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ENTRETIEN – Souveraine Tech organise son 4e colloque sur la résilience des infrastructures et technologies critiques

Souveraine Tech organise son 4e colloque sur la résilience des infrastructures et technologies critiques le 18 septembre à Saint-Malo.

Souveraine Tech organise son 4e colloque sur la résilience des infrastructures et technologies critiques le 18 septembre à Saint-Malo.

Face aux cyberattaques, sabotages et ruptures logistiques, la résilience des infrastructures devient un enjeu majeur de souveraineté. À l’occasion du 4ᵉ colloque de Souveraine Tech, qui se tiendra le 18 septembre à Saint-Malo, Bertrand Leblanc-Barbedienne revient sur les défis liés aux infrastructures et technologies critiques.

 

Charles de Blondin : Le vendredi 18 septembre prochain aura lieu le 4ᵉ colloque de Souveraine Tech avec pour thématique : Résilience des Infrastructures et Technologies Critiques. Pourquoi vouloir parler de résilience ?

Bertrand Leblanc-Barbedienne : Parce que nous avons fait le tour des diagnostics. En 2023, nous avons demandé s’il fallait mettre le cap sur la souveraineté numérique. En 2024, nous avons regardé les marchés et ce qu’ils font de nos dépendances. En 2025, nous avons parlé du lien entre l’armée et la nation, et de l’un de ses fruits qui est l’innovation technologique duale. Le lien avec notre quatrième édition tombe sous le sens. Il tient à la forme conditionnelle : que fait-on si une administration fiscale se fait poutrer à quelques jours de la rentrée et de la mise en œuvre la facture électronique, au hasard ? Le mot résilience a été si mal traité qu’il faut presque le désinfecter avant de s’en servir. On l’a psychologisé à outrance, on en a fait une vertu de communicant, l’exécutif s’en est emparé comme d’un mot de passe. Je voudrais qu’on le rende aux ingénieurs, aux préfets et aux chefs d’entreprise, j’aimerais dire aux Hommes politiques, mais l’espèce s’est légèrement raréfiée. La résilience, ce sont des groupes électrogènes qui démarrent, des pièces détachées en magasin, une chaîne de décision qui fonctionne quand le réseau est à terre, des gens qui ont déjà fait le geste. C’est un état d’esprit. Et celui qui est requis pour faire face aux incendies dévastateurs qui ravagent notre pays doit être solide.

 

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Où sont nos hydravions bombardiers d’eau ? Vous me passerez la référence, mais on navigue à vue entre les 3 Petits Cochons et la Cigale et la Fourmi. Il y a aussi une raison de calendrier, et elle est accablante. La directive européenne sur la résilience des entités critiques devait être transposée avant le 17 octobre 2024. Nous en parlerons à Saint-Malo le 18 septembre 2026 : le projet de loi français dort toujours à l’Assemblée, il n’était même pas inscrit à l’ordre du jour de la session extraordinaire de juillet, et la Commission prépare un recours contre la France. Pendant ce temps, les entreprises attendent de savoir à quoi elles seront tenues pour investir.

Ce colloque tombe exactement dans ce trou-là. Je précise une chose, parce qu’on nous range volontiers dans la case numérique : la résilience n’est pas qu’un sujet de cyber. La chaîne réelle commence bien avant les serveurs. Le détroit d’Ormuz se ferme le 28 février de cette année, les armateurs suspendent leurs rotations, les primes d’assurance explosent, le gaz s’envole, et les usines d’engrais azotés européennes ralentissent ou s’arrêtent parce que l’ammoniac se fabrique avec du gaz. Le contrecoup n’arrive pas dans la semaine, il arrive à la récolte suivante, dans les rendements, puis dans les prix, puis dans les rayons. Voilà ce que veut dire infrastructure critique : un événement maritime au Moyen-Orient qui se lit dans un champ de blé beauceron dix-huit mois plus tard. C’est pour cela que le programme fait une place à l’énergie avec Fabien Bouglé et à l’agroalimentaire avec une table ronde entière consacrée à ce sujet. Une nation qui ne s’éclaire pas et ne se nourrit pas n’a aucun usage d’un cloud souverain.

