Joseph Aloisius Ratzinger a été élu pape le 19 avril 2005 sous le nom de Benoît XVI. © Mazur/www.thepapalvisit.org.uk

Le pape émérite Joseph Ratzinger, plus connu sous le nom de Benoît XVI, est décédé le samedi 31 décembre 2022.  Il devient ainsi le premier pape allemand depuis Victor II au XIe siècle.

 

Paisible, chétif et diminué par la maladie mais rayonnant toujours d’une sérénité toute spirituelle, ainsi s’éteint le 265ème Pontife Romain au dernier jour de l’année 2022, à 95 ans. Humble et discret, défenseur ardent de la Tradition vivante de l’Église, Benoît XVI a incontestablement donné sa vie à l’Église de Dieu. Dans un souci pressant d’unité et la recherche constante de la Vérité, il a donné une empreinte profonde à l’Église catholique : celle d’une Église ferme dans la foi qui ne craint pas de dialoguer avec le monde pour qu’ensemble ils s’enrichissent et grandissent vers le Bien, vers Dieu.

À la suite du saint Pape Jean-Paul II, puis en cédant humblement sa charge à son successeur en se retirant dans le silence et la prière pendant près de 10 ans, son modèle d’une vie unique et exemplaire faite de foi et de fidélité ne cessera pas de susciter l’ardeur et l’unité d’une jeunesse chrétienne soucieuse de la vitalité de l’Église et de la propagation de la Foi sur la terre.

 

Joseph Ratzinger, une vie humble de la campagne bavaroise au trône de saint Pierre

Joseph Aloisius Ratzinger est né le 16 avril 1927, veille du jour de Pâques, dans un village de l’arrière-pays bavarois, Marktl. Troisième et dernier enfant d’un couple catholique, son père, gendarme, était farouchement opposé au nazisme montant à l’époque. Enrôlé malgré lui à 14 ans dans les jeunesses hitlériennes, il parviendra pour un temps à ne pas intégrer l’armée en témoignant de son désir de devenir prêtre. La guerre rattrapant tout le monde, il est tout de même engagé dans la défense du territoire allemand. Il parvient à déserter en 1945 après le suicide d’Hitler, mais sera interné en camp de travail jusqu’en juin 1945, date à laquelle il parviendra à rentrer chez lui.

Après la guerre, il commence directement sa formation au sacerdoce. Il découvre notamment avec plaisir durant ce temps-là la lecture de grands écrivains catholiques français, Paul Claudel, François Mauriac, ou encore Georges Bernanos. De 1946 à 1951, il étudie la philosophie et la théologie à l’Université de Munich et à l’École supérieure de Freising. Il est ordonné prêtre le 29 juin 1951, à l’âge de 24 ans. Il poursuit ses études, soutient une thèse sur saint Augustin puis sur saint Bonaventure se révélant vite un enseignant et un chercheur remarquable, tout d’abord à Freising, puis plus tard à l’Université de Ratisbonne.

Ses études et publications lui font occuper rapidement des fonctions importantes dans l’Église allemande, et il s’impose comme une référence sur plusieurs questionnements théologiques. C’est ainsi qu’il sera convié à assister au Concile Vatican II, ce qui confirme son appel intérieur d’être théologien. Le 25 mars 1977, le Pape Paul VI le nomme archevêque de Munich et Freising : il est donc ordonné évêque cette même année, avec la devise « Cooperatores simus veritatis (3 Jn 1, 8) » (coopérateur de la Vérité), avant d’être créé cardinal peu après. C’est en 1981 que le pape Jean-Paul II le nomme Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, service pour lequel il se dévoue entièrement ; il travailla aussi de près à la rédaction du Catéchisme de l’Église catholique.

Il succède en 2005 au saint Pape Jean-Paul II comme 265ème Pontife Romain sur le trône de Pierre en prenant le nom de Benoît XVI en hommage à Benoît XV, pontife durant la 1ère guerre mondiale, et au saint de Nursie, le père du monachisme occidental. Presque huit ans plus tard, il remet dans un acte inédit et avec une grande humilité sa charge pontificale, devenant alors pape émérite de l’Église romaine. Il s’éteint dans la foi et l’espérance, presque 10 ans après, le 31 décembre 2022 à l’âge de 95 ans, sans avoir jamais cessé d’accompagner par sa prière notre Église et son successeur le pape François.

 

Benoît XVI, le pape théologien du Concile Vatican II

La grandeur de l’apport du Pape Benoît XVI au renouveau de l’Église commence bien avant son ministère pétrinien. À seulement 32 ans, il participait comme expert au Concile Vatican II comme théologien du cardinal Joseph Frings, archevêque de Cologne. Son travail aura une influence manifeste sur l’histoire de l’Église et du monde dans une époque où beaucoup de repères sont bouleversés. Il comprend très vite les enjeux auxquels l’Église fait face à ce tournant de son histoire et ce qui est attendu par l’Esprit Saint à travers ce Concile emblématique. L’Église doit se réformer en profondeur tout en conservant sa foi et son message évangélique qu’elle doit annoncer dans un monde moderne et déchristianisé. « L’abbé Joseph Ratzinger est un théologien modeste et compétent » diront Yves Congar ou Henri de Lubac, deux des grands théologiens acteurs du Concile.

