Élections américaines : pourquoi Joe Biden n’a pas (encore) gagné l’élection présidentielle ?

L'ancien vice-président des États-Unis Joe Biden au forum présidentiel "Gun Sense" à Des Moines, dans l'Iowa en 2019. ©Gage Skidmore / Flickr

En ce 7 novembre 2020 le monde retient que Joseph Robinet Biden Junior a été élu 46ème président des États-Unis d’Amérique. Faux. Pourquoi M. Biden n’est-il pas (encore) président ? Pourquoi affirme-t-on qu’il l’est ? Penchons-nous sur ces deux questions.

 

Pourquoi Joseph Biden n’est-il pas (encore) président ?

La réponse est plutôt simple mais peut s’avérer déconcertante : le vote n’a pas eu lieu. Vous me direz : « Mais que nous raconte-t-il ? Bien sûr que le vote a eu lieu, les médias en parlent depuis des jours déjà ! » Peut-être mais l’élection du président n’a pas encore eu lieu. Il s’agit d’un suffrage indirect.

Les Américains ont été appelés à se prononcer sur le choix de grands électeurs qui voteront eux-mêmes pour le président étasunien au sein du Collège électoral. Ces derniers ne sont historiquement pas liés par le choix de leurs votants. Ainsi, les grands électeurs démocrates peuvent voter pour le candidat républicain et inversement. Cependant, la tendance actuelle est à la disparition de cette pratique, déjà très minoritaire. En effet l’histoire américaine a connu 158  faithless electors ayant voté contre leur camp ou ayant tout simplement refusé de voter. Ces trahisons électorales ne changèrent jamais l’issue de la présidentielle américaine. Pour autant dans un arrêt du 6 juillet 2020 (Chiafalo v. Washington), la Cour suprême des États-Unis d’Amérique a jugé bon d’autoriser les états à pénaliser les faithless electors présents sur leur sol.

Mais le problème dans cette élection de 2020 ne tient pas tant aux grands électeurs en tant que tels mais bien au vote qui les met en place. Premièrement des bulletins semblent avoir été subtilisés et remplacés par de nouveaux. Deuxièmement des personnes au sein des bureaux de vote ont sciemment interdit aux électeurs d’assister aux dépouillements. Troisièmement des personnes au sein des bureaux de vote arrêtèrent le dépouillement des bulletins ou ont, au contraire, repris le décompte des votes alors que les instances juridiques américaines en demandaient l’arrêt. Tout cela sans compter le nombre encore jamais vu de défunts ayant participé au vote (les États-Unis d’Amérique une nation ressuscitée ?). Le Code électoral a, on peut le dire, été violé durant cette élection ; tout autant que le respect du vote du peuple américain.

Le système américain a montré sa grave défaillance électorale en cette année 2020 et laisse la population siégeant sur son territoire dans une expectative malsaine. Que les fraudes aient été d’un camp ou de l’autre, peu importe, ce qui importe c’est d’assumer la réalité : elles ont eu lieu ! Reste maintenant à la Cour Suprême de rendre la lumière sur une élection bien obscure. Affirmons tant que nous y sommes que ceux qui remettent en cause la partialité de la Cour Suprême ne peuvent se réclamer de la démocratie ou de la république. Faire confiance à ceux qui vous jugent est la première des règles à faire appliquer dans un Etat démocratique.

Les recomptages sont donc en cours et prendront du temps, les états ne sont pas tous acquis. A ce jour, tous les grands électeurs ne sont pas élus. Ces derniers n’ont pas voté et jusqu’à cet instant aucun président n’est élu (le Collège électoral procède à l’élection le 14 décembre, le résultat des votes est annoncé officiellement par le Congrès) et encore moins investi (toujours un 20 janvier à midi, la main sur La Bible durant l’Inauguration day).

 

Pourquoi les médias affirment-ils le contraire ?

La question est importante et peut porter à débat, pourquoi en effet affirmer qu’un homme est président sans qu’il le soit ?

Nous pourrions affirmer l’ignorance du droit constitutionnel et électoral américain. Mais, sincèrement, cela serait extrêmement inquiétant. Aucune chaîne de télévision américaine n’aurait eu l’idée avant l’élection de consulter un panel de juristes pour connaître les lois leur permettant de déclarer ou non un candidat élu comme président des États-Unis ? Dans une bataille de tous les instants, plusieurs jours durant, personne n’aurait eu l’idée sur les plateaux télévisés et dans les rédactions de feuilleter la Constitution et les Federalist Papers ? Tous méconnaîtraient une procédure vieille de 233 ans ? Une procédure qui se renouvelle tous les quatre ans ? Bien sûr que non. Cette ignorance nous pouvons l’accorder de manière très méfiante envers les médias français (qui possèdent de nombreux experts expatriés, des deux camps politiques !) mais nous ne l’accorderons absolument pas aux médias américains.

Un indice nous démontre d’ailleurs leur connaissance du processus. L’expression « is projected » montre l’incertitude des médias américains. Cette élection n’est en réalité qu’une projection d’élection, à l’instar des projections de résultats pour les élections législatives en France et où nous devons nous coucher à deux heures du matin pour connaître le véritable résultat. Contrairement aux élections présidentielles françaises où le résultat sort des écrans de manière systématique à 20h00 et ou la « projection » est tellement précise qu’elle n’en est plus une, la projection du président américain n’a aucune valeur légale.

Les médias ont en effet fait œuvre créative. Ils se sont choisis un président. Sans que les bulletins ne soient parfois dépouillés, et souvent recomptés. Sans que les états ne confirment ou n’infirment les résultats. Sans que les grands électeurs ne soient élus et ne choisissent le président. L’objectif est de faire pression pour que la justice américaine ne fasse pas son devoir, à savoir vérifier que le président « projeté » est bien le bon. Le but est de clôturer les votes bien avant leur fin. De créer un consensus sur une situation pas encore légale.

Joseph Biden est peut-être le véritable futur président des États-Unis. Peut-être ne l’est-il pas. Ce qui est sûr c’est que ce n’est pas aux médias de faire leur choix, mais bien au pouvoir politique et juridique d’annoncer le résultat final de chaque élection dans chaque état.

 

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