Interdiction du culte : pour certains catholiques, la messe n’est pas dite !

Chapelle dans l'église Saint-Sulpice à Paris. Image d'illustration. ©Troy David Johnston / Flickr

Le 7 novembre 2020, le Conseil d’État rejette le référé de mouvements catholiques concernant l’autorisation des messes pendant le confinement. Ce qui n’est pas du goût d’un certain nombre d’entre eux qui lancent des manifestations partout en France pour le retour des messes.

 

Deuxième confinement. Deuxième interdiction des messes. Première réaction massive des catholiques. En cette fin d’année 2020, un mouvement de plus en plus important est né chez les catholiques français. L’interdiction de la messe, acceptée pour les besoins sanitaires lors du premier confinement, ne passe pas en ces périodes de la Toussaint et de Noël. L’incertitude et la contestation montent au fil des annonces du gouvernement. L’ouverture de certains commerces et des écoles et a contrario l’interdiction du culte heurte les croyants. Pourquoi le Conseil d’État a-t-il interdit la pratique du culte ? Quelles sont les actions de contestation en cours ?

 

Pas d’atteinte aux principes de la liberté de culte

Dans un arrêt en date du 7 novembre 2020, le Conseil d’État, par la voix de son juge des référés décide de ne pas suspendre les dispositions du décret du 29 octobre 2020 (chapitre 6, article 47) relatives à la limitation de la pratique religieuse (toutes religions confondues). Ainsi les lieux de culte restent ouverts et seuls les mariages (6 personnes) et les enterrements (30 personnes) peuvent avoir lieu. Les membres du clergé sont habilités à participer à des cérémonies religieuses et peuvent les retransmettre. Ils peuvent de plus s’entretenir individuellement avec chaque fidèle et leur rendre visite. Les fidèles quant à eux ne peuvent que prier seuls dans les édifices religieux.

Le Conseil d’État retient que la liberté religieuse (articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen notamment) est une liberté fondamentale au même titre que la protection de la santé (au travers de la notion d’ordre public dégagée par le Conseil Constitutionnel). Les deux principes ayant la même valeur légale, ils doivent être conciliés pour que l’un ne prenne pas l’ascendant sur l’autre. En interdisant le culte mais en autorisant les fidèles à venir prier, le juge des référés considère qu’il n’y a pas d’atteinte aux principes constitutionnels de la liberté de culte, à la liberté personnelle, à la liberté d’aller et de venir ainsi qu’à la liberté de réunion.

Le Conseil d’État demande toutefois au gouvernement de revoir les dispositions relatives aux mariages et aux enterrements qui ne sont, selon lui, pas assez claires. Il indique aussi que si l’état d’urgence sanitaire devait être prorogé (allongé), la situation du culte devrait être discutée par le Conseil avec les principaux représentants du culte.

 

Réaction des membres du clergé 

Dans un communiqué en date du 7 novembre 2020, la conférence des évêques de France émet des réserves certaines à la décision du Conseil d’État. Elle fait savoir d’abord qu’elle restera attentive aux possibles futures restrictions de la liberté de culte prises par les pouvoirs publics dans un  contexte sanitaire mais aussi sécuritaire liberticide. Elle ajoute à cela que les fidèles et les prêtres doivent respecter la décision politique même si celle-ci ne leur convient pas. Enfin, elle affirme son impatience dans sa volonté de participer aux futurs débats sur la prorogation des mesures sanitaires et de leur impact sur le culte.

Mais certains prêtres, plus réfractaires que jureurs ont fait part de leur dégoût certain pour la décision, mais aussi, de la volonté de ne pas rester sans rien faire face à celle-ci.  Pour autant, ce sont bien les fidèles qui semblent être à la tête de la contestation.

 

Des manifestations partout en France

Depuis cette décision contestée dans la sphère catholique, des groupes de prière se sont mis en place afin de demander la réouverture des églises au culte collectif qu’est la messe. Obligatoire pour les catholiques (Catéchisme 2180),  tout manquement à cette obligation est un « péché grave » (Catéchisme 2181).

« Assister physiquement à la messe est un devoir pour tout chrétien. On ne peut pas prier n’importe où n’importe comment. Regarder la messe à la télévision, sur internet ou regarder la pétanque revient au même d’un point de vue théologique. » dénonce Vasyl König, un orthodoxe et informaticien de 23 ans. « Notre religion est une religion communautaire: Église veut dire assemblée, venant du grec ekklesia ( ἐκκλησία). Les prières et la messe sont quelque chose qui se font en groupe et pour le cas qui nous intéresse dans un lieu particulier et avec un prêtre. Prêtre vient de presbyteros (πρεσβύτερος) : l’ancien. Ce qui prouve encore cette notion de communauté et de transmission qui se passe dans l’église lors de la messe. »

Prenant naissance à Versailles et à Nantes la semaine dernière, ces groupes de prière se diffusent en France notamment grâce à l’action de l’association « Pour la messe » créée depuis peu par de jeunes catholiques. Au chant de l’Ave Maria des dizaines de ville emboîtent le pas et d’autres associations se créent comme « Objectif Messe ». Toulouse, Bordeaux, Rennes, Lyon, Colmar, Strasbourg, Metz, Angers ou encore Paris vont contester ce qu’ils considèrent comme une « privation ».

« Tout est prévu dans les églises, catholiques comme orthodoxes, afin de permettre la distanciation, le port du masque, gel hydroalcoolique etc… Tout est mis en place ! Rien ne permet d’interdire l’accès au culte et à l’assemblée sachant qu’une manifestation publique respectant les normes peut exister. » continue Vasyl König. « Nous avons déjà passé la fête la plus importante de notre calendrier liturgique (Pâques) en confinement. Nous n’avons rien dit et serré les dents ! ».

Qu’à cela ne tienne, s’ils ne peuvent pas prier dedans, ils prieront dehors ! Le groupe « Pour la messe » est aussi à l’origine d’une pétition adressée au président de la République Emmanuel Macron pour lui demander la réouverture du culte. Plus de 100 000 signatures ont déjà été recueillies.

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