 

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Et puis l’inventaire ne s’arrête pas à la technique. Il y a sous nos réseaux des infrastructures que personne ne cartographie parce qu’elles ne sont pas visibles. La démographie d’abord : combien serons-nous, et qui, pour tenir la ligne, entretenir les câbles, relever les postes ? Plus prosaïquement ou emphatiquement, comme vous voulez : qu’est-ce qui nous fait nous lever le matin ? Nos familles. Une nation qui ne transmet plus la vie n’a bientôt plus d’avenir à protéger, et les familles restent nos premières pourvoyeuses de décideurs. Il y a ensuite la question de ce à quoi nous tenons vraiment, de ce que nous refusons de céder : sans réponse claire à cela, aucun plan de continuité ne sert à rien, parce qu’on ne se bat pas pour un référentiel technique. Il y a enfin la concorde, et c’est peut-être la plus fragile de toutes. On ne traverse pas une crise majeure à soixante-sept millions d’étrangers les uns aux autres. Le niveau d’acrimonie général atteint dans ce pays me semble préoccupant.

 

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La question de la pertinence ou de la justesse des décisions à prendre est fondamentale. Mais sans un peuple fier de nos trois couleurs et désireux de les hisser bien au-dessus des inéluctables querelles partisanes, ça ne sert à rien. Ma conviction tient en une phrase : dans le monde qui vient, la puissance n’ira pas à ceux qui possèdent le plus, mais à ceux qui tiendront le plus longtemps. Et qui tiendront surtout le plus longtemps à ce qui les a toujours fait tenir : leur Histoire. Nous connaissons une fuite en avant qui a choisi de ne se nourrir que des références historiques postérieures au XVIIIe siècle. C’est un drôle de choix qui révèle d’abord et inutilement la peur de la comparaison. Cela nous prive de nombreux moyens psychologiques pour faire face, notamment par la constitution de récits enracinés dans notre passé. Pour conclure sur cette question, je confesse une attente particulière : le moment où Christian Sommade, délégué général du Haut Comité Français à la Résilience Nationale, prendra la parole. Même si j’ai conçu ce colloque afin que chacune de ses interventions nourrisse l’auditoire et porte sur notre sujet, peut-être un constat exhaustif, mais en tout cas, un certain regard français.

 

CDB : Pourquoi choisir Saint-Malo pour parler de ce sujet ?

BLB : Je pourrais répondre que j’y vis et que j’aime cette ville, ce serait vrai et insuffisant. Saint-Malo est la démonstration du sujet. En août 1944, la ville intra-muros est détruite à quatre-vingts pour cent. Elle a été relevée pierre à pierre, dans ses volumes et son granit, par des gens qui savaient encore comment on bâtit et qui avaient décidé que cela valait la peine. Voilà ce qu’est une infrastructure critique : le bâtiment n’est jamais l’actif, l’actif, c’est le savoir-faire et la capacité de décision, et la volonté farouche de la mettre en œuvre. C’est aussi une ville qui n’a jamais attendu la permission de Paris (ou de Rennes) pour aller voir le large. Les Malouins ont armé leurs navires, financé leurs expéditions, pris leurs risques.

 

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Il y a dans cette mémoire quelque chose de très utile au débat sur la souveraineté, qui se tient trop souvent dans un huitième arrondissement où des « expairs » se félicitent entre eux. Et puis la Bretagne n’est pas un décor. C’est une terre d’infrastructures réelles : des atterrages de câbles sous-marins par lesquels transite notre vie numérique, une base navale à Brest, un écosystème cyber à Rennes, des hébergeurs, des industriels. Depuis les baies vitrées du Palais du Grand Large, on voit la mer et le Fort national, qui fut d’abord royal, puis impérial. Je vous assure que cela change la teneur et la couleur des conversations. Ceux de vos lecteurs qui auront choisi de nous rejoindre ce jour s’en rendront compte.

 

CDB : Depuis la guerre en Ukraine, la menace a-t-elle changé de nature ?

