Bernard Cabiro : portrait d’un ancien combattant de la Légion étrangère

Bernard Cabiro est un militaire français de la deuxième moitié du XXe siècle. Seconde Guerre mondiale, guerre d’Indochine et guerre d’Algérie ; vingt années de combats lui vaudront une solide réputation, dans le monde de la Légion notamment.

 

Bernard Cabiro naît le 7 août 1922 à Mont-de-Marsan, chef-lieu des Landes où sa famille possède une épicerie. Le jeune Bernard, adepte de pelote basque, se destine à une carrière dans la marine marchande. L’histoire en décidera autrement. Il est encore lycéen au moment de l’occupation de Mont-de-Marsan par les Allemands. Son caractère se dévoile lorsqu’il commence à effectuer quelques actes isolés de résistance. Il étudiera malgré tout le droit à la Sorbonne jusqu’en 1943. Cependant, après plusieurs tentatives échouées pour rejoindre Londres, il passe la frontière espagnole le 1er juillet 1943 dans le but d’atteindre l’armée d’Afrique du Nord. Intercepté, il est emprisonné quelques semaines à Miranda, en Espagne, puis parvient à rejoindre Casablanca après sa libération. La guerre commence alors réellement pour lui. Il ne le sait pas encore mais elle le suivra durant 18 ans et l’emmènera aux quatre coins de l’Empire colonial français.

 

Un soldat pour la France

Le jeune Landais s’engage donc volontairement au 8e régiment de tirailleurs Marocains en 1943. Avec le corps expéditionnaire français, il débarque à Naples et effectue la campagne d’Italie entre juin 1943 et juillet 1944 comme soldat du rang. Ce premier hiver de guerre lui vaut deux citations, dont une à l’ordre du corps d’armée, et une promotion au grade de caporal-chef le 16 mai 1944. Puis il débarque en Provence début septembre avec son régiment. C’est la campagne de France, triomphale marche vers l’Alsace, qui s’arrête pour lui en décembre lorsqu’il est blessé au cours de la libération de Thann dans le Haut-Rhin.

 

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L’engagé volontaire de guerre, ayant fait ses preuves sur le terrain, accepte alors d’être transféré à Cherchell, où s’est repliée temporairement l’école d’officier de Saint-Cyr. Il avait jusqu’alors refusé cette option, que lui autorisait son niveau d’étude, pour rester opérationnel. Un an plus tard, il quittera Cherchell comme sous-lieutenant de réserve.

 

Premier séjour en Indochine : le « cab » fait ses preuves

Volontaire pour la Légion, il rejoint Sidi-bel-Abbès le 6 août 1945, il y fera connaissance avec l’institution et ses particularismes. Puis entre le 6 janvier et le 6 février 1946, à bord du Cameronia, il rallie l’Indochine avec son unité, le jeune 2e régiment étranger d’infanterie créé le 1er janvier 1946. Sur place, il s’emploie à pacifier la région du Sud-Annam. La tâche est ingrate mais le « cab » y mérite deux citations. Entre coups de mains et ratissages « policiers », le jeune chef de section s’aguerrit.

 

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Débarqué à Haîphong le 7 décembre 1946, il est chargé d’y rétablir la liaison avec Hanoï. Le sous-lieutenant s’illustre le 31 décembre 1946 en faisant tomber An Thaï. Ce coup de main lui vaut la croix de guerre TOE avec palme. Un mois plus tard, il prend plusieurs blockhaus « viet » à Phu Tao, nouvelle citation à l’ordre de la division. De nouveau, il sera cité pour la défense de son poste à Dong Phu, le 15 septembre 1947, face à un ennemi en surnombre. Etant donné son activité, sa promotion au grade de lieutenant d’active à titre définitif en septembre 1947 est saluée par tous ses pairs. De retour dans le secteur de Hai Duong, il mérite une nouvelle citation à l’ordre de l’armée pour avoir déjoué une embuscade ennemie sans perdre un seul homme.

En fin de séjour, à bord de son véhicule, il saute sur une mine qui le laisse aveugle une quinzaine de jours. A sa sortie d’hôpital, le 1er avril 1948, rétabli, il apprend sa nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Au terme de son premier séjour, avec 9 citations sur la poitrine, le « cab » s’est forgé un nom en Indochine.

