Energies fossiles : une abondance de pétrole sur la planète ?

Le prix du baril a atteint ce jeudi son plus haut niveau depuis fin septembre

L’OPEP et ses alliés ont annoncé vouloir encore réduire leur production journalière de baril pour soutenir le prix du pétrole. La hausse de lexploitation du pétrole de schiste a entraîné une pression à la baisse sur les prix.

 

Les écologistes peuvent presque se réjouir. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs alliés (OPEP +) ont annoncé vendredi 6 décembre vouloir réduire leur production de 500 000 barils quotidiens. L’objectif de cet accord signé à Vienne est de soutenir le prix du baril de brut, en hausse depuis son plus bas niveau début octobre. La limitation de la production à 1.7 millions de barils par jour entrera en vigueur le 1er janvier et sera effective a minima jusqu’à la prochaine réunion de l’Organisation le 6 mars 2020.

Créé en 1960 à Bagdad, l’OPEP est une organisation intergouvernementale dont l’objectif est selon leur site « d’unifier les politiques pétrolières entre les pays membres afin de garantir des prix équitables et stables pour les producteurs de pétrole ; un approvisionnement efficace, économique et régulier de pétrole aux pays consommateurs ; et un juste retour sur capital pour ceux qui investissent dans l’industrie ». Depuis 2016, l’OPEP + est une coalition qui rassemble 24 pays (14 membres de l’OPEP et 10 autres pays exportateurs de pétrole dont l’ours russe).

 

Une baisse de la valeur

Malgré la hausse du prix moyen du baril de pétrole (57 dollars début octobre pour 67 ce jeudi 26 décembre), il reste loin du pic à 75 dollars enregistré fin avril 2019. C’est dans ce cadre que la compagnie pétrolière américaine Chevron a annoncé dans un communiqué le mardi 10 décembre la dépréciation de ses actifs. Classé 6ème producteur mondial, le groupe justifie principalement cette perte de valeur par la baisse des prix des matières premières.

« En raison de l’approche disciplinée de Chevron en matière d’allocation du capital et d’une révision à la baisse de ses perspectives de prix des matières premières à plus long terme, la société réduira le financement de diverses opportunités liées au gaz […] et d’autres projets internationaux ».

 

Le remplacement par le schiste

Tout commence au début des années 2000. Pour faire face à l’épuisement du pétrole conventionnel et dans le but de réduire leur dépendance en hydrocarbures vis-à-vis des pays du Golfe, les compagnies américaines se tournent vers l’exploitation du pétrole et gaz de schiste. Le pays a la chance de nager dans un océan d’hydrocarbures encore non exploitées. De sorte que, plus les années passent, plus le pays de l’Oncle Sam réduit ses importations d’hydrocarbures. En 2018, avec 10,990 millions de barils produits quotidiennement selon l’Agence d’information sur l’énergie américaine (en anglais : Energy Information Administration), les États-Unis accède à l’indépendance énergétique.

A partir des années 2014, la production mondiale dépasse la demande. En 2016, 2017, 2018 puis encore en 2019, l’OPEP prend la décision de réduire la production de pétrole pour faire face à cet excédent. L’augmentation de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis a fait pression à la baisse sur les prix de l’or noir. De plus gros importateur de pétrole au monde, les Etats-Unis sont même passés récemment à l’étape de l’exportation. D’après le cabinet norvégien Rystad Energy, la 1ère puissance économique du monde disposerait en juillet 2016 d’une réserve exploitable de pétrole estimée à 264 milliards de barils.

 

Une abondance de pétrole

« Dans quelques décennies, il n’y aura plus de pétrole », « rouler au pétrole c’est terminé ». Les expressions annonçant la chute du pétrole abondent quotidiennement. Elles soulignent avec juste raison le fait que le pétrole ne sera pas une ressource éternelle et qu’il serait souhaitable de passer à autre chose. En revanche, cela ne signifie pas pour autant que celui-ci n’a plus d’avenir et qu’il faut reléguer cette machine à sous dans les archives de l’Histoire. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le pétrole est loin d’avoir dit son dernier mot.

La quantité d’or noir est limitée. En revanche, il est impossible de fixer exactement cette limite à savoir la quantité exacte que la Terre possède. D’après des experts de l’énergie, les réserves prouvées de pétrole ont augmenté plus rapidement que la production. « Lors des 30 dernières années, les réserves prouvées ont toutefois été multipliées par 2,3 dans le monde alors que la production n’augmentait que de 1,55. Cela est principalement dû à la prise en compte d’hydrocarbures non conventionnels (huile lourde et extra-lourde du Venezuela et une partie des sables bitumineux du Canada) ».

Évolution des réserves de pétrole par zone géographique en 1994, 2004 et 2014 (©Connaissance des Énergies)

 

Selon un rapport de BP, la production mondiale de pétrole en 2018 a été de 83,161 millions barils par jour contre 75,857 millions de barils par jour en 2008, soit une augmentation de 9,63% sur cette période. Selon ce même rapport, la production des pays comme les Etats-Unis a explosé. De 2008 à 2018, la production de ce pays a augmenté de 119,24%. Parmi les plus grandes évolutions, il est possible de noter l’Irak (+90,05%), le Canada (+66,68%) ou encore le Brésil (+42,77%). L’ensemble de ces 4 pays totalise en 2018 plus d’un quart de la production mondiale (26,94%) de pétrole.

 

De nouveaux gisements

Pour preuve en décembre, la compagnie pétrolière mexicaine Pemex a annoncé l’existence d’un gisement dont elle estime les réserves à un demi-milliard de barils. Peu de jours après, la compagnie pétrolière ghanéenne Springfield E&P a déclaré avoir découvert un puits dont la réserve est estimée entre 1,5 et 3 milliards de barils. Toujours en décembre, l’équivalent norvégien Equinor a quant a elle annoncé l’ouverture d’un gisement en mer du Nord estimé à 2.7 milliards de barils. En novembre, le président iranien Hassan Rohani avait annoncé à la télévision officielle la découverte d’un gisement estimé à 53 milliards de barils. Preuve que le monde n’en a pas terminé avec le pétrole.

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