Albert Londres : portrait du père fondateur du journalisme d’investigation

Albert Londres en 1923. ©Rue des Archives.

Albert Londres est un journaliste et écrivain français. Considéré comme le père fondateur du journalisme d’investigation, il a parcouru le monde entier, toujours en première ligne des grands événements du XXe siècle, rien ne lui a échappé !

 

Albert Londres est né en 1884 à Vichy. Très tôt, il s’est rendu célèbre par ses articles et ses récits de voyages, publiés au début du siècle dans Le Petit Journal, Le Quotidien ou Le Petit Parisien.

En 1914, réformé, il se rend à Reims pendant le bombardement de la ville en tant que correspondant de guerre et signe son premier article, pour le quotidien Le Matin: « Visions de guerre ». Il dénonce également ses démêlés avec la censure militaire (recueil d’articles intitulé Contre le bourrage de crâne en 1920)

Sentant qu’un événement important allait avoir lieu dans les Dardanelles, il demande à partir sur place. Le Matin refuse, il démissionne. 

 

Le début des voyages

Il est alors engagé par Le Petit Journal.  Il va y signer de nombreux reportages avant de rejoindre le journal Excelsior qui l’envoie en URSS en 1920. Il publie par la suite Dans la Russie des soviets (1920).

En 1922, Albert Londres va pouvoir réaliser son rêve. Le journal l’Excelsior le charge d’enquêter sur l’Extrême-Orient: le Japon, la Chine, l’Indochine et l’Inde. Il se rend au Japon et en Chine et publie plusieurs articles dans un recueil La Chine en folie (1925) qui connaîtra un grand succès.

En 1923, il entreprend une enquête sur le bagne de Cayenne en Guyane, dans Au bagne (1923), qui, publiée dans le Petit Parisien, aura pour conséquence la fermeture du pénitencier de Saint-Laurent-du-Maroni. Au Brésil, il rencontre par la suite le bagnard en cavale Dieudonné,  qui lui relatera également des conditions de détention épouvantables. Le journaliste le ramènera avec lui en France et obtiendra sa réhabilitation qu’il raconte dans L’homme qui s’évada (1928). 

Au milieu des années 20, il tente d’entrer dans La Mecque pour réaliser un « scoop », mais après de multiples tentatives il se rend à l’évidence : il ne peut pas y pénétrer. Il va alors sur les bords de la mer Rouge, où il passe quelques jours sur un boutre avec les plongeurs miséreux qui risquent leur vie pour ramener les très recherchées huîtres perlières. Il raconte son expérience dans Les Pêcheurs de perles (1931).

En juin 1924, Le Tour de France s’élance depuis Paris direction Le Havre. En le suivant, Albert Londres va découvrir les conditions de ceux qu’il surnommera « les forçats de la route ». Tenir les quinze étapes du Tour dans les conditions de 1924 relevait de l’exploit surhumain. Rares étaient ceux qui couraient pour une marque avec une équipe pour les soutenir. Ces sportifs, souvent amateurs, voulaient transmettre leur amour de ce sport au public. Ils connaîtront bien souvent le pire que le meilleur mais avec la passion toujours chevillée au corps.

Son livre Tour de France, Tour de souffrance (1924) reste un reportage mythique, une référence de la littérature sportive, dans lequel il rend hommage aux « géants » du Tour de France tout en dénonçant des conditions de pratique très éloignées de celles d’aujourd’hui.

Toujours en France, il parvient à pénétrer l’univers des hôpitaux psychiatriques, où la contrainte, les brutalités et l’horreur sont la norme et rédige Chez les fous (1925). Il se rend ensuite au Sénégal et au Congo, toujours pour Le Petit Parisien et dénonce dans Terre d’ébène (1929) l’esclavage auquel sont soumis les ouvriers noirs sur les chantiers de construction des voies ferrées.

En 1929, il enquête en Palestine et dans toute l’Europe centrale sur le devenir du peuple juif puis se rend dans les Balkans où il tente de comprendre ce qui pousse les nationalistes macédoniens au terrorisme (Les Comitadjis en 1932).

 

Une fin tragique

Il meurt le 16 mai 1932 dans l’incendie du paquebot Georges-Philippar qui le ramène de Chine où il était allé enquêter sur les « triades » chinoises, l’opium et les réseaux de trafiquants. Un court-circuit provoque un incendie sur le bateau alors qu’il navigue au large de la Somalie. De nombreux passagers s’échappent sur les canots mais sur les mille personnes à bord, une cinquantaine manque à l’appel dont Albert Londres.

Personne ne connaît le sujet de son enquête en Chine, pas même le quotidien Le Journal qui l’emploie. On sait juste qu’il rapportait un reportage choc. « C’est de la dynamite » avait-il confié avant d’embarquer… Son goût pour la vérité l’aurait-il tué ? Est-il mort noyé ou asphyxié dans sa cabine? L’incendie du paquebot Georges-Philippar est-il accidentel ou criminel? De nombreuses questions se posent encore autour de la mort du grand reporter Albert Londres.

Créé par sa fille, Florise, le Prix Albert Londres couronne chaque année en France à la date anniversaire de la mort du journaliste, le meilleur reporter français de l’année en presse écrite depuis 1933 et audiovisuelle depuis 1985. 

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