Paris, cette ville où l’architecture se meurt

L’architecture contemporaine toujours plus loin dans le rejet du beau.

 

La Samaritaine est un grand magasin parisien fondé en 1870 par Ernest Cognacq situé au cœur de Paris entre la rue de Rivoli et la Seine. Elle est composée de quatre bâtiments de style Art nouveau et Art déco, œuvres des architectes Frantz Jourdain et Henri Sauvage, pour les magasins 2 et 3 ainsi que pour la façade du magasin 1 donnant sur la rue de Rivoli.

La Samaritaine, lieu emblématique de la capitale, évoque le Paris du Second Empire, modernisé par le baron Haussmann, voyant apparaître les premiers grands magasins. Idéalement situé, entre le Louvre et Notre-Dame de Paris, le grand magasin s’élève au rang de monument d’architecture où Art nouveau et Art déco se côtoient dans un ensemble harmonieux.

Mais la toute nouvelle Samaritaine de LVMH dévoile un tout autre décor, notamment sur la façade du magasin 4 donnant sur l’emblématique rue de Rivoli.

Propriété du groupe LVMH depuis 2001, la Samaritaine était le plus grand magasin parisien jusqu’en 2005, date à laquelle il ferme pour des raisons de mise en conformité des bâtiments aux normes modernes de sécurité.

Les travaux, lancés en septembre 2015, permettent aujourd’hui de voir la réalisation des plans de l’agence d’architecture japonaise Saana.

PERSPECTIVE DU NOUVEAU BÂTIMENT DE L’AGENCE SANAA RUE DE RIVOLI ©REMY KERBIQUET

Cette « rénovation » a entraîné la destruction d’un bâti ancien des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, en plein cœur de Paris. La rupture instaurée par ce nouveau bâtiment provoque un grand bouleversement dans le contexte architectural de la rue de Rivoli.

Le plan local d’urbanisme interdisait d’ailleurs cette rupture selon laquelle « les constructions nouvelles doivent s’intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs…) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs…) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits…) ».

Le plan local d’urbanisme est contre l’insertion de force d’une architecture contemporaine non respectueuse de son contexte au sein d’un lieu historique, et contre les destructions que celle-ci génère.

Mais pourtant ce n’est pas ce qui a empêché le puissant groupe LVMH d’arriver à ses fins.

La cour administrative d’appel avait en janvier 2015 annulé le permis de construire, mais LVMH ayant fait appel en cassation, obtient gain de cause auprès du Conseil d’Etat et obtient les autorisations pour toute « construction de projets d’architecture contemporaine pouvant déroger aux registres dominants de l’architecture parisienne et pouvant retenir des matériaux ou des teintes innovants ».

Le groupe se voit donc valider ses plans rue de Rivoli. Celle-ci se compose d’une ondulation de verre de 25 mètres de haut défigurant la rue, façade de verre comparée à un rideau de douche par certains.

Depuis peu, avec le retrait des échafaudages, nous pouvons désormais comparer cette partie de la rue de Rivoli telle qu’elle était avant le début des travaux et telle que nous le voyons aujourd’hui. Ces immeubles des XVIIIe et XIXe siècles (ainsi qu’un autre, du XVIIe, qui n’était pas visible depuis la rue) ont donc été détruits pour faire place à cet immeuble, alors que nous nous trouvons en plein cœur de Paris, à deux pas du Louvre.

Avec sa nouvelle Samaritaine, LVMH a franchi un pas de plus vers la destruction de notre patrimoine au profit de ces constructions modernes dénaturant nos quartiers historiques.

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