Coronavirus : le coup de gueule du médecin urgentiste Philippe Naccache atteint du Covid-19

Le médecin urgentiste Philippe Naccache porte plainte contre Édouard Philippe et Agnès Buzyn.

Dans un entretien vidéo réalisé par la journaliste Jeanne Baron, le docteur Philippe Naccache, un des initiateurs du collectif C19 avec le docteur Ludovic Toro, annonce son double combat : celui contre le Covid-19 et celui mené par son collectif contre le Premier ministre Édouard Philippe et l’ex-ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn.

 

Les symptômes physiques et psychologiques 

Le médecin urgentiste énonce les symptômes de la maladie, que lui jugerait mineurs : perte du goût, de l’odorat, tremblements, maux de tête, frissons, fièvre et diarrhée. Et de préciser : « une diarrhée, qui n’a jamais eu de diarrhée, je ne vais pas me plaindre d’une diarrhée ! ». Ce sont des symptômes mineurs pour lesquels il rassurerait en temps normal ses patients mais très vite la maladie décuple d’intensité. D’un coup c’est l’explosion : « la diarrhée, la fièvre, la douleur en casque, la douleur à la calotte, vous vous mouchez, vous toussez […] de façon très intermittente, des quintes de toux très sèches ». A côté de ces symptômes physiques, le médecin urgentiste évoque des symptômes psychologiques. En effet, du fait de son activité, il a accès aux statistiques non publiques angoissantes. Son analyse de la situation le meurtrit. Plus encore, il est confronté chaque jour aux images de la télévision qui ne cessent de montrer des décès en cascades. Le plus difficile pour lui est l’idée qu’il ait pu, sur le plan personnel, contaminer des proches et sur le plan professionnel, des patients.

 

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L’État n’a pas joué son rôle de prévention 

Le docteur Philippe Naccache, la voix nouée par l’émotion, rappelle qu’en tant que médecin, son rôle de prévention est primordial. « Je m’occupe de patients, lorsqu’ils viennent vers moi, ils m’apportent ce qu’ils ont de plus précieux, ils ne le savent pas, parfois […] et j’essaie de leur dire, ce n’est pas grave ta bronchite, il faut que tu arrêtes de fumer : ça s’appelle une prévention […] On va rentrer dans les grandes phrases : « prévenir c’est guérir » et, c’est pas tout à fait ça qui s’est passé, ce n’est pas ça du tout ». Le silence se fait entendre, l’urgentiste est saisi d’émotion et reprend en exposant ce qu’il a appris un jour dans une caserne de pompiers : « quand vous voulez éteindre un feu, il faut le voir. On n’éteint pas un feu les yeux bandés ». Ce message s’adresse directement au gouvernement qui n’a pas pris les mesures nécessaires à la prévention de l’épidémie en temps voulu. Ce message est le même que celui délivré par l’OMS qui avait appelé à dépister et à isoler les patients malades pour éviter la propagation du virus. Excédé, le médecin demande avec beaucoup d’émotion : « qui n’écoute pas l’OMS ? Quel scientifique peut se permettre de contrer l’OMS ? Qui ? ». La seule solution est selon lui de tester, d’isoler et de traiter. C’est précisément ce que n’a pas fait l’État et donc ce qui motive la plainte du collectif C19.

 

L’absence de masques et de gel hydroalcoolique 

Nul n’est censé ignorer que le faible nombre de masques stockés en France, et l’absence de commandes dès le mois de janvier sont une erreur stratégique soulevée par de très nombreux professionnels de santé. Le médecin urgentiste ne souhaite pas revenir sur ce point car son collectif s’en charge déjà devant la Cour de Justice de la République. Il se pose désormais la question de savoir où sont tous les masques promis par millions. Dès lors qu’il est tombé malade, il a compris l’importance vitale du masque et nous rappelle que la viralité de ce virus est « énorme ». Et de s’énerver : « vous allez me dire qu’on ne pouvait pas le prévoir ça ? On a tous vu la Chine, l’Italie et nous, on est les plus forts, on a le meilleur système ? Ces masques où sont-ils ? ». Et de continuer en insistant : « Tout le monde a besoin de ces masques. [Le virus] passe par la bouche, par la salive, par les mains et pas de gel hydroalcoolique ? Rien ! »

 

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Un médecin animé par la passion de son métier : soigner 

L’homme est un passionné. Il se livre à nous avec une grande générosité, montre combien il aime son métier et fait preuve d’un grand dévouement. « Je me suis donné les moyens de sauver des gens, au détriment du temps que j’aurai pu passer avec ma famille. Qu’est ce qui m’anime ? Soigner les gens, les aimer, je n’ai pas besoin qu’un Premier ministre me demande de l’empathie, je l’ai naturellement cette empathie, les gens qui viennent me voir, je les aime, je connais leur nom, leur prénom, voilà ce qui m’a animé, ce n’est pas un combat pour moi, c’est un combat pour les gens ».

 

Un professionnel de santé excédé par la gestion inhumaine de l’épidémie 

« Six généralistes, six médecins sont morts ! Et tous ceux que l’on ne compte pas, pourquoi ne les compte-t-on pas ? ». L’urgentiste fait ici référence aux malades les plus vulnérables, nos anciens, toutes ces personnes âgées qui vivent dans les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Tout d’abord, il nous rappelle la présence proche de son lieu de travail d’un cluster (regroupement de plusieurs cas dans un même endroit ndlr) et très vite le ton change. La gorge nouée et la voix chevrotante, il insiste « regardez, intéressez-vous à eux, c’est le premier front […] nos anciens. En Afrique, les anciens ce sont les sages. Même quand ils sont vieux et atteint d’Alzheimer, ils restent nos sages ».  Excédé, en larmes, le docteur nous interpelle : « Regardez ce qu’il se passe dans nos maisons de retraite ! Regardez ! On ne les teste pas, ils passent par derrière et on va dire qu’ils étaient vieux ! C’était une grippette, ils devaient mourir mais ce sont nos parents ! ».

On ne peut qu’être d’accord avec ce médecin excédé par la situation. La séquence finale est très difficile. L’émotion est palpable. Le médecin s’excuse de s’être emporté mais la journaliste le remercie de sa justesse et de sa générosité. L’ensemble de la rédaction Billet de France lui souhaite un prompt rétablissement et se joint par la pensée à tous les proches de personnes atteintes du Covid-19.

 

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