Influenceur sur Instagram, Henri de Notre France* consacre un ouvrage aux poilus de la guerre de 1914-1918. À travers cet entretien, il revient sur les raisons de cet hommage, sur le devoir de mémoire à l’ère des réseaux sociaux et sur la manière dont une génération connectée peut encore faire vivre le souvenir de ceux qui ont tenu, au prix de leur vie, la ligne de front.
Charles de Blondin : Comment est née l’idée de rendre hommage aux poilus?
Henri de notre France : Cette idée est née d’une manière assez spontanée. Dans mon salon, trône le portrait de mon arrière arrière-grand-père en uniforme militaire, juste avant la mobilisation générale. Avec mon épouse, nous visionnions une série télévisée sur la Grande Guerre lorsqu’en regardant ce portrait m’est venue cette idée : mettre à l’honneur des poilus dont personne n’a jamais entendu parler. Je suis parti de l’idée que chaque poilu a son histoire, et parfois les plus grand inconnus ont les plus belles des histoires. À ce moment-là, l’idée était née. Lorsque la question m’est venue de « quels poilus mettre à l’honneur ? », j’ai rapidement pensé à ceux de mes abonnés. Sincèrement, au début je pensais recevoir une quarantaine de poilus. Lorsque j’en ai parlé à Colin Simon, mon ami mais également mon éditeur, je lui ai donné ces chiffres-là. Finalement, c’est près de 250 poilus qui sont mis à l’honneur dans ce monument de papier.
CDB : Sur quels critères avez-vous sélectionné les soldats représentés dans cet ouvrage, et quelle place ont occupé les archives et les récits personnels dans ce choix ?
HDNF : Les critères étaient simples en réalité. Ayant plus de 90 000 abonnés sur Instagram, et étant proche de ma communauté, j’ai voulu rendre hommage aux ancêtres de ceux qui me suivent. C’est une façon pour moi de remercier ceux qui donnent du crédit à ce que je fais. Pour ce qui est de la place qu’occupent les archives et les récits personnels, j’ai fait des recherches pour chacun des poilus que l’on m’a partagé. J’ai retrouvé de très nombreuses fiches matricules dont j’avais besoin pour connaître le parcours de ces soldats.
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Parfois, j’ai eu la chance d’avoir des anecdotes personnelles venant des descendants. Dans d’autres cas, bien plus fréquents, j’ai dû, à partir des seuls noms, dates et lieu de naissance, rechercher le rôle qu’ils ont joué durant la Grande Guerre. C’est ainsi que j’ai réussi à retracer des parcours complets à partir de rien, bien que parfois, des informations détaillées soient plus ardues à trouver. Vous savez, chaque département possède un site d’archives départementales numérisées (plus ou moins ergonomique). Les fiches matricules des poilus font partie de ces fonds accessibles à tous. La clé, c’est avoir la patience de rechercher.
CDB : Parmi tous les poilus dont vous avez retracé l’histoire, y a-t-il un destin qui vous a particulièrement bouleversé ou accompagné durablement ? Pourquoi ?
HDNF : Il est difficile pour moi de n’en citer qu’un seul, de nombreux récits m’ayant marqué profondément. Si je devais n’en citer qu’un, là, tout de suite, ce serait celui du Sergent Xavier Hesteau, dont la mort est racontée dans la lettre d’un témoin de la scène. En voici un extrait : « Mon pauvre ami Hesteau est tombé au milieu de la bataille, littéralement broyé par un obus qui l’a atteint en pleine poitrine. Pendant tout le combat, il est resté debout sous la mitraille pour mieux commander ses hommes. Je le savais brave. Il est mort en brave dans un combat glorieux à jamais pour le Régiment, pour la France ».
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CDB : Pensez-vous que notre époque mesure encore pleinement le prix humain de la guerre, ou est-ce que la distance historique en a atténué la violence et la réalité ?
HDNF : Malheureusement, je ne le pense pas. Aujourd’hui, à l’aube où notre société semble perdre ses repères, beaucoup de personnes ne mesurent plus le sacrifice immense consenti par nos ancêtres. Certes, ces événements remontent à plus d’un siècle, mais leur impact reste visible encore aujourd’hui, les monuments aux morts parsèment nos communes. L’Europe, et notamment la France, n’a jamais réellement compensé le gâchis humain provoqué par le million et demi de Français morts au front. Cette distance historique tend à atténuer la violence et la réalité de la guerre dans les consciences contemporaines.
CDB : Peut-on parler de courage uniquement sur le champ de bataille, ou réside-t-il encore aujourd’hui une forme de courage dans notre monde moderne ?
HDNF : Le courage ne se manifeste pas uniquement sur le champ de bataille. S’il a longtemps été associé au combat armé et au sacrifice des soldats, je pense qu’il existe encore aujourd’hui des formes de courage dans notre monde moderne. Ce courage est, selon moi, souvent moral et culturel. Défendre la culture française et chrétienne, ses traditions, son héritage et ses valeurs, peut demander du courage dans une société où celles-ci sont parfois minimisées, contestées ou tournées en dérision. Par exemple, le simple fait de faire son bénédicité en public ou d’assumer ouvertement sa foi et son attachement aux traditions françaises peut constituer un acte courageux. De même, transmettre cet héritage, le faire vivre et le défendre face à l’oubli ou au rejet exige une certaine force morale. Je dirais donc que si le courage a changé de forme, il demeure une vertu essentielle, indispensable à la préservation de l’identité et de la mémoire collective.
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CDB : En regardant ces vies brisées par la guerre, le courage des poilus a-t-il un message pour notre époque ?
HDNF : C’est dans l’horreur et la souffrance des tranchées que le courage de nos ancêtres s’est forgé. L’un des messages les plus flagrants selon moi est l’amour pour la patrie, et le devoir de protéger la terre de nos aînés. À Verdun, par exemple, nous comptons plusieurs centaines de milliers de morts pour seulement quelques kilomètres de frontières alors même qu’aujourd’hui nos dirigeants ne sont même plus capable de faire le quart de ce sacrifice pour notre pays. Après tant de nos ancêtres morts la patrie, le message de cette guerre devrait être de ne pas abandonner ce qu’ils sont parvenus à nous préserver et à nous transmettre au prix de leur sang.
CDB : Quel était votre objectif premier en accomplissant ce travail de mémoire ?
HDNF : Ce travail de mémoire s’inscrit dans un combat contre l’oubli de notre histoire. Aujourd’hui, à l’école de la République, nous pouvons apprendre comment Joffre et d’autres grands généraux nous ont fait remporter la guerre, mais trop rarement nous ne parlons des soldats. Je ne suis pas du genre à dire que les généraux sont les moins méritants car cela serait mentir ; je les évoque d’ailleurs aussi dans le livre. Les responsabilités sont différentes. Cependant, il m’était important de donner du crédit à ceux qui n’en ont jamais reçu, ou si peu. Les portraits que je mets en avant dans mon ouvrage pourraient être ceux des aïeux de n’importe quel Français. Il y a des hommes du rang, partis au front dans le cadre de la mobilisation générale, des militaires de carrière, des officiers issus de grandes écoles… tout le monde y est représenté. Avec ce livre, je souhaite aller au-delà des chiffres et des chants de batailles pour me concentrer sur ceux qui étaient dans les tranchées, dans les sous-marins, dans les chars, sur leurs chevaux… pour parler pleinement de nos ancêtres. Je suis très heureux d’avoir pu leur consacrer mon premier livre.
Vous pouvez précommander l’ouvrage ici
*Henri de Notre France est un pseudonyme.
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