant des contraintes d’un éditeur unique et en réduisant les risques liés à l’extraterritorialité des données. Mais la transition s’annonce complexe. Une grande partie des applications administratives repose encore sur des environnements Windows, impliquant des adaptations lourdes, des coûts significatifs et un accompagnement massif des utilisateurs.
Surtout, cette stratégie ne supprime pas totalement les dépendances. L’écosystème open source lui-même reste influencé par de grands acteurs internationaux, dont Microsoft, aujourd’hui l’un des principaux contributeurs à l’environnement Linux. Le dossier du Health Data Hub illustre ces tensions. Hébergée depuis son lancement sur Azure, la plateforme de données de santé doit être migrée vers une solution souveraine d’ici fin 2026. Mais les retards successifs et les incertitudes autour du choix du futur hébergeur témoignent des difficultés concrètes de cette transition.
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Dans ce contexte, l’État mise aussi sur une coopération renforcée avec les acteurs privés et européens. Une alliance public-privé pour la souveraineté numérique doit voir le jour en juin 2026, tandis que la loi SREN prévoit d’imposer des standards stricts, notamment via des solutions certifiées SecNumCloud.
Au-delà des annonces, une réalité s’impose : reprendre le contrôle de ses infrastructures numériques est un chantier de long terme. Si la dynamique est enclenchée, l’autonomie stratégique reste encore partielle, tant les dépendances technologiques s’inscrivent dans des chaînes industrielles globalisées.
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