Jean Giono : portrait d’un voyageur immobile

Jean Giono dans sa Provence natale

Jean Giono est un écrivain provençal du XXème siècle. Figure dominante de son siècle, l’ensemble de son œuvre mêle humanisme naturel et révolte contre la société de son époque. Il est connu pour être en marge de l’ensemble des courants littéraires de son époque.

 

Né fils unique le 30 mars 1895 à Manosque en Provence d’un père cordonnier et d’une mère repasseuse, Jean Giono est marqué très rapidement par la « belle figure de guérisseur libertaire » de son père.

En 1911, pour faire face à la santé défaillante de celui-ci et du faible revenu de sa famille, Jean Giono interrompt ses études à l’âge de 16 ans pour travailler dans une banque, le Comptoir national d’escompte (ancêtre de la BNP Paribas). Sa soif de culture le pousse à se former en autodidacte et à se constituer une bibliothèque dans laquelle figurent les plus grands auteurs de l’antiquité grecque et latine. C’est à la même époque qu’il commence à écrire. Il vit une jeunesse pauvre mais heureuse.

 

Traumatisme de la guerre

Mobilisé pendant la Grande Guerre, il est affecté au 140ème régiment d’infanterie et participe aux batailles les plus rudes (Artois, Champagne, Verdun, la Somme, le Chemin-des-Dames). En 1916, sa compagnie est décimée. Commotionné et légèrement gazé, il est démobilisé en 1919. Comme la quasi-totalité des poilus, il ressort traumatisé et choqué par l’atrocité de cette guerre et devient un pacifiste convaincu. « Je suis sorti sans avancement, sans décoration et sans avoir tué personne » annonce-t-il fièrement.

 

Jean Giono en uniforme de soldat en 1914



L’entre-deux-guerres

Rapidement, Jean Giono reprend son travail dans la banque tout en commençant à écrire et à  publier à côté des poèmes dans la revue Les cahiers de l’Artisan de son ami Lucien Jacques. Publié en 1929, Colline obtient un succès immédiat. Les maisons d’éditions Grasset et Gallimard se disputent ses romans. Après ses premiers succès et la liquidation de sa banque en 1929, il décide de se consacrer exclusivement à l’écriture. En 1932, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

Au début de l’année 1934, les événements en Europe poussent l’auteur à s’engager à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires qu’il quitte rapidement lorsque l’URSS approuve l’année suivante le réarmement. C’est son premier engagement politique. En 1935 paraît Que ma joie demeure, ouvrage par lequel il transmet sa foi en une communauté d’hommes au-dessus de la religion. Il pointe du doigt les dérives de la technique moderne et fait la promotion de l’écologie. A la même époque il créé les Rencontres du Contadour, réunions d’esprits libres, dont la neuvième réunion est interrompue par la déclaration de guerre de 1939.

 

Un militant pacifiste pendant la Seconde Guerre Mondiale

Mobilisé en 1939, il se fait arrêter car pacifique puis relâcher après un non-lieu avant d’être libéré de ses obligations militaires. La censure pendant l’Occupation le pousse à entretenir des contacts avec les autorités allemandes. Déjà pendant la guerre, on lui reproche d’écrire dans le journal collaborationniste Aujourd’hui ainsi que de figurer dans un reportage dans Signal, un journal nazi célèbre pour la qualité de ses photos en couleur. Une bombe explose à son domicile dans la nuit du 11 au 12 janvier 1943.

A la libération, il est accusé et emprisonné pour les mêmes motifs pendant cinq mois à Saint-Vincent-les-Forts en Provence. Le Comité national des écrivains, émanation de la Résistance communiste, lui interdit toute publication sur le territoire national le classant à tort comme « écrivain collaborationniste ». Cette mise en quarantaine se termine en 1974, date à laquelle sort  Un roi sans divertissement, ouvrage dans lequel Giono montre que l’homme peut aller jusqu’à la fascination du mal pour sortir de son ennui existentiel.



La consécration

Mort d’un personnage (1949), Les Âmes fortes (1950), Le Hussard sur le toit (1951) et Le Moulin de Pologne (1953) publiés lors de la levée de sa censure lui valent un succès tel que Giono reprend sa place d’écrivain célèbre. En 1954, il est élu à l’Académie Goncourt. Ce n’est qu’à cette période qu’il commence à voyager en Écosse, en Espagne et Italie. Grâce à ses périples, il se diversifie et commence à écrire des livres de voyage. Giono est fasciné depuis son enfance par le cinéma. En 1960, il réalise son film Crésus et se voit présider le jury du Festival de Cannes l’année suivante.

Alors que la guerre d’Algérie bat son plein, il s’engage pour un droit à l’objection de conscience défendu par de nombreux intellectuels comme André Breton, Albert Camus, Jean Cocteau ou encore l’abbé Pierre. Celui qui est surnommé le « voyageur immobile » pour avoir écrit durant des décennies sans avoir lui-même voyagé, s’éteint d’une crise cardiaque dans sa maison de Manosque le 9 octobre 1970. Il est enterré dans la même ville.

 

Un auteur inclassable

Jean Giono est l’un des rares auteurs à ne pas connaître de retombée de célébrité après sa mort. Créateur de mondes, en n’ayant presque pas voyagé de sa vie, il est connu pour être un poète fervent défenseur de la paysannerie provençale de l’entre-deux-guerres. Il a la particularité d’être inclassable dans le domaine littérature. Son œuvre très prolifique est dense et très variée. Certains de ses romans comme Que ma joie demeure ou L’Homme qui plantait des arbres ont été traduits dans de nombreuses langues témoignant de la reconnaissance mondiale de l’auteur.

Laisser un commentaire

RSS
Instagram