Défenestration dans un campus universitaire à Villeurbanne : un étudiant dénonce «le mépris du gouvernement»

Vue des toits de la ville de Villeurbanne à côté de Lyon. Image d'illustration ©Jeanne Menjoulet / Flickr

Un étudiant lyonnais a tenté de mettre fin à ses jours samedi à Villeurbanne. Sur les réseaux sociaux, de nombreux autres étudiants dénoncent leurs conditions de vie durant le coronavirus.

 

Son cas serait loin d’être isolé. Dans la nuit de vendredi à samedi, un étudiant s’est jeté de la fenêtre du 5eme étage dans le campus universitaire de Villeurbanne près de Lyon. Grièvement blessé, l’étudiant a été transporté en urgence à l’hôpital et son pronostic vital est engagé.

 

« Nous ne pouvons simplement tourner la tête »

Ce qui aurait pu rester un simple fait divers n’est pas passé inaperçu sur la Toile grâce à Romain Narbonnet. Sur Facebook, ce jeune étudiant en licence de droit à l’Université Lyon 3 et habitant lui dans la même résidence a publié un message dans lequel il interpelle vivement les autorités publiques. « Nous sommes alors, disons-le, laissés sur le bord de la route. Nous sacrifions actuellement notre scolarité, notre santé mentale, notre motivation » dénonce-t-il. Plus de 14 000 personnes ont réagi à son cri d’alerte partagé plus de 20 000 fois.

 

« C’est le cœur lourd que je viens à vous aujourd’hui. Le cœur lourd et meurtri que je lance cet appel. C’est le cœur lourd que je vous annonce qu’aux alentours de 2h du matin, le 9 janvier 2021, un bruit sourd et fort se fit entendre au sein d’une résidence universitaire. Le bruit de l’éclatement d’une vitre qui vint briser le silence de la nuit, suivi des éclats de verre sur le sol, d’un hurlement, d’un bruit sourd suivi d’un silence et, pour la dernière fois le cri d’un étudiant, camarade d’amphithéâtre, exprimant la douleur qu’il ressentait étendu sur le sol. Vous l’aurez malheureusement compris. Nous ne pouvons simplement tourner la tête. Nous ne pouvons simplement croire que nous faisons actuellement le maximum pour les étudiants. Pensez une seconde à cet étudiant, vivant seul, isolé. Pensez à son état d’esprit, et ainsi l’on peut se rendre compte que tout étudiant actuellement subit cette pression et cet isolement. Comme tout étudiant nous sommes en isolement social. Nous n’allons plus à la fac puisque nous sommes en distanciel. Nous n’allons plus au cinéma, café, musée, lieux sociaux où jadis, nous pouvions échanger, puisque l’on ne peut plus. Nous restons 24h/24h, 7j/7 dans nos chambres universitaires mesurant les mêmes dimensions qu’une cellule de prison, cependant avec le Wi-Fi. Combien de poids un étudiant peut-il supporter ? Nous vivions le confinement, le couvre-feu, des cours en distanciel, notre jeunesse que nous laissons nous échapper. Mais le plus lourd reste tout de même le mépris, l’indifférence du gouvernement et des institutions, pour qui la jeunesse n’est que le vecteur de propagation du virus, puisque rappelons-le, nous mettons la vie de tout le monde en danger. Il est vital de laisser les écoles ouvertes mais les universités et les étudiants semblent alors secondaires. Nous sommes alors, disons-le, laissés sur le bord de la route. Nous sacrifions actuellement notre scolarité, notre santé mentale, notre motivation. Mais pensez bien que vous sacrifiez la prochaine génération. J’aimerais aujourd’hui pouvoir dire que cela ne va plus se produire en France, que plus aucun de nos camarades en viendra à un tel acte, que plus jamais il ne sera donné de voir tant de sang sur le bitume. J’aimerais le croire, mais je préfère agir. À toi qui lis ce message, agissons ensemble, aujourd’hui mais aussi demain. Que les institutions se réveillent, regarde la triste réalité et interviennent. Le « Quoi qu’il en coûte » doit s’appliquer ici et maintenant. Je souhaite être contacté pour savoir comment je peux agir efficacement. Je ne peux rester inactif avec le cri de notre camarade raisonnant dans ma tête. Je souhaite aussi que tu saches, toi qui lis ce message, que si tu ressens le besoin de parler, je suis réellement et sincèrement à ta disposition. À toi qui as le pronostic vital engagé, nous te comprenons, nous ne te jugeons pas, nous ne pouvons te regarder dans les yeux car chacun d’entre nous éprouve sa culpabilité. »

 

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