Coup d’État au Bénin : un scénario idéal
Publié le 21/01/2026
Des militaires ont tenté de renverser le président Patrice Talon en décembre 2025. ©Capture d'écran Bénin TV
Un groupe de militaire qui prend le contrôle de la télévision. La résidence de la présidence attaquée par un commando. Une capitale à l’arrêt comme tétanisé par les événements. Ces éléments sont étrangement familiers à qui a l’habitude de suivre l’actualité africaine ces dernières années. « Encore un », avons-nous soupiré désabusé par une Afrique de l’Ouest qui connaît depuis 2020 une épidémie de coup d’État.
Le 7 décembre au matin, des soldats des Forces armées béninoises (FAB), dirigés par le lieutenant-colonel Tigri, foncent en jeep vers la résidence du président Patrice Talon. Des échanges de feu ont lieu, et la femme du chef d’état-major du président est touchée au passage. Le président lui-même est en danger de mort et doit sa survie au professionnalisme de la garde républicaine, qui le met hors de danger.
Face à la résistance de la résidence, les putschistes n’atteignent pas le bureau présidentiel. Le général Abou Issa (chef d’état-major de l’armée de terre) et le colonel Gomina Faizou (chef de la garde nationale) sont pris en otage. Dans le même temps, un autre groupe d’insurgés prend d’assaut la Société de radio et de télévision du Bénin (ORTB) et diffuse une annonce à la télévision d’État (Bénin TV).
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L’objectif est double : décapiter la tête de l’État béninois et s’assurer, le plus rapidement possible, du contrôle de la télévision afin de maîtriser le narratif. Les putschistes espèrent ainsi obtenir une soumission rapide de l’appareil d’État. À la télévision, Tigri proclame la destitution de Patrice Talon et la mise en place du Comité militaire pour la Refondation (CMR). La Constitution est suspendue, les frontières sont fermées et les partis politiques interdits. Très vite, le signal de la télévision et de la radio publiques est coupé. Toutefois, les putschistes réussissent à garder la maîtrise de la télévision d’État.
Une riposte rapide et efficace
Dès le milieu de la matinée, des échanges de tirs ont lieu dans plusieurs quartiers de Cotonou. Le régime tente alors de reprendre le contrôle de la situation via des actions sur le terrain et les médias. Des messages pour rassurer la population sont diffusés : le ministre des Finances et dauphin du président, Romuald Wadagni, indique que la situation est maîtrisée. Un peu plus tard dans la matinée, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, annonce que l’armée a « contrecarré la tentative ». Par ailleurs, un soutien international se met en place avec l’appui de la CEDEAO.
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L’aviation nigériane bombarde le camp de Togbin, où les putschistes se sont retranchés. La France, quant à elle, se cantonne à un soutien en renseignement aérien depuis Abidjan. Le soir même, les otages sont libérés par les FAB et une douzaine de mutins sont arrêtés. Seul Tigri réussit à s’enfuir au Togo, selon plusieurs sources. En moins de 24 heures, les autorités ont repris le contrôle total de Cotonou, la capitale du pays.
Un coup d’État opportuniste
Les insurgés ont cherché à exploiter un contexte politique tendu et un pouvoir déjà fragilisé, alors que des sources sécuritaires bien informées indiquent qu’une tentative de coup d’État aurait été déjouée en octobre 2025. En effet, les élections présidentielles prévues pour le 12 avril 2026 marquent la fin du second mandat du président Talon. Bien que ce dernier s’érige en tenant de l’alternance démocratique et affirme à plusieurs reprises vouloir respecter la limite de deux mandats, des réformes électorales controversées ont verrouillé l’espace politique en écartant l’opposition principale. Seules deux candidatures ont été validées par la Cour constitutionnelle, exclusivement issues de la majorité.
Une bonne réponse sécuritaire
La réaction des autorités béninoises, la parfaite maîtrise et loyauté de l’armée ainsi que la coopération de la CEDEAO sont autant d’éléments qui font de ces événements un scénario idéal de maîtrise d’un coup d’État. En effet, comme l’ont confirmé plusieurs sources bien implantées localement, le coup d’État a été pris très au sérieux par les autorités françaises. Il semble avoir été préparé en amont, probablement avec un support extérieur. Par ailleurs, l’implication des forces armées d’autres pays de la sous-région est un autre signal du sérieux de cette tentative de putsch.
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L’un des éléments clés de ce scénario est sans aucun doute la qualité de l’institution militaire béninoise. Depuis l’arrivée au pouvoir de Talon, et face à la montée de la menace djihadiste au nord du pays, le Bénin a effectué un effort non négligeable de modernisation et de renforcement des FAB. De 2016 à 2023, le budget a augmenté significativement, avec une hausse de 43 % entre 2021 et 2023. Cela a permis d’une consolidation des effectifs, avec plus de 9 000 recrues intégrées entre 2019 et 2025, qui s’est accompagné d’un renouvellement et d’une modernisation des équipements. Enfin, la défense a renforcé ses capacités humaines en organisant des formations conjointes avec ses partenaires tels que la France, les États-Unis ou encore la Belgique.
Un appareil de défense maîtrisée, clef du succès
Les événements ont permis de démontrer que, contrairement à d’autres pays de la sous-région, l’armée béninoise se conçoit comme un instrument de l’État. Bien que la tentative de putsch ait été menée par des officiers, la grande majorité des unités est restée loyale et a suivi les ordres en isolant rapidement les mutins et en empêchant toute contagion. Par ailleurs, la réactivité et l’efficacité des forces armées béninoises ont permis de rétablir la situation en un temps record, tout en mettant à l’abri le président lors d’un assaut qui aurait pu lui coûter la vie.
L’appui aérien du Nigeria a également démontré la capacité de ces forces armées à collaborer pour maintenir l’État de droit dans un pays voisin, alors que la sous-région est déjà marquée par une forte instabilité. Cela illustre par ailleurs la possibilité pour ces pays de mener une action de maintien de la paix sans avoir recours à une intervention de forces armées occidentales.
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Plus important encore, la tentative de putsch n’a pas déstabilisé l’économie du pays. Si la ville a été paralysée pendant 48 heures, l’activité quotidienne a repris dès le lundi matin. Les supermarchés étaient ouverts et la circulation au sein de Cotonou était libre. La population n’a pas pris part à des événements de contestation ni apporté son soutien aux insurgés. Au contraire, alors que des manœuvres d’influence, notamment de l’influenceur panafricaniste et pro-russe Kemi Seba, encourageaient à descendre dans les rues pour soutenir le putsch, les Béninois, dans leur grande majorité, ont refusé de se joindre à ces manœuvres et a ignoré les influenceurs.
Alors que le Bénin a souvent en Occident l’image d’un régime autoritaire libéral similaire au Rwanda, il donne désormais l’image d’un pays qui respecte l’État de droit et sait repousser les tentations putschistes. La société soutient le processus démocratique et semble approuver la politique de son pays ainsi que le bilan du président Talon.
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