Nucléaire : la pépite française Naarea pourrait passer sous pavillon polonais
Publié le 11/01/2026
Depuis 2020, Naarea a levé près de 90 millions d’euros pour développer des technologies avancées de mini réacteurs nucléaires.
Placée en redressement judiciaire à l’automne, la pépite française des mini-réacteurs nucléaires Naarea n’a reçu qu’une seule offre de reprise. Le tribunal des activités économiques de Nanterre se prononcera le 15 janvier sur le projet porté par le groupe polonais et luxembourgeois Eneris, avec l’aval de Bercy.
Après avoir incarné les ambitions françaises dans le nucléaire de nouvelle génération, Naarea joue désormais sa survie. La plus importante start-up nucléaire française, soutenue dès ses débuts par l’État, pourrait basculer sous pavillon étranger. En cause : un manque criant de financements, malgré un positionnement stratégique sur les petits réacteurs modulaires, censés être l’un des piliers de la transition énergétique.
Une unique offre de reprise examinée le 15 janvier
Le tribunal des activités économiques de Nanterre rendra sa décision le 15 janvier sur l’unique offre de reprise de Naarea, formulée par le groupe Eneris, actif dans les services énergétiques et environnementaux. Fondé par l’entrepreneur franco-polonais Artur Dela et basé au Luxembourg, Eneris affiche un chiffre d’affaires de 225 millions d’euros et entend faire du nucléaire un axe de développement stratégique.
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Si l’offre était validée, Naarea passerait sous contrôle polonais et luxembourgeois, après avoir levé près de 90 millions d’euros depuis sa création en 2020, dont 10 millions d’euros de fonds publics issus du plan France 2030. Placée en redressement judiciaire le 3 septembre dernier, la start-up était plombée par une dette d’environ 15 millions d’euros et de fortes tensions de trésorerie.
L’offre d’Eneris prévoit un apport initial de 500.000 euros, complété par jusqu’à 5 millions d’euros supplémentaires, ainsi que la reprise de 107 salariés, soit environ 65 % des effectifs. Les postes d’ingénieurs seraient majoritairement conservés, tout comme celui du fondateur Jean-Luc Alexandre. Eneris affirme vouloir maintenir l’activité de recherche « au plus près de l’écosystème nucléaire et de la base scientifique française ».
Selon le groupe repreneur, le projet bénéficie du soutien de la direction, des représentants du personnel, ainsi que de l’autorisation du ministère de l’Économie et des Finances et de la Souveraineté industrielle. « Eneris est confiante sur la validation de son offre », indique le groupe dans un communiqué.
Une filière stratégique freinée par le manque de financements
Fondée en 2020, Naarea ambitionnait de développer un mini-réacteur nucléaire à sels fondus et à neutrons rapides, capable de produire à la fois de l’électricité et de la chaleur décarbonée pour l’industrie, en valorisant des combustibles d’uranium usés. Un projet emblématique des technologies SMR et AMR, considérées comme stratégiques par les pouvoirs publics.
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Pourtant, malgré le soutien affiché de l’État et les promesses formulées dans le cadre de France 2030, la filière peine à décoller en France et en Europe. Les financements privés restent insuffisants et les aides publiques jugées trop lentes ou incomplètes par les acteurs du secteur. Comme d’autres start-up nucléaires soutenues par la France, Naarea disait encore attendre, à l’automne, un « signal de l’État » pour sécuriser sa phase de développement et rassurer les investisseurs.
Le sort de Naarea illustre ainsi le paradoxe français des SMR : un secteur jugé stratégique, mais incapable, à ce stade, de retenir sur le territoire national les technologies et savoir-faire qu’il a contribué à faire émerger.
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