Exposition : Cézanne et les Maîtres, au musée Marmottan-Monet à Paris

Le Musée Marmottan-Monet met en avant les grands chefs-d’œuvre de la peinture occidentale des temps modernes.

Des dizaines de chefs-d’œuvre sont réunies au musée Marmottan-Monet (16e arrondissement de Paris) pour la toute nouvelle exposition « Cézanne et les Maîtres », du 27 février au 5 juillet 2020.

 

On ne peut que se réjouir de pouvoir approcher de si près les œuvres de Poussin, de Tintoret, de Greco, de Ribera et autres, habituellement accrochées sur les hautes cimaises de musées parfois lointains. On note en effet des prêts des plus grandes collections publiques et privées du monde entier, à l’instar du Musée du Louvre, du Musée d’Orsay mais aussi de la National Gallery of Art de Washington, de la collection Thyssen-Bornemisza de Madrid et surtout du Pola Museum de Kanawaga (Japon). 

Cette exposition est l’occasion de redécouvrir les grands chefs-d’œuvre de la peinture occidentale des temps modernes, à l’aune du travail de Paul Cézanne (1839-1906). Le visiteur aura la joie d’admirer sur les cimaises du musée Marmottan-Monet les sujets chers au peintre : la Montagne Sainte-Victoire, le Château noir du Tholonet, le cabanon des carrières de Bibenus mais aussi ses si reconnaissables natures mortes.

En parcourant l’exposition « Cézanne et les Maîtres », l’influence de l’artiste éponyme sur les peintres occidentaux du XXe siècle est évidente : on trouve dans ses toiles non seulement une manière résolument nouvelle d’aborder la peinture, mais aussi les prémices du cubisme. 

 

Le postulat discutable de l’exposition : l’influence des Maîtres italiens sur Cézanne

Néanmoins, si l’héritage de Cézanne est omniprésent tout au long de l’exposition, force est de constater que le lien entre sa peinture et celle des Maîtres est maigre. Le postulat de l’exposition serait de voir dans les œuvres de Cézanne une influence latine  des XVIe et XVIIe siècles. Il s’agirait de prouver par une juxtaposition d’œuvres de peintres italiens à celles de Cézanne, son « italianité ». À la rigueur, cela se justifie avec le Greco qui était à la Renaissance d’une absolue modernité, peignant le motif avec des teintes saturées et s’éloignant de l’austérité de ses contemporains. Par ailleurs, il est admis que le Greco influença Cézanne puisque ce dernier réalisa une « Femme à l’hermine » intitulée « d’après le Greco ». Si ce dernier est connu pour son œuvre en Espagne, il ne faut cependant pas oublier son long séjour en Italie.

Concernant les autres œuvres exposées, le postulat du conservateur se justifie de manière beaucoup plus complexe. Le visiteur est appelé à reconnaître des similitudes dans la composition, dans la facture, dans l’atmosphère d’œuvres ayant le même sujet. Sans parler d’italianité, quoi de plus simple que de constater des ressemblances entre deux portraits d’un vieillard à la barbe blanche ou entre deux vanités au crâne…

Quant à l’influence que Cézanne aurait pu exercer sur le Novecento italien ; là encore, le visiteur est en droit de se poser des questions. Lesquelles ne trouvent pas de réponse dans la muséographie de l’exposition. Ainsi la dernière comparaison de l’exposition, censée éclairer d’un jour nouveau le lien entre Cézanne et la peinture italienne, est la mise en pendant d’une nature morte de l’impressionniste avec deux natures mortes de Morandi. Celle de Cézanne, au fond sombre, représente des poires et pommes sur un entablement, alors que les œuvres de Morandi représentent un pichet et des verres sur un fond clair. Aucune référence de couleur, de mise en scène, de dessin, de perspective n’est palpable.

En résumé, cette exposition est l’occasion de voir la réunion exceptionnelle d’un beau corpus d’œuvres, mais qui n’a hélas pas les arguments de ses ambitions didactiques. 

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