Un jour à Drouot, au cœur du marché de l’art français

École début XXe siècle, Gondoles sur le grand canal de Venise, huile sur toile, J. Monnier

Un jour à Drouot, au cœur du marché de l’art français. Découverte d’un monde à part, parfois obscur et surprenant mais toujours intéressant et attirant. Reportage.

 

Aujourd’hui vendredi 5 avril 2019, les amateurs d’art et professionnels du marché de l’art ont vécu une folle envolée au moment de la vente d’une œuvre d’un peintre inconnu.

Maître Hubert Brissonneau, le commissaire-priseur, est au marteau en salle 1 et 7 de l’hôtel Drouot à Paris. Le coup de marteau tombe, 800 euros pour une petite œuvre de William Malherbe. Un manutentionnaire pose une autre œuvre sur le chevalet de présentation face à la salle remplie de fiévreux enchérisseurs. Une œuvre décrite par l’expert de la vente comme « École début XXe siècle, Gondoles sur le grand canal de Venise, huile sur toile, porte une signature en bas à droite, J. Monnier (?) ». J. Monnier, inconnu au bataillon. Autant dire que la salle ne se préoccupe que très peu de cette œuvre, sauf trois personnes, concentrées plus que jamais. Dans les premiers rangs à droite de la tribune, un homme d’âge mûr aux cheveux frisés, à gauche, un autre homme d’âge certain, ainsi qu’un inconnu au téléphone présent avec le personnel de l’étude.

La description de l’œuvre est rappelée d’un ton très sûr. Mise à prix quatrecents euros. Très vite, huit cents, mille, mille cinq cents etc. La barre des dix mille est franchie. Des chuchotements se font entendre. « Qui est ce Monnier ? », « Tu connais toi ? Non, mais ça doit être l’œuvre maîtresse du peintre, c’est pour ça ». Puis vingt mille, trente mille, quarante mille. A cet instant, disons-le, c’est le brouhaha, l’étonnement. De vieux marchands se concertent en fond de salle. Qui peut bien être ce Monnier ? Personne ne peut répondre. « Ceux qui poussent ont certainement trouvé la vraie signature de ce tableau, il faut que l’on cherche ».

 

Une oeuvre vendue 110 000 €

« Cinquantemille à droite de la tribune ! » crie le commissaire-priseur. Les enchères lentes, mais certaines, s’enchaînent. D’abord de mille en mille, puis de deux mille en deux mille, et enfin de cinq mille en cinq mille. Soixante, Soixante-cinq, soixante-dix, soixante-quinze…. Cent mille ! Des « oh » d’étonnement se font entendre de part et d’autre de la salle des ventes. Le commissaire-priseur demande le calme dans la salle. « S’il vous plaît, s’il vous plaît… ». Il interroge ensuite les enchérisseurs. « Plus à droite, plus au téléphone, je vais adjuger ! Cent dix mille depuis le téléphone de la table d’expertise ! ». Coup de théâtre. La dernière enchère est soufflée. « Plus à droite, plus à gauche, êtes-vous sûr ? Je vais adjuger, une fois, deux fois, cent dix mille adjugé ! ».

Les vieux marchands n’y comprennent rien. « Qui est ce foutu Monnier ? ». On tente de savoir auprès des enchérisseurs. Rien ne filtre. Un marchand s’approche du tableau, et rit doucement puis sort. Il rit maintenant bien plus fort. « Monnier ? Quelle blague! Il s’agit de Morrice, James Morrice ! ». James Morrice est l’un des plus grands peintres modernes du Canada. Les derniers tableaux de ce peintre à être passés en vente dans le monde ont été vendus entre trois cent mille et neuf cent mille euros. Un Pissaro ou un Martin canadien en somme.

Une semaine très riche en surprises puisque mercredi 3 avril se vendait une œuvre de petit format (27 x 35 cm), dite « école française », estimée à 30/50 euros et vendue 12.500 euros au marteau. Il s’agissait d’une belle œuvre pointilliste de Charles Frechon dont la signature se dissimulait dans la touche de l’œuvre…

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