SEAir : le spécialiste du drone naval a lancé sa seconde levée de fonds
Publié le 10/06/2026
UAV LARS - Surveillance Dronathlon 2024 French Navy - Modèle bateau FT80 - Plateforme modulaire à foils de 8 mètres. ©SEAir
Basée à Lorient depuis 2016, SEAir conçoit des navires de nouvelle génération à foils et solutions hybrides, et s’affirme comme un acteur clé du drone naval en France et en Europe. Après une première levée de 500 000 euros, l’entreprise a ouvert une seconde tranche de financement de 300 000 euros. Entretien avec son fondateur, Richard Forest.
Charles de Blondin : Qu’est-ce que SEAir ? Quelle était la conviction fondatrice derrière sa création en 2016 ?
Richard Forest : SEAir est le spécialiste des navires de nouvelle génération, nettement plus performants grâce aux foils. « Faire voler » les bateaux n’est pas qu’un rêve, c’est une nécessité pour la société d’aujourd’hui (!) pour amener plus de confort et économiser plus de carburant. Ce concept très ancien (fin du XIXème siècle… oui !), revient au goûts du jour grâce :
- Aux grands progrès faits dans les matériaux composites
- Aux évolutions majeures des simulations logicielles avec des puissances de calcul désormais accessibles à tous
- Et surtout grâce à une électronique désormais peu chère.
L’innovation n’est souvent qu’une agrégation de solutions simples mais complémentaires, dont le tout doit être présenté sous un angle différent. C’est comme cela que j’ai toujours créé mes entreprises.
Tout le monde se délectait des fabuleuses images générées par l’América Cup et personne ne s’intéressait aux navires moteurs… SEAir l’a fait !
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CDB : Pourquoi avoir choisi la technologie des foils comme axe central d’innovation ?
RF : Ces appendices, bien connus dans la course au large apportent de la vitesse aux voiliers et sont donc optimisés pour cela, et ainsi fragiles.
Pour les navires à moteur, SEAir s’est dit que les moteurs amenant déjà la vitesse, autant n’utiliser le foil que pour moins taper les vagues. Ce sera alors synonyme de gain d’énergie et de confort. Rien à voir avec la vitesse ! C’est un usage du foil totalement différent pour le moteur.
Et faire voler un bateau permet alors de moins travailler la carène (la forme de coque) et de donner alors naissance non plus à un bateau, mais à une plateforme modulaire qui vole sur l’eau et que l’on peut aménager.
CDB : Les drones navals vont-ils transformer la doctrine maritime comme les drones aériens l’ont fait ?
RF : Évidemment ! Déployer un navire nécessite une composante RH incroyable, limitant ainsi le nombre de navires déployables à la mer. Si un opérateur à terre peut désormais piloter ne serait-ce que deux drones de surface avec sa console, les flottes de navires vont mécaniquement, à minima, doubler. Sans parler de la miniaturisation et de l’effet de meute, afin de saturer le camp adverse en envoyant plusieurs drones de surface en même temps. Cela gêne considérablement un adversaire et mobilise de gros moyens pour les neutraliser, permettant alors de libérer un autre couloir à côté. Envoyer un drone en environnement hostile pour faire de la reconnaissance, de la guerre électronique ou une action militaire va permettre de préserver au mieux les hommes.
Enfin, le concept de « drone mother-ship » arrive à grande vitesse : un très grand drone de surface de 20 ou 30 mètres, voire plus, peut lui-même en embarquer des dizaines. Ce concept d’emboîtement permet désormais d’apporter les équipements les plus efficaces au plus proche de leurs cibles.
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CDB : Quelle est votre ambition pour SEAir à horizon 2030 ?
RF : SEAir peut devenir en 2030 le leader des drones de navires performants, dronisés ou non, mesurant jusqu’à 30 m, dans le secteur Professionnel, Sécurité Offshore et Défense. Le secteur du Luxe constitue également une niche vers laquelle l’entreprise souhaite aller.
CDB : Vous avez lancé une levée de fonds auprès de SouvTech Invest, quel est votre projet et quel type d’investisseurs recherchez-vous ?
RF : SEAir recherche 4 millions d’euros pour passer à l’échelle : finaliser deux drones, lancer l’industrialisation et développer le commerce. Les levées de fonds étant toujours des processus longs, il était important de ne pas ralentir. Imaginer du crowdfunding comme premier étage de la fusée s’est donc très vite imposé. La plateforme de crowdfunding SouvTech permet au grand public de souscrire encore aujourd’hui car, au vu du succès de la première phase, nous avons déjà augmenté l’enveloppe pour lever 800 000 €. Viennent s’ajouter près de 300 000 € avec nos investisseurs proches, un Major de la Défense prêt à mettre 800 000 € lui aussi. Nous avons pour ainsi dire « sécurisé » près de la moitié des 4 millions d’euros, tandis que nous avons déjà d’excellents contacts avec d’autres fonds pour les 50 % manquants. Ce peut être des industriels ou des Familly Offices conséquents.
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