PMA – GPA : la Manif Pour Tous redescend dans la rue

Des manifestants agitent des pancartes contre la PMA et la GPA - 6 octobre 2019

Sept ans après la loi sur le mariage homosexuel, pas moins de 75 000 personnes ont défilé dans la rue contre la PMA et la GPA le dimanche 6 octobre 2019.

 

Dimanche 6 octobre, c’est le grand jour pour les partisans du « non » à la loi Bioéthique. Votée en première lecture le 27 septembre dernier, ce projet de loi a attiré les foudres de la droite. Sept ans après les premières manifestations contre la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, appelé communément Mariage Pour Tous, la Manif Pour Tous continue de faire parler d’elle et n’a pas dit son dernier mot. Ce 6 octobre, elle a repris du service renforcée par une vingtaine d’associations, certaines relativement connues comme l’Alliance Vita tandis que d’autres beaucoup moins comme le Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine (CPDH).

Très tôt dans la matinée, les équipes de bénévoles s’affairent. Les podiums sont à monter de même que les écrans, la sonorisation est à installer à différents points du cortège, les chars sont à équiper… Dans quelques heures à peine, les rues parisiennes proches de la tour Montparnasse seront remplies. Des Français venus de l’ensemble du territoire dans les deux TGV ou encore dans les 165 bus privatisés affrétés pour l’événement défileront autour du thème « Marchons enfants ». Pour cette manifestation, c’est la place Edmond Rostand – en plein cœur du quartier latin – dans le 6ème arrondissement de Paris qui a été retenue par les organisateurs en partenariat avec la préfecture de Police de Paris. Tandis que les manifestations classées à gauche défilent entre la place de la Nation, celle de Bastille et celle de République (voire la Place d’Italie), celles classées à droite de l’échiquier politique ne dépassent généralement pas les arrondissements les plus cotés de la capitale à savoir le 6ème, 7ème, 14ème, 15ème et 16ème.

 

Affiche officiel appelant à la manifestation du 6 octobre

 



 

Une majorité silencieuse

La police quadrille l’ensemble du quartier. A 14h, la place Edmond Rostand est pleine. Les gens ne peuvent plus circuler. C’est une vraie fourmilière dans laquelle se frayer un chemin est mission impossible sans bousculer les personnes présentes. « C’est une bonne nouvelle qu’on ne puisse plus passer. Cela prouve qu’il y a du monde, même si c’est pénible » explique un retraité tentant lui aussi de se frayer un chemin à travers la foule. Dans celle-ci, tous les profils sociologiques sont représentés. Du prolétaire au noble fauché en passant par le bourgeois en quête de sens à sa vie facile, du catholique au musulman, du pantalon de couleur au style cuir motard tout y est. La diversité est presque respectée.

Rythmées par les musiques de Stromae (« Papaoutai ») et de Céline Dion (« Parlez à mon père »), les interventions s’enchaînent devant les manifestants statiques toujours bloqués sur la place du quartier Latin aux abords du jardin du Luxembourg. Tout est bloqué mais une solution est trouvée. « A la demande des autorités, nous allons ouvrir un 2ème itinéraire » annonce-t-on dans le micro. Contrairement au premier qui contourne le jardin du Luxembourg par la rue de Vaugirard et le boulevard Raspail, le deuxième cortège passera par l’Est pour prendre le boulevard Saint-Michel. Dans la théorie tout change, dans la pratique rien ne change, les manifestants n’avancent toujours pas sauf pour les premiers qui eux sont apparemment déjà arrivés place du 18 juin 1940, devant la tour Montparnasse.

 

Les manifestants place du 18 juin 1940

 



 

Des manifestants… en marche

Vers 15h30, la partie du cortège restée sur place, s’élance et une partie des 50 000 drapeaux qu’ont prévu de distribuer les organisateurs s’agite. De couleur verte et rouge, à ne pas confondre avec les couleurs du Parti de Gauche, les drapeaux affichent leur slogan : « Liberté, égalité, paternité ». On note que le collectif rompt complétement avec son code couleur de l’époque. Du bleu, blanc, rose il y a quelques années donnant lieu à un certain nombre de critiques sur le côté « bisounours » du mouvement pourtant censé entrer en rapport de force avec le gouvernement, celui-ci arbore désormais du rouge et du vert, couleurs jusqu’ici peu utilisées dans le milieu de la droite dite « classique ». Le rouge pour le côté « révolutionnaire » et le vert pour le côté « écologique » ? Le premier pour l’ardeur à se battre pour ses idées et le deuxième pour la continuité de la filiation traditionnelle et naturelle ? Peut-être. Le cortège continue. Sur les chars, les pancartes affichent leurs slogans : « Privation de papa, remboursée par l’État » ou encore « Un vrai daron, pas des échantillons ».

L’ambiance est au beau fixe. Les musiques continuent de ponctuer le défilé entre les différents intervenants des 21 associations présentes à l’événement. Les jeunes dansent et sautent de joie, le sourire jusqu’aux oreilles croyant par la légitimité de leur combat, à la victoire. Mère de quatre enfants, Ludovine de la Rochère les félicite. « Bravo pour votre courage, bravo d’avoir bravé les intimidations du politiquement correct et des injonctions moralisatrices au nom d’une pseudo égalité ». La présidente de la Manif pour Tous en profite pour rappeler les propos d’Emmanuel Macron – candidat pour lequel la majorité des catholiques a voté lors des présidentielles de 2017 – qui qualifiait le projet de loi sur la bioéthique de « loi de tous les dangers ». Pour elle, ce projet de loi « trahit la démocratie […] Les Français en ont assez d’être humiliés et d’être méprisés ». Pas question donc de se laisser faire. « Rien n’est inéluctable. Nous ne subirons pas l’Histoire, nous l’écrirons ». Donc acte.

 

La présidente de la Manif Pour Tous, Ludovine de la Rochère, répond aux questions des journalistes

 



 

Une traditionnelle guerre de chiffres

74 500. C’est le nombre de participants à la marche – à la centaine près – qu’a communiqué Occurrence, un cabinet d’études et de conseils indépendant spécialisé dans « l’évaluation de la communication ». En clair, un cabinet de comptage indépendant. Quant aux organisateurs, ils dénombrent près de 600 000 personnes. Pour eux le pari est réussi : la mobilisation contre la PMA et la GPA a été un succès. « Chaque manifestation est un pari. On ne peut pas savoir à l’avance le nombre de manifestants. Pour autant, on restait confiant sur le fait que la défense de la filiation soit un sujet mobilisateur pour les Français » confie un des organisateurs de cette mobilisation. D’autant plus que l’événement Facebook n’affichait au compteur « qu’un peu moins » de 4 000 participants. Difficile de prévoir donc le nombre exact.

Hormis la traditionnelle « guerre des chiffres » entre les organisateurs et la police, il convient de s’interroger sur l’utilité de cette manifestation contre la PMA – GPA à l’heure où la majorité des députés ne parait pas s’en émouvoir. Les députés Les Républicains (11 contre pour 13 votants sur 104 députés) et ceux du Rassemblement National ont boudé l’article premier du projet de loi. Celle-ci sera votée en commission au Sénat à partir du 15 octobre. La Manif pour Tous quant à elle, a dès à présent annoncé cinq autres manifestations d’ici le mois de juin prochain.

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