Fondé à Paris en 1921, L’Officiel est une référence historique de la presse de mode française.

Fondé à Paris en 1921, L’Officiel est une référence historique de la presse de mode française.

Icône centenaire de la mode française, L’Officiel est aujourd’hui au cœur d’une enquête judiciaire ouverte à Paris. En cause : les conditions de son rachat par le conglomérat asiatique AMTD, accusé par la famille fondatrice Jalou de contrefaçon, de fraude fiscale et d’abus de biens sociaux. Une affaire qui dépasse largement le cadre d’un simple magazine.

 

Sur papier glacé, les plus grandes stars internationales. En coulisses, une mécanique financière opaque et des soupçons de prédation d’actifs. L’enquête ouverte par le parquet de Paris sur le rachat de L’Officiel met en lumière une confrontation brutale entre un patrimoine culturel français et les logiques de la finance globale. Un affrontement où se mêlent justice, souveraineté économique et contrôle des marques emblématiques.

 

Un rachat controversé et des soupçons de détournement d’actifs

Fondé en 1921, L’Officiel a longtemps incarné l’excellence de la mode et du luxe à la française. Fragilisées par un litige et placées en redressement judiciaire, les Éditions Jalou cèdent en 2022 le magazine au groupe hongkongais AMTD, présenté alors comme un repreneur providentiel. La transaction est valorisée à 57 millions de dollars, réglés non pas en numéraire, mais en actions du groupe acquéreur.

 

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C’est à ce moment que la situation se complique. Selon la famille Jalou, une partie du produit de la vente aurait été immobilisée via une société de courtage à Hongkong, sans jamais bénéficier pleinement à l’éditeur français. Plus grave encore, les plaignants estiment qu’AMTD aurait procédé à une dilution et à un détournement progressif des actifs, en violation directe du plan de redressement judiciaire, lequel interdisait toute cession de marques ou de fonds de commerce jusqu’en 2028.

 

Marques, licences et offshore : un patrimoine culturel fragilisé

Les accusations détaillées dans la procédure sont lourdes. Elles évoquent l’enregistrement jugé illégal de la marque L’Officiel dans une quarantaine de pays, la résiliation de contrats de licences au profit de sociétés écrans, le transfert des recettes publicitaires hors de la structure française, ainsi que la disparition ou la captation des archives historiques du magazine. S’y ajoutent des montages financiers offshore, notamment via les îles Caïmans et des véhicules de type SPAC, destinés à monétiser la marque à l’international.

 

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Le préjudice pour les créanciers serait estimé à au moins 40 millions d’euros, tandis que les Éditions Jalou feraient face à un passif avoisinant 30 millions d’euros. L’État français pourrait également avoir été lésé sur le plan fiscal, renforçant la portée de l’affaire.

Au-delà du cas L’Officiel, cette enquête pose une question stratégique majeure : comment protéger les marques patrimoniales et les actifs culturels face à des stratégies financières transnationales parfois agressives ? Quand le luxe devient un simple véhicule spéculatif, c’est tout un héritage culturel et symbolique qui se retrouve fragilisé.

 


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