BLB : Nous vivons de toute façon dans un monde qui ne peut plus s’offrir le luxe de l’insouciance. La menace est polymorphe. Et l’on peut dire que bien souvent elle a prospéré sur les remords qu’inspire au Vieux Continent le simple fait d’assumer l’exercice de l’autorité. Ce que l’Ukraine nous enseigne est très déplaisant pour nos habitudes de gestion. Un pays ne se maintient pas du fait de ses plans de continuité d’activité, il tient par ses réparateurs, ses stocks, ses lignes de production et sa capacité à improviser sous le feu. Le flux tendu est une doctrine de temps de paix. Nous avons passé trente ans à externaliser la compétence de réparer et à considérer le stock comme une faute de gestion. La deuxième chose qui a changé, c’est le seuil. Un câble sectionné en Baltique, une usine qui brûle, un colis piégé dans un centre de tri, un signal brouillé : on constate, on n’attribue pas, on ne riposte pas, et cela recommence le mois suivant.

 

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Le sabotage est devenu une politique publique à bas coût, menée par des acteurs qui savent que nos réponses sont juridiques et lentes. Mais permettez-moi de ramener cela chez nous, parce que les Français croient encore que ces choses arrivent aux autres. Regardez seulement les douze derniers mois. Fin 2025, on découvre au ministère de l’Intérieur des identifiants partagés en clair entre agents sur un portail sans double authentification. En décembre, ÉduConnect et sa faille, confirmée officiellement quatre mois plus tard. En janvier, ce sont 1,2 million de comptes bancaires accessibles via FICOBA, le fichier des comptes de la DGFiP, avec des identifiants volés. En avril, l’Agence nationale des titres sécurisés : 11,7 millions de comptes exposés, noms, dates de naissance, adresses, et le suspect interpellé quelques jours plus tard est un garçon de quinze ans. En juin, Tchap, la messagerie de l’État, et l’INSEE avec son annuaire interne.

 

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Cet été, le pire : la DGFiP à nouveau, avec des centaines de milliers de dossiers fiscaux, des données cadastrales, jusqu’au registre des successions vacantes ; et l’Éducation nationale, entrée par VPN dans la nuit du 25 juillet, quarante-trois gigaoctets, plus de trois cent quarante millions de lignes couvrant vingt ans, des académies privées de messagerie à dix jours de la rentrée. Ajoutez Santé publique France, Alaxione et ses 6,8 millions de patients, Intermarché, jusqu’à la Fédération française de handball. Trois vols de données par jour en moyenne dans ce pays. La phrase que le groupe ZeroBytes a laissée à l’Éducation nationale devrait être encadrée dans tous les comités de direction de France : « Vous m’aviez détecté, mais vous ne m’aviez pas coupé. Je suis donc resté infiltré sous vos yeux » Elle dit tout. Nous avons des sondes, des tableaux de bord, des alertes et des rapports. Nous n’avons pas clairement pris la décision, ni les moyens humains de la suivre. Un adversaire dans la maison, on le voit passer, et on continue de dérouler la procédure.

J’ajoute une menace inédite, qui ne vient pas seulement de nos adversaires déclarés : la dépendance logicielle. Un service qu’on ne possède pas peut être interrompu par une décision prise ailleurs, pour des raisons qui ne sont pas les nôtres. C’est la question du killswitch. Cette dépendance-là ruine tranquillement deux siècles de doctrine économique. Ricardo nous a appris à nous spécialiser dans ce que nous faisons le mieux et à acheter le reste, en tenant pour acquis que le vendeur n’aurait jamais d’autres intérêts que de vendre. Il n’avait pas prévu l’interrupteur. L’avantage comparatif se retourne contre nous le jour où le fournisseur peut couper le service pour obtenir autre chose que de l’argent : une position diplomatique, un renoncement judiciaire, une ligne dans un accord commercial. Ce que nous appelions optimisation devient une prise. Le drap anglais et le vin portugais avaient au moins cette qualité qu’ils ne s’éteignaient pas à distance.

