Charles-Michel de L’Épée : une vie au service des sourds

« L'abbé de l'Épée instruisant ses élèves en présence de Louis XVI » Huile sur toile de Gonzagues Privat (1875) (Collection INJS de Paris).

Charles-Michel Lespée, plus connu sous le nom de Charles-Michel de l’Épée, est un abbé français du XVIIIe siècle. Bien qu’inconnu du grand public, il est une figure majeure de l’éducation en France.

 

Né le 24 novembre 1712 dans une famille riche (son père était architecte pour le roi Louis XIV), Charles-Michel se destine à la prêtrise. Baptisé le 26 novembre 1712, il deviendra prêtre en 1736. Avant cela Charles-Michel étudie la théologie et le droit. Tout semblait aller pour le mieux pour le jeune homme jusqu’au jour où l’archevêque de Paris lui demande de prendre position sur le jansénisme (courant hérétique en scission avec Rome), ce qu’il refuse. La prêtrise lui est un temps interdite et il devient alors avocat. Il excelle dans sa nouvelle profession jusqu’à ce que Mgr Bossuet, neveu de « l’aigle de Meaux », lui propose de rejoindre son diocèse. Il accepte la proposition et il est ainsi ordonné prêtre.

 

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Peu de temps plus tard, se liant d’amitié avec un janséniste, Charles-Michel est frappé d’interdit par l’archevêque de Paris. Il décide donc de mettre son temps et sa fortune au service de la charité.

 

Précepteur de la langue des signes

Durant cette période, Charles-Michel rencontre deux sœurs sourdes. Il voit avec étonnement et intérêt que celles-ci communiquent avec des signes pour s’exprimer. L’ancien précepteur des deux sœurs étant décédé, Charles-Michel reprend son poste et étudie les signes usités par les jeunes filles. Dès lors il décide de transformer sa demeure en école pour les sourds et accueille bientôt une soixantaine d’entre-eux. Elle devient la première école gratuite destinée à l’éducation des sourds dans le monde. Par la suite, il institue un alphabet que ses élèves pourraient signer de leurs mains afin de communiquer. Charles-Michel fait par la suite ouvrir de nombreuses autres écoles dans la France destinées à accueillir ces élèves particuliers.

 

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Fondateur de la forme de langue méthodique des signes ou Vieille langue des signes française, Charles-Michel voit s’élaborer sous ses yeux la langue des sourds par les sourds eux-mêmes et il l’assimile à la structure syntaxique française qu’il mêle aux gestes. Mais bien trop compliquée pour les enfants, cette langue ne dépassait, bien souvent, pas la porte de ses salles de cours. Les enfants sourds en effet préféraient leurs signes à ceux de leur maître pour se faire comprendre.

L’abbé de l’Épée meurt le 23 décembre 1789 et est enterré dans l’église Saint-Roch à Paris après une longue vie destinée à son prochain.

 

Un « bienfaiteur de l’humanité »

Bien que l’étude de la langue méthodique des signes donna des résultats mitigés, les écoles fondées par l’abbé de l’Épée permirent aux sourds de perfectionner leur langue entre-eux et ainsi d’arriver petit à petit à la structure actuelle de la langue des signes française (LSF).

 

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L’institution de l’abbé de l’Epée permet plus tard l’apprentissage des méthodes d’éducation des sourds aux personnes souhaitant fonder des écoles dans leurs pays. Ainsi Laurent Clerc, élève de l’abbé Sicard, est venu étudier dans l’institution de l’abbé de l’Epée peu avant de retourner en Amérique du Nord pour fonder les bases de la langue des signes américaine.

Avocat de la cause des sourds, Charles-Michel de l’Épée leur permit d’accéder aux sacrements de l’Église comme tout un chacun. Deux ans après sa mort, l’Assemblée nationale reconnut Charles-Michel de l’Épée comme étant « bienfaiteur de l’humanité » et accorda les droits de l’homme à ses chers protégés. Son institut pour les sourds de Paris existe toujours sous l’appellation d’Institut National des Jeunes Sourds de Paris. La langue des signes française devint une véritable langue en 2005.

2 thoughts on “Charles-Michel de L’Épée : une vie au service des sourds

    1. La langue des signes existait bien avant 2005, là n’est pas la question, mais sa reconnaissance légale n’intervient en France qu’après un décret du 11 février 2005

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