Convention citoyenne : pourquoi tant de haine contre le pouvoir d’achat des plus fragiles ?

Emmanuel Macron prend la parole devant les 150 français de la Convention citoyenne pour le climat, le 29 juin 2020 dans les jardins de l'Élysée.

Malgré la crise sanitaire de la Covid-19, chômage et pouvoir d’achat restent les deux plus fortes préoccupations des Français. Et surtout des plus fragiles. Un paramètre crucial que semblent avoir oublié certaines préconisations de la Convention citoyenne pour le climat qui a rendu son verdict fin juin. Plusieurs mesures entrant en vigueur en 2021 s’annoncent même désastreuses. Voici pourquoi.

 

Cent cinquante Français ont planché neuf mois sur la Convention citoyenne pour le climat. Quelques 146 propositions plus tard, c’est l’heure du bilan. Leur leitmotiv principal : faire mieux avec moins. Moins d’émissions de gaz à effet de serre, moins de gaspillage, plus d’économies d’énergie… De nombreuses très bonnes idées ont aujourd’hui le mérite d’être sur la table. Mais d’autres font nettement plus grincer des dents, tant on les imagine sorties de l’imagination fertile de bobos parisiens peu avares en écologismes variés. Un détail semble pourtant avoir été oublié dans le panorama socio-économique français : en 2018, 14,7% des Français vivaient sous le seuil de pauvreté (à 60% du niveau de vie médian), un chiffre en constante augmentation ces dix dernières années. Soit 9,3 millions de pauvres !

 

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Selon les informations publiées dans le Rapport sur la pauvreté en France de l’Observatoire des inégalités, « les plus jeunes sont les plus touchés par l’augmentation de la pauvreté. Si l’expression « enfants pauvres » est trompeuse, plus d’un enfant sur dix vit sous le seuil de pauvreté du fait des bas revenus de ses parents. On oublie plus encore les jeunes adultes de 20 à 29 ans, dont 11,8% sont pauvres, souvent les peu diplômés en difficulté d’insertion professionnelle. Chez les adultes, le taux de pauvreté des employés est 4,5 fois plus élevé que celui des cadres supérieurs ». Toucher au pouvoir d’achat des Français aujourd’hui, des plus pauvres comme ceux appartenant à la classe moyenne, a tout d’une absurdité politique. C’est pourtant ce qui arrivera avec l’application de certaines dispositions préconisées par la Convention citoyenne visant à « réduire les incitations à la surconsommation et l’impact de la publicité ».

Le sous-entendu de la démarche est déjà discutable : les Français sont des décérébrés que la simple exposition à une publicité fait surconsommer. Notre pays est donc vraiment le paradis du capitalisme ! Plutôt que d’éduquer à la consommation raisonnée, solution qui présente l’inconvénient de supposer de l’intelligence chez les Français, le petit microcosme parisien préfère donc supprimer la publicité, les prospectus étant en particulier dans le collimateur. Certes, les supports de publicité peuvent être esthétiquement douteux, surtout sur un immeuble haussmannien du XVIème arrondissement. Mais c’est l’absence de nuance qui fâche : entre une pub 4m par 3m pour un SUV dernier cri et le prospectus d’information locale sur les promotions alimentaires, il y a un monde. Une fois encore, personne n’est allé se renseigner sur ce que vit la France en dehors du périph’.

 

Fins de mois difficiles pour des millions de Français

C’est un fait : dans leur vie quotidienne, de plus en plus de Français comptent à l’euro près. Surtout au moment de faire leurs courses. Dénicher les bons plans, accumuler les bons d’achats « trois pour le prix de deux », attendre les « journées spéciales promo », font partie de la gymnastique permanente des nombreuses mères de famille en France. Leur principale source d’information ne se trouve pas en ligne sur Internet (ce sont souvent les familles les moins « connectées »), mais directement dans leur boîte aux lettres. Pour des millions de Français, les prospectus publicitaires restent le meilleur moyen pour faire des économies substantielles lors de leurs achats au supermarché du coin ou dans les petits commerces de quartier. Mais voilà, ce lien essentiel entre consommateurs et promotions risque bien de disparaître.

 

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Dans leurs préconisations, les participants à la Convention citoyenne pour le climat ont en effet signé l’arrêt de mort de ces prospectus publicitaires directement déposés dans nos boîtes aux lettres, à l’horizon de janvier 2021. Si les arguments écologiques avancés sont discutables (le papier utilisé vient presque en totalité du recyclage ou de forêts gérées durablement), l’impact sur les plus démunis sera quant à lui immédiat et chiffrable. Terminés les bons plans, terminées les promotions. Avec la disparition de ces économies, les fins de mois risquent d’être très difficiles. En 2016, un Français sur quatre avait du mal à boucler son budget mensuel. Une proportion qui pourrait s’envoler.

 

Le prospectus plébiscité par 67% des Français

De plus en plus menacés, ces imprimés publicitaires ont pourtant la cote auprès des Français. Selon plusieurs études, les prospectus publicitaires gardent « une audience de haut niveau », 99% des Français disposent d’une boîte aux lettres, 92% d’entre deux lisent au moins un courrier publicitaire chaque semaine : « Le courrier est un geste quotidien, qui se caractérise par une lecture égale tous les jours de la semaine, excepté pour les imprimés publicitaires : ceux-ci sont plus largement lus en début de semaine, dès réception, afin notamment de profiter des promotions débutant en milieu de semaine dans la grande distribution.. »

 

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D’après le Groupement d’Intérêt Economique (GIE) Balmétrie, « 45,4% des lecteurs déclarent s’être rendus ou avoir eu l’intention de se rendre en magasin après la lecture » d’un prospectus publicitaire, avec un impact très fort sur l’acte d’achat de première nécessité. Les faire disparaître touchera donc autant les consommateurs – surtout ceux qui comptent au franc près – que les petits commerçants qui perdront là leur principal lien de communication avec leur clientèle de proximité. Cette histoire pourrait se résumer en une formule malheureusement éculée : c’est la chronique d’une mort annoncée. Car les commerçants, eux, ne pourront pas faire mieux avec moins. Ils ne feront plus, c’est tout, comme tant d’autres déjà depuis le confinement.

En 2004, les pouvoirs publics s’étaient déjà penchés sur le dossier des prospectus directement distribués dans les boîtes aux lettres. Ils avaient mis en circulation des autocollants « Stop Pub » pour celles et ceux ne souhaitant pas recevoir ces publicités sur papier. Il suffit d’habiter dans un immeuble collectif pour vérifier sur le bloc des boites aux lettres que cette mesure est comprise et correctement implantée. La prochaine directive prendrait le contrepied de la précédente, avec l’instauration de l’autocollant « Oui Pub » qui, contrairement à l’idée positive qu’elle véhicule, aura un effet couperet contre la distribution de prospectus. De plus, les maires pourront également, à partir de 2022, interdire la publicité sur leur commune. Autant de leviers fournis par les pouvoirs publics qui se tireront ainsi une balle dans le pied. Car, par ricochet, ces atteintes à la communication publicitaire seront synonymes d’une plus grande précarité financière pour les Français – surtout pour les plus démunis – et de plus de fermetures et de chômage dans le secteur des petits commerces. Bienvenue au royaume d’Ubu, où le roi et son peuple sont nus.

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