 

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Et l’interrupteur n’est pas qu’informatique. L’énergie est la plus ancienne des armes hybrides, on l’a simplement oublié pendant trente années de gaz bon marché. Nous ne produisons plus un gramme d’uranium sur notre sol. Notre gaz vient pour l’essentiel de trois fournisseurs, la Norvège, les États-Unis et la Russie, ce dernier pesant encore près d’un cinquième de nos approvisionnements quatre ans après le début de la guerre, ce qui devrait suffire à clore le débat sur nos progrès. Quant au réseau lui-même, il tient à des équipements dont personne ne parle jamais : un transformateur de très haute tension se commande des mois, parfois des années à l’avance, auprès d’une poignée d’industriels dans le monde. Détruisez-en quelques-uns, vous n’avez pas besoin d’envahir le pays.

 

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L’alimentation obéit à la même logique, en plus lent et en plus grave. Près de quarante pour cent de ce que les ménages français consomment vient de l’étranger. Un poulet sur trois est importé, contre un sur huit au tournant du siècle. La viande bovine servie en restauration collective, celle des cantines scolaires et des hôpitaux, est massivement étrangère. Nous ne couvrons qu’un quart de notre consommation de produits de la mer, dans le pays qui possède le deuxième domaine maritime du monde. Et nous dépendons pour nos engrais, nos semences et nos molécules phytosanitaires de chaînes qui passent toutes par des pays qui ne nous veulent pas nécessairement du bien. Sandrine Doppler, Bernard Ader et Nicolas Ravailhe en débattront à Saint-Malo, sous la baguette, si j’ose dire, de Géraldine Woessner du Point. Je ne suis pas certain que la salle sorte de là rassurée.

 

CDB : Pourquoi avoir choisi le colonel (er) Peer de Jong comme invité d’honneur ?

BLB : Parce que la résilience finit toujours par une question d’Hommes, et qu’il fallait pour le dire quelqu’un qui ait commandé. Peer de Jong est officier des troupes de marine. Il a servi en opérations, il a été aide de camp des présidents Mitterrand et Chirac, il a vu le sommet de l’État de très près, à l’endroit précis où les décisions se prennent quand tout va mal. Il a ensuite cofondé l’institut Themiis et passé des années à former des forces dans des pays où l’État ne garantit plus grand-chose. Peu de gens en France peuvent revendiquer ces deux expériences : le Château et le terrain le plus dur. Il en a tiré une liberté de parole qui manque cruellement à nos colloques ordinaires. Je lui ai donné une carte blanche. On n’écrit pas le programme d’un homme comme lui, on l’écoute.

Ce que j’attends de cette heure, je peux vous le dire en revanche. On double un routeur, on double une alimentation électrique, on double une liaison. On ne double pas l’homme qui, à trois heures du matin, doit décider sans information complète et assumer sa décision devant les autres. Il n’existe aucune redondance pour le courage. Toutes nos architectures de secours reposent en dernier ressort sur ce point unique de défaillance, et personne n’en parle jamais parce que cela ne se met pas en tableau. Nous aurons des ingénieurs, des industriels, un député, un préfet maritime, des experts du risque. Il fallait aussi quelqu’un pour rappeler ce qui se passe quand le plan ne marche pas. On se dit que s’il avait les clefs de la maison, Peer de Jong agirait en parfait pater familias.

 

CDB : Depuis la première édition en 2023, quels résultats pour Souveraine Tech de cet événement ?

BLB : Le premier résultat est que le rendez-vous existe. Une date, une ville, un amphithéâtre plein, des gens qui reviennent d’une année sur l’autre et qui amènent quelqu’un. Dans un pays saturé d’événements, obtenir qu’on bloque un vendredi de septembre pour venir jusqu’à Saint-Malo n’a rien d’évident. Cela s’est fait sans un centime d’argent public. Le deuxième résultat, celui auquel je tiens le plus, est que le colloque fait se rencontrer des mondes qui ne se parlent pas. Un patron de PME du cloud à côté d’un officier général, un responsable de la sécurité des systèmes d’information d’un groupement hospitalier à côté d’un prospectiviste de l’agroalimentaire, un parlementaire à côté d’un hébergeur breton. Il en est sorti des coopérations et des contrats dont nous ne revendiquons rien, et c’est très bien ainsi.

