Nucléaire : les équipes d’ITER ont installé le module de secteur n°8 de la chambre à vide
Publié le 02/03/2026
L’un des objectifs d’ITER est de démontrer que les réactions de fusion peuvent générer une énergie largement supérieure à celle requise pour les initier. ©ITER
Les 28 et 29 janvier, les équipes d’ITER à Cadarache ont installé avec succès le module n°8 de la chambre à vide du tokamak. Une opération d’une précision extrême : au plus fort de la descente, l’espace résiduel n’était plus que de 0,4 millimètre. Quatre éléments géants sont désormais en place dans le puits du réacteur expérimental construit à Cadarache.
À l’échelle humaine, quatre dixièmes de millimètre sont invisibles. À l’échelle d’un monstre d’acier de 1 300 tonnes suspendu dans le vide, c’est une frontière critique. Fin janvier, dans le bâtiment d’assemblage d’ITER, chaque ingénieur avait les yeux rivés sur cette marge infime. Car derrière ce geste d’apparente routine se joue une étape décisive de la construction du plus ambitieux programme de fusion nucléaire au monde.
Une prouesse d’ingénierie au dixième de millimètre
Au petit matin du 29 janvier, le module de secteur n°8 a entamé sa lente descente vers le puits du tokamak pour rejoindre les modules 5, 6 et 7 déjà installés en 2025. Sur le papier, cette quatrième opération aurait pu sembler rodée. En réalité, chaque levage possède sa signature mécanique, ses déformations propres et ses réactions sous charge.
Sous l’effet des pressions exercées par la poutre de levage et la structure porteuse, l’espace initial de quelques millimètres entre le sommet du module et la poutre supérieure s’est progressivement contracté. Les capteurs ont enregistré une réduction jusqu’à 0,4 millimètre. Une marge infime à cette échelle.
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Les équipes ont immédiatement ajusté la séquence : micro-corrections, pauses stratégiques, vérifications croisées des mesures laser. Le système de métrologie, déjà éprouvé lors des précédentes installations, a confirmé sa fiabilité dans des tolérances extrêmes.
Car un module de la chambre à vide n’est pas un simple anneau métallique. Il s’agit d’un segment de la cuve torique destinée à contenir un plasma porté à plus de 150 millions de degrés Celsius. Chaque élément intègre sa structure en acier, ses interfaces mécaniques et les passages nécessaires aux bobines magnétiques chargées de confiner ce plasma brûlant. L’opération s’est étalée sur deux journées complètes, avec des équipes en rotation de 12 heures.
ITER, pilier mondial de la fusion magnétique
Une fois posé, le module 8 n’est pas encore définitivement positionné. Dans les prochaines semaines, il sera déplacé radialement de 140 millimètres afin de se rapprocher de la colonne centrale du tokamak. Ses bobines seront ensuite couplées à celles du module adjacent. À mesure que les segments s’accumulent, l’espace disponible se réduit. En 2026, quatre nouvelles mises en place sont prévues, dont certaines devront être insérées entre deux secteurs existants, un défi technique encore plus complexe.
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Ce chantier s’inscrit dans le cadre d’ITER, programme international réunissant 35 pays et considéré comme le plus grand projet expérimental de fusion nucléaire au monde. Son objectif : démontrer la faisabilité scientifique et technologique de la fusion magnétique à grande échelle. Le réacteur doit produire environ 500 mégawatts thermiques pour 50 mégawatts injectés dans le plasma, validant ainsi un gain énergétique massif. S’il ne produira pas d’électricité, ITER doit ouvrir la voie aux futures centrales capables de fournir une énergie bas carbone quasi inépuisable.
Dans la course mondiale, plusieurs stratégies avancent en parallèle. Aux États-Unis, la National Ignition Facility a franchi en 2022 le seuil où l’énergie produite est supérieure à l’énergie consommée. Côté privé, Commonwealth Fusion Systems développe le tokamak compact SPARC, avec l’ambition de démontrer un bilan énergétique net positif avant de déboucher sur une centrale commerciale au début des années 2030. Mais à ce stade, pour la filière magnétique publique, ITER demeure la référence mondiale.
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