 

Deuxième séjour en Indochine : l’empreinte d’un chef

De retour à Sidi-bel-Abbès, Cabiro, qui a toujours milité pour la création d’unités parachutistes légionnaires malgré des réticences internes, se porte volontaire pour servir au 2e bataillon étranger de parachutistes (BEP) nouvellement créé à Sétif. En février 1949, de retour en Indochine, le destin lui sourit. Après plusieurs coups de mains avec la 3e compagnie stationnée en réserve aéroportée à Saïgon, et grâce à l’éclatement de son régiment entre Cambodge, Annam et Cochinchine, Cabiro obtient le commandement de la 2e compagnie. En janvier 1950, aéroporté à Dong Hoi puis Phuoc Long, il porte secours à la 1ere compagnie prise d’assaut par un ennemi supérieur en nombre (nouvelle citation). Entre le 28 mars et le 6 avril 1950, à Tra Vinh, sa compagnie harcèle l’ennemi, reprend des armements, et culbute les « viets ». Le « cab » dépasse les espérances de son commandement et redonne élan aux troupes usées d’Indochine. En septembre 1950, le commandement ayant décidé l’évacuation des troupes françaises des régions de Pa Kha et de Hoang Su Phi, la compagnie aéroportée du « cab » protège les convois et obtient de bons résultats sur les résistances ennemies. De nouveau, l’aura du chef redonne le moral à plusieurs éléments éprouvés du régiment de tirailleurs marocains.

 

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En fin de séjour, avec deux nouvelles citations et une promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur, Cabiro est promu au grade de capitaine à titre exceptionnel le 2 janvier 1951. Il devient l’un des plus jeunes capitaines de Légion de son temps.

Il quitte à nouveau l’Indochine le 8 mars 1951.

 

Troisième séjour en Indochine : dans la tourmente indochinoise

Après quelques mois en Algérie à la compagnie d’instruction du 3e BEP de Sfax, il obtient un poste de commandement dans le secteur de Batna Aurès agité par le FLN. Mais rapidement, le capitaine Cabiro est à nouveau désigné pour servir l’Indochine, désormais sérieusement mise à mal, en juin 1953.

Affecté au 1er BEP, il se charge de créer une base aéroterrestre au Laos, sur le site du port de Seno afin d’assurer une route fiable vers la Cochinchine jusqu’en août 1953. Transféré dans le Sud Annam, il saute le 21 novembre 1953 sur Diên-Biên-Phu accompagné du 6e bataillon de parachutistes coloniaux (BPC) de Bigeard et du 8e BPC de Touret. Chargés de la reconnaissance des alentours et du recueil des unités de la région de Lai Chau, ils forment le 1er groupement de parachutistes et voient avant les autres se dessiner la grande entreprise française prévue dans la cuvette. Après trois mois d’animation dans et autour de la cuvette, l’étau Vietminh se resserre. Le 5 mars 1954, un canon vietminh menace le camp retranché sur la côte 781. A la tête de sa 4e compagnie, le capitaine Cabiro est grièvement blessé aux deux jambes. Rapatrié à Percy, il ne verra pas la suite des combats de la cuvette et quitte définitivement l’Indochine, la mort dans l’âme.

 

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Il faudra douze opérations chirurgicales, plusieurs mois d’hôpital et les soins précieux d’une certaine infirmière, Mireille Vendéol, qu’il épousera le 2 juin 1955 à Orléans, pour remettre sur pied le capitaine de Légion. Puis du 1er août au 30 novembre, il devient aide de camp du ministre de la Défense, le général Koening. Ce n’est qu’en 1956 qu’il sera de nouveau apte à faire campagne.

 

L’Algérie : suite logique et douloureuse

Pourtant la reprise des combats est difficile pour lui. Transféré au 20e bataillon de chasseurs portés, il suit un temps son unité en Algérie, où il reconnaît avec plaisir nombre de ses camarades d’antan, et déplore l’absence silencieuse de beaucoup d’autres… Mais rapidement sa blessure l’oblige à un retour à Paris. S’ensuit un poste de commandement temporaire à la 5e DB stationnée à Landau en Allemagne.

