Le sous-marin nucléaire d'attaque ''Saphir'' en rade de Toulon en août 2004. Image d'illustration ©NetMarine

Le 15 septembre 2021, l’Australie annonçait vouloir rompre un contrat de près de 60 milliards d’euros avec Naval Group. Suite à cette annonce, le gouvernement français a montré sa colère et son interrogation. Comme si cette rupture n’était pas prévisible.

 

Dix jours. Dix jours que l’encre coule sur l’affaire des sous-marins français qui devaient être livrés à l’Australie. Dix jours que les hommes politiques crient au scandale, à l’affront et à la trahison de la part de nos « alliés » américains qui raflent la mise. Dix jours jours que le gouvernement montre sa colère et son indignation. Dix jours qu’il explique officiellement n’avoir pas vu venir la rupture d’un contrat de plusieurs dizaines de milliards d’euros…

 

Une rupture prévisible

Cette histoire serait incroyable si elle n’était pas quelque peu … prévisible. Entre augmentation des coûts de 35 à 60 milliards de dollars sur l’ensemble du programme entre 2016 et 2021, la mollesse française dans l’exécution du contrat que dénoncent certaines personnes proches du dossier, les différentes exaspérations des Australiens suite au retard pris et les alternatives aux sous-marins français demandées par le premier ministre australien, Scott Morrison, à son état-major, tout portait à croire que certains voyants s’allumaient depuis plusieurs années et en particulier depuis le printemps dernier. Autant dire que les services accompagnant Naval Group, dont le pôle de sécurité économique animé par le Haut fonctionnaire de défense et de sécurité du ministère des Armées, ne pouvaient que connaître les problématiques liées à l’avancement de ce partenariat. Et tel est leur métier. Et pourtant, publiquement, les Australiens rassuraient les Français sur leur coopération, jusqu’au matin même de l’annonce, où un message en provenance de Cambera validait la suite du programme et encourageait à la poursuite de la prochaine phase du contrat.  

 

Une grande perte australienne ?

Dans un entretien du 21 septembre, le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean, a déclaré que les Australiens ont beaucoup à perdre à rompre ce contrat dont l’objectif est de lutter contre la militarisation croissante chinoise et les ambitions de ces derniers dans la zone. Ainsi, en matière de délais, les Français prévoyaient de livrer les premiers sous-marins vers 2030. Il faudra rajouter une décennie supplémentaire pour les États-Unis dont les carnets de commandes sont déjà bien remplis. Selon le porte-parole, les sous-marins américains coûteraient 3 milliards de dollars par unité, soit deux à trois fois plus cher que ceux de la France.

À ce sujet, rajoutons que le rallongement du délai des premières livraisons a pour conséquence la prolongation de la durée de service de ses sous-marins actuels, entraînant de facto une augmentation des coûts de travaux et autres mises en conformité. Le principe de dépendance les y oblige. En matière d’emploi, les 60% de la valeur ajoutée prévus dans le contrat français pour une production en Australie devraient s’abaisser considérablement puisque les États-Unis en profiteront pour fabriquer l’ensemble à domicile.

 

La France seule

À la suite à cette rupture, la France a vivement protesté en annulant une soirée mondaine à la résidence de l’ambassadeur de France à Washington et en rappelant son représentant à Paris pour « consultation ». Une première dans l’histoire des relations franco-américaines. Mais c’était sans rappeler le coup de téléphone passé entre le président Emmanuel Macron et son homologue Joe Biden mercredi dernier, au cours duquel ce dernier a souhaité apaiser les tensions. Résultat ? L’ambassadeur français sera de retour à Washington la semaine prochaine et tout devrait rentrer dans l’ordre.

Après les différentes crises et scandales en lien avec la France depuis une dizaine d’années (l’affaire des Mistral, Alstom, Latécoère, Photonis etc…), Paris s’émeut, mais, faute de solution, tourne rapidement la page. L’Oncle Sam reste intouchable et il en joue. Et dans ce dossier, la France est bien seule. Il faut dire qu’au niveau européen, les pays ne se battent pas pour soutenir les intérêts tricolores. L’Europe ? « Quel numéro de téléphone ? », répèterait encore aujourd’hui le secrétaire d’état américain du président R. Nixon.

Bien que prononcée il y a un demi-siècle, la question reste encore aujourd’hui pertinente. La question de l’unité européenne fait encore et toujours débat. Quelle stratégie militaire commune quand nos voisins européens se rangent délibérément sous le parapluie américain et achètent à l’Oncle Sam l’essentiel, si ce n’est la totalité, de leur équipement militaire ? « Il n y a pas d’alliés, pas d’ennemis, il n y a que des intérêts », disait le général de Gaulle. Et la défense de ses intérêts passe par la notion même de puissance, ne soyons pas dupes. En attendant, Naval Group va envoyer la facture à l’Australie : un montant symbolique…

 


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