Qui est le cardinal Sarah, l’ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin ?

Le cardinal Robert Sarah a été préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements de 2014 à 2021.

Le pape François a accepté le 20 février 2021 la démission du cardinal Sarah de ses fonctions de préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Agé de 75 ans, le cardinal avait présenté sa démission le 15 juin dernier au pape, respectant ainsi l’âge officiel de départ à la retraite au Vatican. Animé d’une grande piété et d’un profond respect pour la liturgie, Robert Sarah est devenu une personnalité forte de l’Eglise.

 

Itinéraire d’un enfant de Dieu

Avant d’en arriver à la pourpre cardinalice et aux dorures vaticanes, Robert Sarah a grandi dans la grande pauvreté, creuset des saints. Il est né dans la brousse guinéenne en 1945, où sa famille l’a élevé entre la vie aux champs et les rites animistes, très présents dans ces régions reculées d’Afrique. Mais il croise la route des pères spiritains durant sa jeunesse et de là naît sa vocation. Le jeune guinéen est fasciné par les missionnaires français et ceux-ci lui permettent, malgré son origine modeste, de se rendre au petit séminaire de Bingerville en Côte d’Ivoire. Il repart à Conakry pour y passer son baccalauréat puis se rend en France, au séminaire de Nancy, dans les années 1960 pour poursuivre sa formation de prêtre. Il est ordonné en 1969 à Conakry mais, souhaitant poursuivre sa formation, il se rend à Rome et part un an à Jérusalem.

Revenu en Guinée, il est nommé curé d’une paroisse. Sa tâche est grande car les missionnaires ont été expulsés par la dictature marxiste d’Ahmed Sékou Touré et le jeune prêtre ne compte pas ses heures. Il enseigne ensuite au petit séminaire de Conakry et en devient le directeur. Malgré les persécutions, Sarah parvient à s’imposer dans l’Église locale et à grimper dans la hiérarchie en devenant à 34 ans le plus jeune évêque au monde. L’archevêque de Conakry devient une figure de la résistance au régime et sa notoriété croît en Afrique. Le Vatican le nomme en 2001 secrétaire de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples. Commence alors une carrière au plus haut sommet de l’Église. A cette occasion il se lie d’amitié avec le théologien Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI. Celui-ci le nomme cardinal en 2010. Il passe par différentes responsabilités : président du conseil pontifical Cor Unum, père synodal lors du synode des évêques sur la famille, membre de la congrégation pour la cause des saints. C’est en 2014 que le cardinal Sarah est nommé préfet de la Congrégation pour le culte divin par le pape François, malgré sa réprobation.

 

Un prélat africain défenseur de l’Occident

Ces dernières années le cardinal Sarah est devenu l’un des chefs de file d’un courant « conservateur » et traditionnel dans l’Eglise. S’il récuse être en désaccord avec le pape François, ses prises de position dans les médias ou dans ses ouvrages le placent à contrecourant de l’action de ce dernier. La plus récente porte sur la question du célibat des prêtres. Si le pape François a considéré que la question de la pertinence de cette règle de l’Église devait se poser au regard de situations particulières, comme c’est le cas en Amazonie, le prélat africain a défendu dans un ouvrage cosigné avec le pape émérite Benoît XVI, Des Profondeurs de nos cœurs (2020), la beauté et la nécessité du célibat : « Une vie selon le monde ne peut produire dans une âme sacerdotale qu’un sentiment d’incohérence, d’incomplétude et d’écartèlement. Nul ne peut servir deux maîtres ».

Mais, le discours dépasse aussi la simple question religieuse comme en témoigne son troisième livre entretien avec son ami et journaliste Nicolas Diat, Le Soir approche et déjà le jour baisse (2019), où le cardinal s’inquiète du risque d’effondrement de l’Occident par la perversion ou le renoncement aux valeurs qui la fondent, la menace d’une immigration devenue incontrôlable et l’entrée en Europe de civilisations barbares. Le cardinal est devenu la voix d’un catholicisme qui veut résister aux tentations du monde et au relativisme contemporain.

Mais, au-delà du personnage public, Sarah est surtout un homme pétri d’une profonde sagesse et d’une piété solide qui expliquent son charisme auprès des croyants. Admirateur de la vie monastique et contemplative, il y puise une de ses plus belles leçons pour découvrir ou redécouvrir la foi, dissimulée par le bruit du monde, et qu’il délivre dans La Force du silence (2016) : « Le dépouillement du silence rend l’homme semblable à un enfant : pur mais fragile, innocent et démuni. Le silence nous façonne comme le forgeron travaille le métal ».

La personnalité du cardinal et sa position radicale au sein de l’Eglise ne laissent pas indifférent un grand nombre de catholiques européens dont certains souhaitent voir en lui un futur successeur de Saint Pierre. En effet, son âge lui permet encore d’être élu pape par le collège des cardinaux. Enfant de l’Afrique, défenseur de l’Europe, le cardinal Sarah deviendra-t-il aussi pasteur de l’Eglise universelle ? Dieu seul le sait.

 


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