 

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Formé au centre d’instruction de pacification et de contre guérilla d’Arzew, et promu chef de bataillon le 1er octobre 1958, il est muté à l’état-major du 2e REP stationné à Philippeville. Dans l’est algérien, les Aurès et les Nementcha, le régiment déploie d’énormes efforts pour des résultats décevants face à un ennemi insaisissable et fuyant. Après un bref séjour à la frontière avec le Maroc, au cours duquel il reçoit la cravate de commandeur de la Légion d’honneur le 30 juin 1960, le régiment rentre à Philippeville. L’unité souffre d’une défiance grandissante de la part des autochtones. Son chef de corps, le colonel Darmuzai, peine à imposer son autorité. Les popotes sont agitées et même l’état-major du régiment s’avoue décontenancé par la situation. Alors que, dans ces conditions, le « cab » demande des ordres pour briser la torpeur, rien ne bouge et la situation s’enlise.

 

Le commandant Cabiro face au Putsh des généraux

Le 22 avril, de retour de mission, le « cab » constate le départ de deux compagnies du régiment pour Alger, où les généraux Challe, Zeller et Jouhaud viennent de prendre le commandement avec l’aide du 1er REP. Perplexe, le « cab » décide ne pas s’enflammer. Il ne cède pas à ses hommes qui le poussent à rejoindre Alger. A son lieutenant Amet, qui lui demande sa position personnelle face au putsch, il répond : « Très sincèrement, je pense que c’est une connerie, mais que c’est la dernière chance de l’Algérie francaise ». Rassemblés par le colonel Darmuzai, les officiers du 2e REP, Cabiro en tête, sont troublés par la dernière phrase du chef de corps : « Demain, vous recevrez [des] ordres, ensuite vous pourrez choisir« . Ce dernier vient maladroitement d’ouvrir une porte… et les officiers s’y engouffreront, inéluctablement.

 

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Lorsqu’à 00h30, le lieutenant Amet réveille le « cab » chez lui, le régiment est déjà en tenue de campagne dans les jeeps. Le commandant Cabiro suivra, mais soulignera deux choses à ses hommes: « La première, c’est toujours le colonel Darmuzai qui commande le régiment, la seconde, je n’ai pas du tout apprécié la façon dont j’ai été placé devant le fait accompli« .

Le putsch avorte le 25 avril face à la détermination du général de Gaulle. De retour à Philippeville, Cabiro est mis aux arrêts par le colonel Darmuzai. Alors que de Gaulle confirme l’abandon de l’Algérie française à la télévision, le « cab » quitte le fort de l’est, salué par le gratin des troupes aéroportées emprisonnées avec lui, direction la prison de la Santé à Paris.

Traduit en justice en 1961, Bernard Cabiro, au terme d’une délibération assez longue, est finalement déclaré coupable d’une « prise de commandement sans ordre légitime » et condamné à la peine de principe d’un an de prison avec sursis. Contraint de quitter la Légion et l’Armée, sa tumultueuse carrière se termine en prison, comme elle avait commencé 18 ans plus tôt…

 

Réhabilitation et postérité

Discret, Bernard Cabiro le reste durant les 17 années suivantes. Il se consacre à sa famille et à sa ville de Mont-de-Marsan, où il travaille pour la mairie. C’est fin août 1978, alors qu’il est de passage à Montpellier, qu’il reçoit un appel du général Goupil : « Mon commandant, je tenais à être le premier à vous féliciter pour votre élévation à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur ». Il reçoit sa plaque des mains de la Légion le 24 septembre 1978. Suprême honneur, il est choisi pour porter la main du capitaine Danjou lors des cérémonies de Camerone le 30 avril 1979. Plus que réhabilité, Cabiro a gagné sa place au Panthéon des figures de la Légion.

 

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En 1987, il publie aux éditions Plon son autobiographie Sous le béret vert. Son fils Olivier en publie une réédition plus complète en 2010 chez Indo éditions sous le titre Une vie de guerre : 1940 – 1961.

Bernard Cabiro décède le 1er août 1993 à Mont-de-Marsan.

 

Décorations

  • 3 citations avec Croix de guerre 1939-1945.
  • 12 citations avec Croix de guerre des TOE dont 5 à l’ordre de l’armée.
  • 3 citations avec Croix de la Valeur militaire dont 2 à l’ordre de l’armée.
  • Grand officier de la Légion d’honneur.
  • Médaille coloniale.
  • Médaille commémorative de la Seconde guerre mondiale.
  • Médaille commémorative de la guerre d’Indochine.
  • Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en AFN.
  • Officier de l’Ordre national du Vietnam.

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