Les acteurs de la pièce «Là-bas de l’autre côté de l’eau». ©Fabienne Rappeneau

Jusqu’au 18 décembre 2021, une pièce de théâtre sur fond de guerre d’Algérie se joue au théâtre parisien La Bruyère (9ème). Entre amour, haine et rancœur, la pièce est un pari réussi.

 

Ce soir, au théâtre La Bruyère, une famille de pieds-noirs enterre Jean-Paul Rossignol, ancien appelé de la guerre d’Algérie. Il pleut. Quelques roses sont déposées sur le cercueil, un dernier adieu et puis, le souvenir est là, il refait surface. Lui, que l’on voulait ranger au fond d’un tiroir, ne se taira plus. Ceux qui l’ont vécu vont dorénavant être entendus. Xavier Lemaire, merveilleux metteur en scène, qui a su nourrir depuis des années le spectacle vivant en nous racontant le quotidien saisissant d’une chambrée de prisonniers au sein d’un stalag (La soupe aux orties), la vie effroyable des héros de la grande guerre (Les coquelicots des tranchées) dresse une troisième épopée, celle des événements d’Algérie. C’est avec l’aide de Pierre Olivier Scotto, auteur fabuleux de théâtre (Le Mal de Mère, Le ciel est Egoïste ?, La Boutique au coin de la rue, La belle Mémoire), que l’idée prend son envol. Avec une troupe de douze comédiens, ces deux passionnés osent tout, tranchant un nœud gordien historique avec beaucoup d’ingéniosité.

 

Une réussite théâtrale

Une blessure vive et encore bien confuse, tel est le sujet de la pièce. En passant par l’huilerie de Marthe Surgenti aux abords d’Alger, suivie d’un petit café convivial du quartier de Montrouge, par les coulisses du ministère de l’Intérieur jusqu’aux cellules de résistance du FLN, deux familles qui se connaissent depuis toujours, l’une Française et l’autre Algérienne, traversent cette époque tragique. Chaque génération y est représentée avec pour personnages principaux, France (Noémie Bianco), jeune fille fougueuse qui ne rêve que de théâtre, Mokhtar (Kamel Isker) qui ne songe qu’à l’indépendance et à la dignité de son pays, Jean-Paul (Hugo Lebreton), jeune militaire de l’armée française passionné de Rock’n Roll et Marthe (Isabelle Andreani), mère de famille qui, au prix de grandes souffrances, se bat pour conserver ses racines.

C’est de l’amour, de la haine, de l’amitié, de la rancœur, des rires et des larmes que découle toute la complexité de cette aventure. A travers des décors pittoresques, ce voyage de l’autre côté de l’eau nous transporte dans un florilège rocambolesque et plein d’humanité. Quand l’Histoire divise encore, le théâtre, lui, rassemble. Les pieds-noirs, les Algériens, les jeunes combattants français, les harkis, tous ces héros que l’on a sacrifiés rugissent encore. Nos deux conteurs ne prennent la position d’aucun parti. Mieux, ils plaident pour chacun d’entre eux et, par la magie du théâtre, rendent sa liberté à un passé bien trop souvent piétiné.

 


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