Henry de Montherlant : portrait de l’auteur de La Reine morte

Henri de Montherlant en dédicace

Henry de Montherlant est un romancier, essayiste, dramaturge et académicien français. Il est l’auteur du roman à succès Les jeunes filles (1936-1939) et pour ses pièces de théâtre dont La Reine morte (1942), Le Maître de Santiago (1947) et La Ville dont le prince est un enfant (1951).

 

Né le 20 avril 1895 dans le 7ème arrondissement de Paris, Henry de Montherlant – de son nom complet Henry-Marie-Joseph Million de Montherlant – grandit dans une famille de petite noblesse. C’est sa mère qui lui donne le goût de la littérature notamment avec Quo Vadis ? d’Henryk Sienkiewicz dans lequel le jeune Henri y trouve les thèmes qui lui tiendront à cœur tout au long de sa vie à savoir : l’amitié, les taureaux, la Rome antique et… le suicide.

 

Un attrait pour la littérature

Dès son plus jeune âge, il se passionne pour la lecture notamment de Nietzsche et de Barrès où il trouve un idéal de courage et de vertus antiques. En parallèle à ses lectures, Henry de Montherlant écrit un journal intime – détruit à la fin de sa vie – ainsi que des préfaces et des postfaces. En 1912, avec ses camarades, il crée un une sorte d’ordre « La Famille », dont chacun des membres se doit de prêter serment de fidélité. La même année, la direction de son lycée de Neuilly le renvoie pour « conspiration ». Cet épisode lui inspirera La Ville dont le prince est un enfant (1951) et Les Garçons (1969). En 1914, il écrit sa première pièce L’Exil, confirmant sa vocation littéraire.

 

Une hypertrophie cardiaque

La Première Guerre Mondiale arrive et Henry de Montherlant est ajourné pour hypertrophie cardiaque de croissance. En 1917, le conseil de révision le reconnaît comme apte pour être affecté au service auxiliaire. Grâce aux relations de sa grand-mère, il sert peu de temps après au sein d’une unité combattante comme secrétaire d’État-Major. Affecté au 360è régiment d’infanterie en tant qu’adjoint d’un officier du renseignement en 1918, il est blessé lors d’un tir d’artillerie par sept éclats d’obus. Seul un éclat lui sera retiré. Il est démobilisé en 1919 avec la croix de Guerre.

Devenu secrétaire de l’œuvre de l’ossuaire de Douaumont – lieu où ont été recueillis les ossements des combattants de Verdun – à l’issue de la guerre, il met en place une politique de respect du combattant et souhaite que l’Ossuaire soit dédié « à la gloire de l’Homme ». En 1922, il décrit dans son ouvrage Le Songe, le courage et l’amitié entre combattants. C’est à cette époque qu’il se passionne pour le sport principalement l’athlétisme et le football. Dans les stades, Henry de Montherlant renoue avec la fraternité des tranchées.

 



 

La crise du voyage

En 1923 sa grand-mère décède. Ses parents étant déjà décédés – 1919 pour son père et 1922 pour sa mère – plus rien ne le retient. Il décide de placer l’ensemble de sa succession dans un garde-meubles et part en janvier 1925 en voyage pour s’adonner à ses sports favoris et aspirer à une « vie plus libre ». C’est d’abord en Espagne qu’il pose ses valises. Blessé par un tourillon à hauteur du poumon donnant lieu à une fièvre typhoïde et à deux congestions pulmonaires, il est hospitalisé à Tanger (Maroc).

Sa crise sur la condition de l’homme dans le monde s’atténue à partir de 1929. Il partage ses années entre l’Algérie où il côtoie André Gide et se rend à Paris l’été. En 1932, c’est le grand retour dans la capitale. Cette année-là, il publie un long article sur l’état de la France qui ne se prépare pas à une guerre qu’il juge inévitable contre l’Allemagne qui se réarme.

 

La seconde guerre mondiale

Henry de Montherlant voit comme un danger l’ascension d’Hitler en Allemagne et critique l’attitude des démocraties européennes face au grand Chancelier. « Les chefs des grandes démocraties accourant l’un après l’autre, gravissant l’Olympe en suppliant, pour embrasser les genoux du Jupiter à la mèche, suspendus à un froncement de ses sourcils, sans d’ailleurs prendre la peine de s’en cacher, le flattant du bout des doigts, tandis qu’ils font dans leur culotte ». Après les accords de Munich le 29 septembre 1938 – dont le but était de régler la question des Sudètes – et la minute de silence d’un des journaux français, Henry de Montherlant se moque du président du conseil Daladier.  « Ce n’est pas de minutes de silence que nous avons besoin, c’est d’avions monsieur Daladier ».

En 1939, sa santé l’empêche de reprendre du service dans l’armée française. C’est donc en tant que correspondant de guerre pour l’hebdomadaire Marianne qu’il suit les combats de la Somme et de l’Oise. Ses idées et ses écrits à la « gloire de l’homme et du combattant chevaleresque » – pouvant être traduite par une amitié entre les vainqueurs et les vaincus – lui valent une réputation de collaborateur et des soucis lors de la Libération. D’abord inquiété par plusieurs organismes tels que la Direction générale des services spéciaux du 2ème bureau, la Commission d’épuration de la Société des gens de lettres, la Haute Cour ou la Chambre civique, le « dossier Montherlant » est constamment classé sans suite.

 



 

L’après-guerre

A l’issue de ce classement sans suite, il se consacre au théâtre dépeignant la grandeur et la misère des hommes et des femmes d’honneur, tiraillés par leurs passions, souvent trahis et perdus. C’est aussi l’époque où il réalise de nombreux dessins à la mine de plomb ou encore des esquisses représentant des scènes de tauromachie. Élu à l’Académie Française par 25 voix sur 29 votants et sans avoir fait expressément de candidature, sa santé devient très fragile. En 1968, il perd l’usage de son œil gauche. Après une série de chutes, il séjourne plusieurs semaines en clinique. Presque aveugle, il se suicide dans son domicile parisien en 1972 à l’aide d’une capsule de cyanure et d’une balle dans la bouche pour être sûr de son coup. Ses cendres sont dispersées sur le Forum à Rome et dans le Tibre.

Toute la vie d’Henry de Montherlant se résume par cette recherche de lui-même avec cette question « Qui suis-je ? ».

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