La reprise des discussions entre Dakar et le Fonds monétaire international résume assez bien le moment politique sénégalais. Arrivé au pouvoir sur un discours de souveraineté économique, de reprise en main des ressources nationales et de rupture avec certaines pratiques du passé, Bassirou Diomaye Faye doit désormais composer avec une situation budgétaire beaucoup plus dégradée qu’annoncé. Le choix de renouer le dialogue avec le FMI montre la crédibilité acquise du Président.
Élu en mars 2024 à 44 ans, quelques jours après sa sortie de prison, Bassirou Diomaye Faye avait bénéficié d’une aspiration particulièrement forte au changement. Son discours sur la souveraineté, la gestion des ressources naturelles et la rénovation des institutions faisait écho à des revendications désormais largement présentes dans les opinions publiques africaines. Deux ans après son arrivée à la présidence, l’exercice du pouvoir apparaît cependant plus institutionnel et plus pragmatique que ne pouvait le laisser penser la dynamique de campagne.
Le Sénégal dispose pour cela de fondations solides. La crise qui avait précédé l’élection présidentielle de 2024 avait pourtant été profonde. Macky Sall avait tenté de reporter le scrutin, avant que le Conseil constitutionnel n’impose le retour au processus électoral. L’opposition avait finalement remporté la présidentielle et le pouvoir avait été transmis. Dans une région marquée par une succession de coups d’État, cette séquence avait confirmé la capacité des institutions sénégalaises à résister à une crise politique majeure.
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Cette stabilité repose également sur une armée particulièrement fiable. Depuis l’indépendance, les forces armées sénégalaises ne se sont jamais emparées du pouvoir. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique souligne régulièrement leur professionnalisme, leur culture apolitique et l’importance accordée à la subordination à l’autorité civile. Cette tradition s’exprime également à l’extérieur : le Sénégal fournit plusieurs milliers de militaires et de policiers aux opérations des Nations unies et conserve une solide réputation dans les missions internationales.
La rupture avec son ancien Premier ministre Ousmane Sonko constitue une autre étape importante de la consolidation du pouvoir présidentiel. Leur alliance avait structuré l’accession au pouvoir en 2024, au point d’entretenir durablement l’idée d’une présidence placée sous l’influence politique de Sonko. Les désaccords apparus par la suite sur la politique économique, la relation avec le FMI et le rythme de la rupture avec l’ancien système ont progressivement clarifié les rapports de force.
En écartant Ousmane Sonko de la primature en mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a assumé plus nettement l’autorité que lui confère son mandat. Ce choix comporte un risque politique réel face à un ancien allié qui conserve une importante capacité de mobilisation. Il a néanmoins permis au président d’affirmer une ligne propre et de sortir de l’ambiguïté qui avait marqué le début de son quinquennat.
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Sur le plan économique, la stratégie Sénégal 2050 constitue le cadre général de l’action publique. Plusieurs grands investissements traduisent les priorités affichées. Environ 167 millions d’euros sont ainsi inscrits au budget 2026 pour l’autoroute Dakar-Tivaouane-Saint-Louis, axe stratégique destiné à renforcer les liaisons vers le nord du pays et la Mauritanie. Près de 76 millions d’euros doivent également financer le Grand Transfert d’Eau, conçu pour améliorer l’alimentation de Dakar tout en soutenant plusieurs territoires agricoles. Pour les entreprises françaises et européennes, ces programmes ouvrent des perspectives dans les infrastructures, l’eau, l’énergie et l’aménagement.
La politique extérieure obéit à la même recherche d’autonomie sans logique de rupture systématique. Avec la France, la restitution des dernières emprises militaires en juillet 2025 a permis de refermer un dossier devenu politiquement sensible. Le processus s’est déroulé de manière négociée et la coopération militaire a été redéfinie autour de la formation, de l’interopérabilité et du renforcement des capacités sénégalaises. La disparition d’une présence militaire française permanente a ainsi contribué à assainir la relation sans remettre en cause la volonté de coopération entre les deux pays.
Parallèlement, Bassirou Diomaye Faye poursuit une diversification des alliances. Ses premiers déplacements ont privilégié la Mauritanie, la Gambie et plusieurs capitales ouest-africaines. Le Sénégal reste pleinement engagé dans la CEDEAO tout en maintenant le dialogue avec les États membres de l’Alliance des États du Sahel. La Chine conserve une place importante dans les infrastructures et l’industrialisation, tandis que les pays du Golfe accroissent leur présence dans les secteurs de l’énergie et de l’investissement. L’Union européenne, les États-Unis et les institutions financières internationales demeurent, dans le même temps, des partenaires essentiels.
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Cette stratégie consiste donc davantage à multiplier les interlocuteurs qu’à substituer un alignement à un autre. Elle distingue jusqu’à présent le Sénégal d’autres trajectoires observées dans le Sahel, où la revendication de souveraineté s’est parfois accompagnée d’une rupture rapide avec les partenaires occidentaux et d’un rapprochement exclusif avec de nouveaux alliés.
La dette reste néanmoins la contrainte principale du mandat. Les audits réalisés après l’alternance ont révélé des engagements publics très supérieurs aux données antérieurement publiées. Le FMI estime la dette à environ 132 % du PIB à la fin de 2024. Bassirou Diomaye Faye doit donc répondre à des attentes sociales considérables avec des marges budgétaires particulièrement réduites.
C’est précisément ce qui donne à la reprise des négociations avec le FMI sa portée politique. Malgré un discours de souveraineté économique, Dakar continue de rechercher une solution négociée et de préserver sa crédibilité auprès des bailleurs et des investisseurs. Le souverainisme sénégalais semble ainsi prendre la forme d’une recherche de marge de manœuvre plutôt que d’une remise en cause de l’ensemble des cadres de coopération existants.
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Deux ans après son élection, Bassirou Diomaye Faye reste confronté à une équation difficile : répondre aux attentes de rupture sans fragiliser les institutions, diversifier les alliances sans isoler le pays et restaurer les finances publiques sans renoncer à son programme de transformation. C’est dans cet équilibre que réside aujourd’hui la singularité du Sénégal : la tentative de construire un souverainisme compatible avec la stabilité politique, la continuité de l’État et le maintien de relations solides avec ses partenaires.
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