Certains pensaient assister à un coucher de soleil, avant que des faisceaux lumineux rouges redoublent d'intensité. ©PIXNIO

Dans la nuit du 25 au 26 janvier 1938, des populations entières en différents endroits de la Terre sont les témoins d’un phénomène étrange :  un ciel d’un rouge feu jaillit dans la nuit d’hiver. Pour certains, c’est une aurore boréale exceptionnelle, pour d’autres, son ampleur et sa couleur revêtiraient un voile de mystère. Peut-être un signe divin.

 

Le 25 janvier 1938 et les jours qui suivirent, partout dans le monde, les journaux signalent un drôle d’évènement : une magnifique aurore boréale de couleur rouge a illuminé le ciel. Ce phénomène est constaté dans pratiquement toute l’Europe, de même que sur les rives de l’Afrique du Nord, et jusqu’au Canada. Pour Le Nouvelliste de Lyon, « Le ciel était embrasé comme un immense foyer mouvant provoquant une lueur rouge très vive ». Les presses italiennes et anglaises se font l’écho de ce « ciel resplendissant », et pour le correspondant du Times à Lisbonne « L’aurore boréale a été observée dans tout le pays pendant plus de deux heures et demie. » Même dans les pays scandinaves, pourtant habitués aux aurores boréales, le phénomène impressionne.

 

Entre surprise et angoisse

Bien que la presse soit unanime pour dire que ce spectacle céleste est grandiose, beaucoup de témoignages font état de l’inquiétude des populations. D’ailleurs Le New York Times titre : « Une aurore boréale fait sursauter l’Europe ». En effet, à Londres, les casernes de pompiers sont submergées par les alertes d’incendies. Dans les villes et villages, on s’affole aussi de voir cette lueur rouge, comme si l’horizon s’embrasait et que le feu gagnait les habitations. Dans les rédactions, les correspondants en région s’ébranlent, les téléphones sonnent, les gens se regroupent, se parlent, s’interrogent.

Partout en France, et en Europe, les réactions et les spéculations témoignent du caractère insolite de ce phénomène. La lueur fut tellement intense, que les postiers de Briançon purent effectuer leur travail sans lumière artificielle ; à Vitré, la concentration de plus en plus vive de la lumière rouge sang inquiète la population, et les pompiers sans même qu’on les alerte, se tinrent prêts à toute éventualité ; à Angers on pense, au moment des premières lueurs, à un entrainement de projecteurs aériens ; en Normandie, on se réjouit de voir l’horizon se dessiner de rose, mais constatant que les couleurs persistèrent et virèrent en rouge feu, les habitants commencèrent à s’inquiéter ; dans certains endroits, on y voit le signe d’un mauvais présage, ou pire, de l’annonce de la fin des Temps. Mais tous les témoignages concordent dans le sens d’avoir cru assister à un gigantesque incendie.

 

Une aurore boréale qui interroge

Au-delà de l’émotion que cela a pu susciter, l’apparition d’aurores boréales dans nos latitudes n’est pas impossible. Elles ne se limitent pas seulement aux régions polaires. Leurs formes et leurs tailles varient et la lumière peut s’élever entre 80 et 500 kilomètres d’altitude. Selon l’altitude, les couleurs évoluent passant du vert à basse altitude, au violet, voir, très rarement, au bleu. Mais selon certains scientifiques de l’époque, le phénomène observé est inhabituel. La haute altitude à laquelle se développe la lumière est très rare, surtout dans les latitudes dans lesquelles elle a été vue. L’aurore s’est composé surtout de masses lumineuses et de jets. De plus, l’arc auroral qui se distingue relativement bien habituellement, est dans ce cas précis, difficile à définir. Mais ce qui frappe aussi les scientifiques, c’est l’étendue des lueurs. Celles-ci se développèrent au Nord-Est et Nord-Ouest pour s’étendre et se déplacer vers le Sud-Ouest, et ce, sur des centaines de kilomètres. L’aurore boréale du 25 janvier se déroula principalement de 18h30 à 21h, mais dans certains endroits, c’est jusqu’à 2 heures du matin que l’on put l’apercevoir. Enfin, les aurores boréales peuvent se déterminer à l’avance par rapport à l’activité solaire qui se manifeste notamment par des tâches observables sur la surface du soleil 48 heures avant. Mais les scientifiques ne relevèrent aucune trace de ces ombres les jours précédents. En viennent alors les spéculations, mais aussi les interprétations divines.

 

Ciel rouge, avertissement divin ?

Il faut remonter au 13 juillet 1917. Dans la campagne environnante de la ville de Fatima au Portugal, trois enfants voient apparaitre pour la troisième fois une « dame en blanc ». Ils sont là, priant, et écoutant ce qu’elle leur dit : « Je veux que vous continuiez à dire le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre ». Cette apparition de la Vierge s’il en est, l’une des plus connues au monde, a ceci de troublant qu’elle offre un message et un avertissement sur l’avenir du monde. En effet, la Sainte Vierge leur dévoile trois secrets. Si le premier a trait à une vision de l’enfer, le deuxième évoque explicitement des malheurs proches. Marie informe aux enfants l’imminence de la guerre si les hommes ne se convertissent pas : « La guerre va finir (celle de 1914-1918). Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le pontificat de Pie XI en commencera une autre pire encore. Lorsque vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’Il va punir le monde de ses crimes par le moyen de la guerre, de la faim et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père ». Ainsi, un signe du Ciel devrait parvenir aux hommes pour les avertir que la guerre approche. Certains témoins de l’aurore boréale de 1938 le pressentaient. Les revendications belliqueuses du régime nazi et les atrocités de la Russie communiste offraient déjà un triste tableau de la montée des conflits. Si cela n’en reste pas moins une spéculation, une nouvelle guerre a bien éclaté là où est apparu ce ciel rouge sang. Quelques mois après cette nuit à la fois féérique et sinistre, la guerre civile espagnole redouble de violences, et l’Allemagne annexe l’Autriche, puis lance ses premières invasions. La Seconde Guerre mondiale commençait.

 


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