Abbaye Sainte-Trinité de Lessay en Normandie. ©isamiga76 / Image d'illustration .

Un rapport sénatorial paru en juillet 2022 dresse un bilan du patrimoine religieux en France : plusieurs milliers d’églises communales risquent l’abandon et la destruction. Les auteurs appellent à la réalisation d’un travail d’inventaire minutieux et à la mise en place de politiques d’aides pour les communes.

 

100 000. C’est le nombre d’édifices religieux qu’il y aurait en France selon l’Observatoire du patrimoine religieux qui continue son recensement. Le plus important d’Europe après l’Italie. Un patrimoine qui fait la richesse et la spécificité de notre pays.

 

Un constat plutôt positif

Principalement catholiques, 40 000 de ces édifices appartiennent aux communes qui détiennent l’ensemble des églises paroissiales construites avant 1905. Selon un rapport sénatorial paru en juillet 2022, le patrimoine religieux semble globalement en bon état mais sa sauvegarde est contrastée. « Les édifices protégés au titre des monuments historiques seraient globalement en meilleur état que ceux qui ne le sont pas. Les édifices seraient plus dégradés en milieu rural qu’en milieu urbain. Si le clos et le couvert sont globalement entretenus, les parties intérieures des édifices sont davantage négligées. » pointe Pierre Ouzoulias (CRCE), co-rapporteur avec Anne Ventalon (apparentée LR).

Pour autant, seuls 15 000 édifices religieux sont inscrits aux Monuments historiques. L’entretien des autres est ainsi soumis à la difficulté de la protection de ces monuments dans les zones rurales. Le document met en avant trois risques principaux susceptibles d’altérer une partie de notre patrimoine rural : la sécularisation croissante de la société conjuguée à la désertification de certaines zones géographiques ; les contraintes budgétaires accrues des communes ; les regroupements paroissiaux, la progression des fusions de communes et le développement des intercommunalités.

Face à ce constat, les auteurs alertent sur le manque de moyens des communes en charge de ces 2500 à 5000 édifices menacés d’être abandonnés, vendus ou détruits d’ici 2030 d’après l’Observatoire du patrimoine religieux. Le rapport met ainsi en avant trois problématiques majeures des communes : les relations parfois conflictuelles entre le curé et la communauté des fidèles ; l’aspect financier qui pourrait être disproportionné vis à vis des budgets alloués par rapport aux attentes de la population et de l’utilisation de l’édifice ; le déficit d’ingénierie des petites communes. Sur ce dernier point, les deux rapporteurs dénoncent les services de l’État qui« ne sont plus en mesure d’assurer un service d’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO). »

 

Des recommandations à mettre en œuvre d’ici 2030

Pour pallier à ces problématiques d’abandon des petites églises, le document propose différentes solutions mais se refuse à toucher à la législation actuelle sur le sujet. « Il serait non seulement déraisonnable, mais aussi inutile de vouloir toucher à la loi de 1905. Nous ne jugeons pas non plus nécessaire de revenir sur la répartition des compétences en matière de politique patrimoniale. Nous préconisons plutôt de mieux mobiliser les compétences de chacun et de mieux coordonner les actions au service de la cause du patrimoine religieux. » indique Anne Ventalon. Les deux auteurs veulent croire en la mise en valeur de ce patrimoine et de ces trésors architecturaux et artistiques dont il regorge quitte à utiliser le Code général de la propriété des personnes qui depuis 2006 autorise l’utilisation des édifices pour des activités non cultuelles « compatibles avec l’affectation cultuelle ». Une démarche que la Conférence des évêques de France voit aussi comme une « opportunité » notamment grâce aux retombées économiques permettant de maintenir ce patrimoine vivant.

Le rapport propose différents axes de recommandations. Le premier vise à assurer une meilleure protection du patrimoine religieux menacé grâce à une opération nationale d’inventaire. Celle-ci aurait pour objectif de cartographier de manière précise l’ensemble de ces édifices d’ici 2030. Une base de données commune entre les services de l’État et des spécialistes de la conservation afin de documenter le patrimoine mobilier principalement.

Le deuxième propose d’accompagner les maires dans l’entretien de leur patrimoine religieux notamment en recourant aux conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) mais aussi de leur fournir des outils destinés à les accompagner dans la conservation préventive de leur patrimoine religieux.

Le troisième et dernier axe proposé vise à permettre une réappropriation et une resocialisation des édifices culturels. Les auteurs proposent l’utilisation de bénévoles notamment des jeunes afin de garantir l’ouverture de ces lieux mais aussi de créer une politique de développement de parcours de visites à l’échelle des territoires. Proposition plus épineuse, les sénateurs souhaitent favoriser l’usage partagé de ces édifices afin de les transformer en « maisons communes ». « Jusqu’à la Révolution française, les activités cultuelles et les activités humaines cohabitaient au sein des églises » se justifient les deux sénateurs. Autant dire que la messe n’est pas dite.

 


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