Manoir France souhaite devenir la première fonderie au monde
Publié le 01/01/2026
Manoir France a été rachetée en juin 2024 après son redressement judiciaire par le Britannique Paralloy. ©Manoir France
Un an après son rachat par le groupe britannique Paralloy, la fonderie normande Manoir France affiche une croissance à deux chiffres, relance l’emploi et se projette désormais comme un futur numéro un mondial. Entre rebond de la pétrochimie hors États-Unis et montée en puissance spectaculaire du nucléaire, le site de Pitres a changé de dimension.
Il y a encore deux ans, l’avenir de Manoir France semblait suspendu à un fil. Un an et demi après sa reprise par le groupe anglais Paralloy, la fonderie euroise affiche pourtant une santé éclatante, avec un chiffre d’affaires en hausse de 15 % et des ambitions internationales assumées. À Pitres, la métallurgie lourde s’impose à nouveau comme un pilier industriel stratégique.
Une relance industrielle et financière spectaculaire
Rachetée en juin 2024 par le groupe britannique Paralloy, Manoir France revient de loin. Le groupe anglais a injecté 6 millions d’euros lors de l’acquisition, complétés par un soutien massif des pouvoirs publics et des partenaires industriels : prêt de l’État, appui de la Région Normandie, financement d’EDF et concours bancaires, pour un total dépassant 22 millions d’euros.
Cette recapitalisation s’est accompagnée d’une transformation en profondeur. Plus de 200 déplacements de collaborateurs britanniques ont permis de transférer les savoir-faire, revoir les process industriels, moderniser les systèmes d’information et réévaluer les bonnes pratiques métiers. Résultat : un chiffre d’affaires 2025 de 110 millions d’euros, en hausse de 15 %, réalisé à 90 % dans la pétrochimie. Les bénéfices, eux, devraient être multipliés par quatre par rapport à l’exercice précédent, mettant fin à plusieurs années de pertes.
LIRE AUSSI → L’Institut Polytechnique de Paris lance des chaires dédiées à la souveraineté
Si le marché nord-américain marque le pas sous l’effet des nouveaux droits de douane, la fonderie a rapidement trouvé des relais de croissance. L’export représente désormais 90 % de l’activité, vers 45 pays, avec un centre de gravité qui se déplace vers l’Inde, le Moyen-Orient et l’Asie. Une inflexion jugée conjoncturelle, dans un marché mondial de la pétrochimie promis, selon la direction, à une croissance structurelle de long terme.
Le nucléaire, moteur stratégique de l’ambition mondiale
Encore marginale dans les comptes, 4 % du chiffre d’affaires en 2025, l’activité nucléaire constitue pourtant le principal levier d’avenir de Manoir France. Présente sur ce marché depuis 1978, l’entreprise fournit des pièces critiques utilisées dans l’ensemble du parc nucléaire français, aussi bien pour la maintenance que pour les nouveaux projets.
L’ambition est claire : multiplier par cinq l’activité nucléaire, défense et armement conventionnel inclus. Pour y parvenir, la fonderie investit dans les certifications internationales, notamment ASME, afin de répondre aux standards américains et accompagner des projets en Europe de l’Est, comme en Bulgarie. Des appels d’offres sont également attendus sur les futurs EPR2 français, avec des décisions espérées d’ici 2026.
LIRE AUSSI → Airbus : un élu américain accuse la France de protéger l’entreprise sur ses activités en Chine
Cette montée en puissance s’accompagne d’un effort soutenu en matière d’emploi. Le site de Pitres compte désormais 470 salariés, après 50 recrutements en 2025, et prévoit encore une trentaine d’embauches en 2026 sur des métiers techniques en tension. Pour sécuriser ces compétences rares, Manoir France développe ses propres filières de formation interne.
Vous avez apprécié l’article ? Aidez-nous en faisant un don ou en adhérant
