Culture et relations internationales : quand les musées s’exportent à l’étranger

Le Louvre Abu Dhabi a été inauguré en novembre 2017 par le président français Emmanuel Macron

Le secteur culturel, particulièrement le monde muséal, est lui aussi désormais confronté à la mondialisation. Le Louvre à Abu Dhabi, le Guggenheim à Bilbao, l’Ermitage à Amsterdam, le Centre Pompidou à Shanghai, les grands musées européens sont de plus en plus nombreux à ouvrir des antennes à l’étranger et ainsi à exporter leurs collections.

 

En France, cette pratique grandissante répond à deux facteurs principaux. Tout d’abord ces projets sont généralement sollicités par des pays étrangers, mûs non seulement par une volonté de développement culturel, mais aussi parce que cette soif de culture se heurte au manque de collection que ces pays connaissent, collections qui restent par ailleurs essentiellement composées d’œuvres d’artistes locaux.

Lire aussi : Exposition : à la découverte du Greco

Le deuxième facteur à prendre en compte concernant l’internationalisation des musées français est la baisse de subventions de l’Etat. Le Louvre fait figure d’exception – bien que cette tendance soit elle aussi en développement – avec ses 51% de ressources propres, car rares sont les structures qui ne dépendent pas majoritairement du budget alloué par l’Etat. La baisse conséquente de celui-ci contraint donc les musées à récolter des fonds autrement. Grâce à ses antennes étrangères (Bruxelles, Malaga et Shanghai), c’est sept millions que le Centre Georges Pompidou peut rajouter à son budget de fonctionnement annuel.

 

Une pratique réservée aux grands musées nationaux

Seulement, toutes les institutions en manque de subventions ne sont pas en mesure d’effectuer les mêmes démarches que le Louvre ou le Centre Pompidou. Puisque ces antennes résultent de la sollicitation du pays qui les accueille, non seulement elles dépendent de la renommée du musée dont elles sont originaires, mais elles nécessitent également que ce musée dispose d’une collection suffisamment importante pour pouvoir effectuer un prêt d’œuvres sans que cela n’impacte sur ses expositions temporaires. La faisabilité de ces projets repose donc également sur l’équilibre à maintenir entre foyers culturels émergents et foyers culturels historiques du monde.

Lire aussi : Excursion au Grand Palais pour le Salon du Livre Rare et de l’Objet d’art

 

Une politique culturelle au service de la diplomatie

Il faut également noter le caractère diplomatique de cette mondialisation culturelle. En effet, ces « succursales muséales » sont le produit d’accords inter-étatiques et non inter-muséales. L’Etat français réalise ainsi une politique culturelle au service du rayonnement de la France. Il est d’ailleurs incorrect de considérer ses antennes comme des « succursales ». Par exemple, le Louvre Abu Dhabi n’est pas une émanation française du Musée du Louvre, mais bien un musée émirati, qui a acheté une licence de marque pour 30 ans, avec un prêt d’œuvres décroissant au fil des années, le temps pour les Emirats Arabes Unis de se confectionner une collection propre. L’internationalisation des musées est donc une opportunité diplomatique pour le pays prêteur, mais sert aussi le développement de quartiers culturels dans le pays receveur, à l’instar des jeunes Emirats Arabes Unis, qui ont commencé à se tourner vers l’international au milieu des années 50 en même temps que l’essor de l’exploitation pétrolière, ou encore de la Chine qui porte encore quelques séquelles de la Révolution Culturelle.

Lire aussi : Un jour à Drouot, au cœur du marché de l’art français

 

Une opportunité de mécénat international pour les grandes entreprises

La renommée internationale ne concerne cependant pas que les nations. Ces projets sont aussi l’occasion pour des entreprises de s’associer à d’importantes actions de mécénat et ainsi de bénéficier d’une visibilité médiatique certaine. A ces entreprises nationales s’ajoutent également des organismes étrangers. Ainsi le Louvre est soutenu par différentes sociétés amicales, aux Etats-Unis par exemple, et bénéficie également de l’apport de Nippon Télévision au Japon.

De manière comparable bien que pas tout à fait équivalente nous pouvons également citer Chanel et le Grand Palais. Celui-ci s’engage dans plusieurs années de restauration profonde et se délocalisera pendant la durée des travaux sur les Champs-Elysées en différents pavillons, parmi eux le Pavillon Chanel, qui trouveront également une autre fonction lors des Jeux Olympiques de 2024.

 

Un outil de développement des publics étrangers

Si les antennes étrangères permettent au pays de développer ses publics, il n’est pas à négliger non plus qu’elles contribuent au développement des publics internationaux en France, dont le chiffre est en hausse de manière générale sur la dernière décennie, en provenance particulièrement de l’Asie de l’Est (au Louvre, la fréquentation étrangère était de 2.7 millions en 2001, 6.5 millions en 2014. Sur les 10 millions de visiteurs de 2018, 73% étaient étrangers dont 8% chinois).

Lire aussi : Le mobilier ancien a-t-il encore une valeur ?

 

Coopération internationale scientifique

Enfin, ultime atout à prendre en compte : les apports scientifiques que de tels projets peuvent engendrer. L’internationalisation des musées est une réelle opportunité de coopération scientifique, par la recherche, le commissariat partagé d’expositions internationales, les fouilles, ou encore la découverte d’artistes étrangers issus de ces nouveaux foyers culturels à travers le monde.

Ainsi, malgré les contraintes budgétaires, celles de renommée, de faisabilité, de temps, au-delà des considérations politiques, c’est une véritable universalité de l’art et des pratiques artistiques qui se dévoile.

Laisser un commentaire

RSS
Instagram