Trottinette électrique : une hérésie écologique au service de l’individualisme

Des trottinettes électriques renversées en plein Paris

En moins de deux ans, les trottinettes électriques en libre-service ont inondé les grandes villes. Accidents avec les piétons, trottoirs envahis par leur cadavre, pollution visuelle et… fausse écologie sont autant de réalités vécues par les Français.

 

Depuis plusieurs mois à Paris et dans les grandes villes françaises, la trottinette électronique en libre-service est en pleine expansion. C’est la nouvelle mode. Pourtant, depuis l’entrée en service de ce « nouveau » moyen de transport, tout ne se passe pas comme prévu et la vérité pointe peu à peu son nez.

 

« Ouvrir la voie de la transition écologique »

Qui n’a pas vu ces petits êtres de couleur vert pomme – parce que le vert c’est écologique – mal garés au milieu d’un trottoir dans la capitale française ?

Ces trottinettes sont neuves, belles et s’inscrivent dans le projet de la maire de Paris, Anne Hidalgo, « d’ouvrir la voie de la transition écologique » pour proposer un moyen de transport alternatif à la voiture. Rappelons qu’en France, 40% des déplacements en voiture se font sur une distance inférieure à 3 kilomètres. Un scandale qu’il convient de modifier.

C’est ainsi qu’un an après l’apparition des scooters électriques en libre-service, les opérateurs de trottinettes électriques sont désormais nombreux dans les grandes villes européennes. Lime, Jump ou encore Bird font partie des douze sociétés actuelles à proposer leur nouveau jouet à Paris.  Si prompts à l’écologie version Greta Thunberg, ces opérateurs développent leurs trottinettes aux États-Unis, les fabriquent en Chine avant de les acheminer en Europe. Une belle preuve d’écologie surtout lorsque l’on connaît les normes écologiques – bien qu’elles évoluent – des entreprises chinoises.

 

Ne soyons pas dupes !

Soyons réalistes. Que les utilisateurs de trottinettes s’interrogent trente secondes sur le côté écologique de ce jouet. Contrairement à la « simple » trottinette ou au « simple » vélo, il ne suffit pas d’une simple rustine à changer et d’un coup de graisse sur la chaîne mais d’un ensemble électrique complexe à faire fonctionner et à vendre aux utilisateurs. Ne soyons pas dupes, il y a bien de la pollution quelque part et non des moindres.

Séparons la phase d’usage – qui est électrique donc presque non polluante – de la phase de fabrication du produit, la phase de production d’énergie et la phase recyclage. La fabrication d’une batterie, l’extraction de minerais rares et son recyclage sont des processus très polluants. D’autant plus que chaque trottinette a sa propre batterie et ne peut – en théorie – transporter plus d’une personne. Contrairement à une voiture électrique dont la durée de vie est de plusieurs centaines de milliers de kilomètres, la durée de vie d’une trottinette électrique à Paris ne dépasse pas un mois, soit au maximum quelques centaines de kilomètres.

Rajoutons à cela la phase de rechargement des batteries. Pour que le parisien puisse rouler de jour, il faut bien que quelqu’un travaille de nuit à recharger la batterie : c’est l’esclave de l’ubérisation. Chaque nuit, le « juicer » – souvent étudiant – intervient dans les rues parisiennes, embarque la trottinette avant de la rapporter chez lui pour la brancher. Le « juicer » est rémunéré en fonction du nombre de trottinettes traitées. Dans une logique de rentabilité, imaginez la façon dont il les achemine chez lui, lorsqu’il n’utilise pas directement un groupe électrogène à essence… En camionnettes ou en véhicules tout terrain bien sûr sans parler de ceux qui en empilent 5-6 sur une seule et roulent avec jusqu’à chez eux ! Et il faut être rapide de peur qu’un autre ne prenne votre trottinette. Une vraie guerre…Quelle belle société !

Comme précise un rapport en date de juin 2019, la majorité des utilisateurs de ces nouveaux jouets ne l’utilise pas pour remplacer un mode de transport particulièrement polluant comme la voiture mais pour remplacer un trajet en transport en commun, en vélo ou à pied. L’utilisation de la trottinette relève donc d’un « confort » de l’usager facturé 3,25 euros pour un trajet de 15 minutes, alors que le ticket de métro est à 1,90 euros pour ceux qui n’ont pas de carte d’abonnement. Intéressant. Prendre le métro reste donc bien plus écologique en plus d’être moins cher. Mais, seuls les pouilleux prennent le métro bien sûr…

 

Le règne de l’individualisme

Au-delà de l’hérésie écologique, la trottinette électrique en libre-service – « free floating » comme diraient les braves anglophones – est le symbole par excellence du règne de l’individualisme, ce qui est en contradiction totale avec la notion du bien commun – ou « vivre ensemble » – à laquelle aspire légitimement toute société bien faite. Combien de trottinettes jonchent le sol parisien, abandonnées par leur utilisateur peu soucieux des autres « simples piétons ». Pourquoi ne pensent-ils pas aux poussettes, aux handicapés en fauteuil roulant ou bien simplement aux autres personnes qui doivent enjamber ces carcasses d’une dizaine de kilos ou bien descendre sur la route pour avancer ?

Roulant aux alentours de 25 km/h, ne comptons pas les accidents survenus à cause de ces engins sur les trottoirs qui renversent les passants. Il n’est pas rare non plus que les responsables de ces actes commettent des délits de fuite. Rappelons que les assurances ne couvrent pas ce genre d’accident. Alors oui la trottinette électrique est l’archétype de la société ubérisée qui voue un culte au portable. A travers les applications, celui-ci impose la divinisation de la dématérialisation, réduit les véritables relations sociales et soumet l’utilisateur à la traçabilité et à la vente de ses données. L’ubérisation ne produit que de l’individualisme. Est-ce vraiment cela que nous voulons pour demain ? Soyons clairs. Trottinettes électriques, hors de nos villes !

1 thought on “Trottinette électrique : une hérésie écologique au service de l’individualisme

  1. Ce sont surtout les voitures le problème, leur coût écologique, sonore, les automobilistes qui se garent n’importe où, les accidents graves qu’elles provoquent, la liste est longue…

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