L'UE autorise les Ukrainiens à acheter des armes auprès des Américains si besoin. CC-BY-4.0 © European Union 2022 – Source EP

L'UE autorise les Ukrainiens à acheter des armes auprès des Américains si besoin. CC-BY-4.0 © European Union 2022 – Source EP

Malgré l’insistance de Paris pour réserver les commandes d’armes à l’industrie européenne, l’Union européenne a finalement opté pour une ligne plus souple. Grâce aux 90 milliards d’euros de prêts accordés par Bruxelles, Kiev pourra, si nécessaire, se tourner vers des fournisseurs extra-européens, notamment américains, pour renforcer son effort de guerre.

 

C’est un arbitrage stratégique qui illustre les tensions persistantes entre souveraineté industrielle européenne et impératif militaire immédiat. En autorisant l’Ukraine à acheter, en cas d’urgence, des armements non européens avec des fonds issus de prêts de l’Union, Bruxelles a tranché en faveur de l’efficacité opérationnelle. Une décision qui marque un revers pour la France, fervent défenseur d’une préférence européenne stricte, et qui confirme le rôle toujours central des États-Unis dans l’architecture de sécurité du continent.

 

Une préférence européenne… mais sans exclusivité

Sur les 90 milliards d’euros de prêts décidés par les dirigeants européens en décembre, l’Ukraine pourra consacrer jusqu’à 60 milliards d’euros au renforcement de ses capacités militaires en 2026 et 2027. Présentant le dispositif, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a insisté sur la priorité accordée aux industriels européens, afin de soutenir la base industrielle et technologique de défense de l’Union.

 

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« Avec 60 milliards d’euros d’aide militaire, l’Ukraine peut tenir bon et, dans le même temps, s’intégrer plus étroitement à la base industrielle de défense européenne », a-t-elle affirmé. L’enjeu est double : répondre aux besoins urgents de Kiev en termes d’armes tout en générant un retour sur investissement pour l’Union, en termes d’emplois, de recherche et de développement. Mais cette préférence reste volontairement flexible. Si l’offre européenne s’avère insuffisante ou inadaptée, Kiev pourra se tourner « à l’occasion » vers des fournisseurs extérieurs à l’UE, au premier rang desquels les États-Unis, notamment pour des systèmes de défense antiaérienne.

 

Un compromis politique au détriment de la ligne française

Cette ouverture n’était pas la priorité de Paris. La France, soutenue par plusieurs États membres, plaidait pour une conditionnalité stricte en faveur des industriels d’armes européens, dans une logique de souveraineté stratégique. Une position contestée par Kiev et par d’autres capitales, qui mettent en avant l’urgence du champ de bataille et la capacité américaine à répondre rapidement à certaines demandes critiques.

 

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Un responsable européen résume le compromis : la préférence européenne existe, mais elle ne doit pas devenir un obstacle à l’efficacité militaire ukrainienne, à un moment où les États-Unis restent incontournables pour certaines capacités clés.

Les 30 milliards d’euros restants du prêt serviront, eux, au financement du budget ukrainien, sous réserve de réformes liées à l’État de droit et à la lutte contre la corruption. Les premiers versements sont attendus dès avril. Le remboursement du prêt n’interviendra qu’une fois d’éventuelles réparations versées par la Russie, tandis que les intérêts – environ trois milliards d’euros par an – seront pris en charge par le budget de l’Union. À noter que trois pays, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, ont obtenu une exemption de ce mécanisme.

Derrière ce montage financier inédit, une réalité s’impose : l’Europe investit massivement, mais n’a pas encore les moyens industriels de s’imposer seule comme arsenal du conflit ukrainien.

 


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