Le groupe Wagner est accusé d'avoir assassiné plusieurs milliers de civils en Afrique.

Le groupe Wagner est accusé d'avoir assassiné plusieurs milliers de civils en Afrique.

La publication d’un article critique sur le rôle des mercenaires russes en Afrique par le journaliste nigérian Oumarou Sanou a déclenché une réaction virulente de l’ambassade de Russie au Nigeria. Depuis, d’autres voix africaines se sont élevées, révélant une nervosité croissante de Moscou face à un débat public qui tend à remettre en cause son influence et ses méthodes sur le continent.

 

Un article peut-il faire trembler une puissance étrangère ? À en juger par la succession de communiqués agressifs émanant de l’ambassade de Russie au Nigeria, la réponse semble positive lorsque les critiques visent le groupe Wagner et la stratégie russe en Afrique.

 

Une critique universitaire qui met le feu aux poudres

Tout commence avec la publication d’un article signé par le journaliste nigérian Oumarou Sanou, qui a déjà des articles sur le sort de jeunes africains partis « étudier » en Russie et enrôlé dans l’armée russe. Dans cet article, il dresse un bilan sévère de l’action du groupe Wagner en Afrique: « Ces mercenaires, imprégnés de sectarisme et de violence, ont apporté en Afrique non pas la solidarité, mais la suprématie» peut-on lire.

 

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L’auteur y décrit des résultats sécuritaires largement négatifs, notamment au Sahel, et dénonce le recours aux mercenaires russes. Pire, il les décrits comme « arrogants » et « incompétents », aggravant les conflits, les violations des droits humains et l’instabilité régionale : « Les putschistes maliens […] ont vendu à leurs citoyens une illusion dangereuse : que les soldats de fortune importés réussiraient là où les institutions légitimes avaient échoué ».

Loin d’apporter la paix promise, ces forces privées contribueraient selon lui à l’enlisement des crises et à l’affaiblissement des États. « Près de 3 000 civils ont été tués depuis l’arrivée de Wagner — dont beaucoup aux mains de leurs supposés protecteurs. Des communautés entières ont été anéanties, des marchés incendiés et des villages effacés sous prétexte “d’opérations antiterroristes ».

La réaction de l’ambassade russe au Nigeria ne s’est pas fait attendre. Au lieu d’une réponse argumentée ou chiffrée, la représentation diplomatique a publié un message virulent sur les réseaux sociaux, attaquant personnellement le journaliste et mettant en cause sa crédibilité. Une sortie inhabituelle par son ton, qui a suscité interrogations et malaise dans les milieux médiatiques africains.

 

 

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Quelques semaines plus tard, un scénario similaire se reproduit. Victor Ariole, universitaire africain, publie à son tour une tribune critiquant la politique étrangère de la Russie, établissant des parallèles entre certaines interventions russes et d’autres conflits régionaux africains. Là encore, l’ambassade russe réagit par un communiqué cinglant, multipliant les attaques personnelles plutôt que de répondre sur le fond.

 

 

Une Russie sur la défensive face au débat public africain

La réponse récente d’Oumarou Sanou au premier communiqué russe remet une pièce dans la machine. Dans son nouvel article mi-décembre, le journaliste nigérian s’interroge ouvertement : « la Russie a-t-elle peur d’une presse libre et d’un débat intellectuel en Afrique ? » Il y défend le droit des chercheurs, universitaires et journalistes africains à analyser, critiquer et questionner les partenariats étrangers sans être pris pour cible par des autorités diplomatiques. «Dans les pays désormais gouvernés par des juntes militaires alignées sur Moscou, les voix de l’opposition sont étouffées, les journalistes sont harcelés et la société civile opère sous la menace» dénonce-t-il.

 

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Le journaliste nigérian souhaite rappeler la dangerosité des mercenaires dans les conflits. « Les mercenaires, par définition, ne sont des instruments de sécurité durable nulle part en Afrique. De la Sierra Leone dans les années 1990 à la Libye et maintenant au Sahel, le bilan est cohérent : ils aggravent la violence, affaiblissent les forces nationales et laissent les sociétés plus fracturées qu’elles ne l’ont été.

Au-delà des échanges acerbes, ces épisodes révèlent une tendance plus profonde. De plus en plus d’Africains, universitaires, journalistes, membres de la société civile, s’interrogent publiquement sur le bilan réel des mercenaires russes : revers militaires, massacres de civils, pillages de ressources et absence d’amélioration durable de la sécurité. Autant d’éléments qui contrastent avec le discours officiel longtemps promu par Moscou.

La virulence des réactions russes semble aussi traduire une perte de contrôle du récit. Face à des critiques étayées et à la multiplication des témoignages négatifs, la Russie paraît privilégier l’intimidation verbale et l’insulte plutôt que la confrontation des faits. Une stratégie risquée, alors que le débat africain sur les alliances sécuritaires et la souveraineté gagne en maturité et en indépendance.

 

Cartographie de la désinformation russe en Afrique. ©Centre d’études stratégiques de l’Afrique

 


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