 

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Notre rôle est de provoquer la rencontre, pas de facturer la suite. Le troisième résultat est plus large que nous. En 2023, parler de souveraineté technologique passait encore pour une lubie de patriote nostalgique. Aujourd’hui, le mot est dans toutes les bouches, y compris celles qui vendent exactement le contraire. Nous avons gagné la bataille des représentations, ce qui nous oblige à en ouvrir une autre, moins agréable, contre le « souverain-washing ». Un hébergement en France sous droit américain n’est pas une solution souveraine, c’est juste un attrape-nigaud avec un drapeau dessus.

 

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Une anecdote à ajouter : l’intitulé de notre premier colloque de 2023 était le suivant : « Face à nos dépendances, mettre la France en ordre de bataille ». Titre immédiatement retoqué par notre plus gros partenaire, qui le trouvait trop belliqueux. C’est ainsi, personne n’accepte que ceux qui entrevoient certaines choses soient simultanément porteurs de mauvaises nouvelles. Aujourd’hui, la France connaît une véritable guerre économique. Et elle la mène hélas avec la grammaire du monde d’avant. Et puis Souveraine Tech a grandi. Le média a désormais une audience que beaucoup de titres installés nous envient, plus de cinquante-six mille abonnés nous suivent, et le colloque en est devenu le corps physique. Un média fait lire. Un colloque fait se regarder en face. Dernière chose, on me parle souvent du caractère affinitaire des lecteurs de Souveraine Tech. Je pense qu’il est même affectif, et c’est la force de cette marque, car c’en est une.

 

CDB : Qu’aimeriez-vous que les décideurs français aient changé six mois ou un an après le colloque ?

BLB : D’abord que la loi soit votée. Le texte sur la résilience des infrastructures critiques et la cybersécurité traîne depuis deux ans, et cette lenteur coûte plus cher que la conformité elle-même, parce qu’elle donne à chacun un excellent prétexte pour ne rien faire. Qu’il soit promulgué, doté de moyens réels pour l’ANSSI et pour les préfectures, et appliqué sans transformer les PME en gibier de cabinets de conseil. Ensuite, je voudrais qu’un dirigeant d’entité critique, dans un an, ait fait l’exercice pour de vrai. Pas un audit, pas un questionnaire de maturité : une journée sans systèmes d’information, sans cloud, sans téléphonie, avec du papier et des gens dans une pièce. Tous ceux qui l’ont tenté en sortent blancs. C’est le meilleur investissement du monde et il est gratuit.

 

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Je voudrais surtout qu’on tire la leçon de cet été. Détecter ne sert à rien si l’on ne coupe pas. Il faut que quelqu’un, dans chaque organisation, ait le pouvoir d’arrêter une machine, un accès, un service, sans attendre l’arbitrage de trois directions et l’accord du prestataire. Aujourd’hui, la responsabilité de la sécurité est partout et l’autorité nulle part. Je voudrais qu’on rouvre sérieusement la question des stocks, et pas seulement pour les masques dont nous avons fait l’amère expérience. Des stocks de pièces électriques, de carburant, d’engrais, de molécules pharmaceutiques, de semences, de récoltes. Le zéro stock a été enseigné pendant quarante ans comme une vertu de gestionnaire ; c’est en réalité un pari sur la paix, et le pari se perd en ce moment sous nos yeux. Une nation devrait mesurer sa sécurité en jours d’autonomie, elle la mesure en taux de marge. Je voudrais aussi que la commande publique cesse de reconduire par confort. Une clause de réversibilité qui fonctionne, une évaluation honnête de l’exposition au droit extraterritorial, un allotissement qui laisse une chance à nos entreprises.

Nous avons des solutions françaises qui tiennent la comparaison, elles ne perdent pas sur la technique, elles perdent du fait de l’esprit moutonnier. Enfin, un changement de mentalité, et celui-là ne se décrète pas au Journal officiel. Qu’un directeur des systèmes d’information qui choisit une solution française n’ait plus à se justifier deux fois plus longtemps que celui qui signe chez l’hyperscaler américain. Aujourd’hui, c’est le patriote qui porte la charge de la preuve. Tant que ce sera le cas, nous écrirons de belles stratégies nationales et nous continuerons d’acheter ailleurs. Si un seul de ces points bouge dans l’année, la journée aura sans doute été payante.

Intervenants et modalités d’inscription au colloque sur souveraine.tech

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