Enseignement : « l’école a perdu le monopole de la transmission du savoir »

©École polytechnique / J.Barande.

« L’école est finie ! » C’est ce qu’aurait pu me dire ma petite cousine. L’école a été suspendue le 12 mars 2020. Un peu plus tôt que ce dernier jour d’école que l’on a tous connu, souvent en juin, synonyme de départ en vacances. Ce jour où l’on quitte la cour de récréation le cœur léger à l’idée de la montagne, de la plage, d’un amoureux d’été…

« L’école est finie ! » C’est ce qu’on pourrait dire aussi de notre système d’enseignement. L’école a perdu le monopole de la transmission du savoir. Autrefois elle était concurrencée par nos apprentis et formidables compagnons. Aujourd’hui, à cette concurrence s’ajoutent les tutoriels, les sites d’autoformation, les MOOC (Massive Open Online Course). Le lourd appareil scolaire, avec un million de salariés, 73 milliards d’euro de budget, 61 000 établissements, ne fait plus le poids pour transmettre le savoir. Sans regarder si le niveau baisse, le bac sert désormais plus de filtre que de formation et la formation reçue ne permet pas, à plus d’un étudiant sur deux, de passer en deuxième année d’étude universitaire.

 

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En donnant la priorité aux décrochés et en rendant l’école provisoirement facultative, en ouvrant prioritairement les maternelles et non les universités, l’aveu est clair : l’école ne favorise plus la transmission des savoirs, mais la lutte contre les inégalités. Malgré des êtres d’exception qui l’animent, notre système d’enseignement ne répond plus à un besoin. Car même en luttant contre les inégalités, au lieu d’apprendre la débrouillardise, l’autonomie et la créativité, elle inculque le bachotage.

La « sélection des élites » en a pris pour son grade aussi. La « société du concours » s’est plongée dans un coma dont on peut espérer qu’elle ne ressortira pas. Ce modèle de sélection travaille à l’encontre de l’objectif donné de réduction des inégalités en valorisant les stocks de connaissances plutôt que les potentiels. Il favorise l’endogamie et nul système qui y recourt n’y échappe, comme le témoigne Théophile Lemaitre dans son article « Un vendeur de cravates dans la Marine Nationale« , venu découvrir la Marine le temps d’un volontariat. Du côté du candidat comme celui de la société, tout le monde est perdant : la société du concours impose de « sacrifier son année de terminale pour sciences po », « ne pas avoir de vie pendant deux ans ». Apprentissage du travail en équipe ? Implication dans la société ? Richesse produite ? Zéro.

 

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Enfin la formation continue est coûteuse, sous-utilisée et inadaptée. Elle protège les emplois et non les salariés, au lieu de les perfectionner ou de les aider à la reconversion. L’historien Michel Goya faisait le compte: sur 34 ans de vie professionnelle, il en avait passé 11 en école dont 6 académiques qui ne lui ont jamais servi.

Le diagnostic est fait et je ne suis pas médecin. Envisageons cette panoplie de remède :

  • Supprimer les concours, sélectionner sur dossier, CV et entretiens de recrutement, des cas pratiques et mise en situation collective. Comme dans la vraie vie.
  • Mettre le paquet sur la formation initiale ; lire, écrire, (coder ?) et encadrer la première année d’université.
  • Laisser les école autonomes avec seulement une obligation de résultats. Cela permettrait de s’adapter à chaque contexte local. L’essai a été transformé au Royaume-Uni (taux de chômage des moins de 25 ans : 11,3% en 2018). Peut-être que certains ont besoin de plus de cours en ligne et d’être autonome, permettre de revenir sur un point non compris. Peut-être que d’autres ont besoin de plus de présence. Laissons-les être autonomes, laissons-les savoir.
  • Laisser l’apprentissage aux entreprises en écartant tous les autres acteurs, trop nombreux. Cela a marché en Allemagne (6,2% de chômage en 2018).
  • Réhabiliter la mémoire du par cœur. Vous n’imaginez pas le nombre d’emplois où c’est utile, si ce n’est un préalable.
  • Conditionner l’aide au chômage à l’étude de nouvelles compétences demandées lorsque qu’aucune offre ne se présente.
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Avec cela même pas besoin d’obliger nos adolescents à apprendre à coder. Ni d’inscrire le travail comme obligatoire dans la Constitution comme l’avait fait la glorieuse Union des Républiques Soviétiques Socialistes. Mais je dois vous laisser, j’ai un MOOC à finir.
L’école est finie, évadez-vous, partez apprendre.

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