Mauritanie : en libérant neuf salafistes, Ghazouani confirme l’exception de son pays
Publié le 29/06/2026
Le président Ghazouani en visite auprès de son homologue français Emmanuel Macron en mai 2024. ©Ambassade de France en Mauritanie
Le 19 juin, neuf détenus condamnés pour terrorisme en Mauritanie ont quitté les prisons sur décret présidentiel. La nouvelle aurait pu provoquer l’inquiétude. Elle illustre, au contraire, la maturité d’un État qui a construit, patiemment et sans bruit, l’une des politiques antiterroristes les plus efficaces du continent.
La grâce n’est pas tombée du ciel. Quelques jours avant le décret, quatorze prisonniers salafistes avaient signé un manifeste de repentir collectif, reconnaissant leurs erreurs, renonçant publiquement à la violence et s’engageant à préserver la sécurité des personnes et des institutions. Ce document n’est pas une formalité : il est le produit de mois de dialogue doctrinal conduit par une commission d’oulémas de premier rang, présidée par le théologien Mohamed Mokhtar M’Balla. Les discussions ont porté sur les fondements mêmes de la violence jihadiste — la définition du jihad, les notions d’allégeance et de désaveu — avec pour seul outil la persuasion religieuse, sans contrepartie matérielle ni négociation politique.
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Parmi les membres de cette commission figure Mahfouz Ould al-Walid, dit Abou Hafs al-Mauritani, ancien numéro trois d’AQMI, lui-même repenti depuis 2012. Sa présence dit quelque chose d’essentiel sur ce que la Mauritanie a compris avant les autres : un ancien combattant convaincu vaut mieux que dix discours officiels. C’est cette logique qui permet aujourd’hui à d’anciens détenus de devenir, selon les mots du ministre de la Défense Hanana Ould Sidi, « des chantres de la lutte contre le radicalisme et l’extrémisme violent ».
Le président Ghazouani a supervisé personnellement ce processus. La décision du 19 juin n’est pas un geste isolé : elle s’inscrit dans une continuité assumée, après les grâces de 2010 et de 2022, et un taux de récidive parmi les repentis qui n’a cessé de valider l’approche. Cinq détenus, dont le profil présente encore des risques, restent incarcérés, preuve que la clémence obéit ici à une évaluation rigoureuse, non à une impulsion.
La Mauritanie, un pôle de stabilité au Sahel
Le résultat est visible. Alors que le Burkina Faso, le Mali et le Niger accumulent les revers sécuritaires et les violations documentées des droits humains, la Mauritanie maintient une stabilité que peu de ses voisins peuvent revendiquer. Elle est parvenue à contenir durablement une menace qui l’avait frappée de plein fouet entre 2005 et 2011, sans recourir aux solutions de force qui ont, ailleurs, alimenté le cycle de la radicalisation.
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La combinaison de fermeté judiciaire, de dialogue religieux et de réinsertion économique constitue aujourd’hui un modèle que les experts sahéliens citent régulièrement — et que les gouvernements de la région peinent encore à reproduire. Une preuve que la Mauritanie est un État assez confiant dans ses institutions pour traiter ses anciens ennemis idéologiques par la raison, et assez rigoureux pour n’en libérer que ceux qui l’ont mérité.
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