Tout le travail de Joseph Ratzinger pendant et après le Concile sera de travailler à sa bonne réception et application dans l’Église universelle et d’œuvrer ainsi au renouveau théologique voulu par les pères conciliaires. Un renouveau qui vise tout sauf une reddition au monde et son confort, mais bien plutôt le choix sans compromission de l’Évangile à vivre au sein même de la modernité. Joseph Ratzinger souffrira beaucoup de la mauvaise interprétation faite des grandes intuitions du Concile Vatican II. Il travaillera alors ardemment à le faire interpréter correctement et à faire déployer ses enseignements, cela jusque dans sa charge de successeur de Pierre. L’ouverture au monde n’est pas une option, l’Église doit renouveler sa façon de penser et de vivre pour annoncer le Christ à tous les hommes de ce temps.

C’est ainsi que, dès 1969, il se faisait prophète des temps à venir auprès de la radio allemande en affirmant : « L’Église [demain] sera une Église plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela sera difficile pour elle, car cette période d’ajustements et de clarification va lui coûter beaucoup d’énergie. Cela va la rendre pauvre et fera d’elle l’Église des doux. Le processus sera d’autant plus ardu qu’il faudra se débarrasser d’une étroitesse d’esprit sectaire et d’une affirmation de soi trop pompeuse. On peut raisonnablement penser que tout cela va prendre du temps. Le processus va être long et fastidieux (…). Mais quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Église simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. »

 

Théologien compétent et expert au Concile Vatican II, le cardinal Joseph Ratzinger poursuivra lors de son pontificat l’œuvre entamée par le saint Pape Jean-Paul II.

 

Dès le début du Concile, il affirmait en effet que « l’armée du Christ a autre chose à faire qu’entrer dans des disputes académiques. Le monde n’attend pas de nous d’autres subtilités d’un système, mais il veut entendre la réponse de la foi à l’heure de la non-foi ». C’est bien le tournant que prendra l’Église avec saint Jean-Paul II d’abord, puis avec lui : celui d’une Église qui ne craint plus le monde mais qui ose au contraire lui apporter la foi en Dieu, aussi loin qu’il veuille parfois se retirer et se séparer. Toute son œuvre de théologien est là, tournée entièrement vers la nécessité de l’Église d’interpréter correctement le rapport renouvelé de l’Église au monde. Benoît XVI permettait ainsi de promouvoir largement la doctrine catholique au sein d’un monde occidental coupé de ses racines et ne parvenant plus bien à se comprendre, mais aussi à travers le monde entier.

Durant son pontificat, il travaillera ardemment comme durant toute sa vie d’homme d’Église à préserver la tradition catholique en mettant en avant la prière et en redonnant tout son sens à la liturgie, lieu par excellence où Dieu se donne et se reçoit, et où il ne peut pas y avoir de rupture de continuité. Il mit l’accent sur la nécessité de protéger la vie humaine, de sa conception à son terme, insista sur l’importance de la justice sociale et la nécessité de protéger l’environnement. Il travailla patiemment à la réforme profonde de la Curie romaine et du fonctionnement de l’Église voulue par le Concile, que son successeur continuera pour la mener à son terme. L’Église se dessinait ainsi un visage missionnaire à toute épreuve, à l’image même du Christ venu habiter parmi les hommes il y a 2000 ans. Raffermie dans la foi, purifiée de l’intérieur, l’Église se découvrait avec Jean-Paul II, puis Benoît XVI et François après lui dans une même continuité, prête à répondre aux crises existentielles d’un monde en attente profonde de Dieu.

 

Benoit XVI, le premier saint Pape du troisième millénaire ?

« Santo subito » ! C’est la locution italienne qui souligne la demande parfois soudaine des catholiques pour la canonisation rapide d’une personne morte en odeur de sainteté. Le chemin de sainteté du pape Benoît XVI, autant que nous le connaissions, fut sans doute de tenir toute sa vie cette ligne de crête entre l’ouverture aux changements nécessaires pour assainir l’Église et une fidélité sans failles à la Tradition, notamment par un travail de théologien plus qu’admirable. Lui qui fut dit conservateur ou même traditionaliste lors de son élection pontificale du fait de ses positions fermes sur des sujets de foi et de mœurs garda toujours pourtant cette docilité à l’Esprit Saint qui renouvelle sans cesse son Église de l’intérieur.

Malgré la mauvaise interprétation et les mauvaises traductions des textes du Concile durant les premières décennies, il défendit toute sa vie la foi simple et vraie de l’Église catholique en vivant lui-même une conversion intérieure incessante à travers les crises multiples que l’Église et le monde devaient vivre au tournant du troisième millénaire. Il succéda sans faillir et malgré de nombreuses contradictions au saint Pape qui le précéda durant 26 ans. Sa grande force d’âme fut indubitablement liée au courage de promouvoir la continuité de la Tradition, renonçant toujours à faire de l’Église post-conciliaire quelque chose qui puisse rompre avec le passé de l’Église. Son amour et sa défense du sacerdoce ministériel notamment furent sans failles, et c’est jusque dans l’humble silence de sa retraite en prière qu’il a défendu l’importance du célibat consacré pour les prêtres à la suite du Christ entièrement donné à son Église, redonnant ainsi de l’air et de l’élan à nombre de séminaristes en chemin vers le sacerdoce dans ces dernières années plus que tourmentées pour la vie de l’Église.

 

Ouvert au monde et fidèle à la Tradition, Benoit XVI a accompli un chemin qui pourrait faire de lui le premier saint Pape du troisième millénaire. © Kancelaria Prezydenta RP

 

Assurément, du ciel là-haut près de son Père, il continuera de prier pour nous, pour l’Église vivante du Christ qui travaille incessamment à la venue du Royaume et au salut des âmes. Que notre prière pour lui soit fervente en ces jours, afin qu’en communion avec lui dans le Christ, notre jeunesse chrétienne de France et dans le monde poursuive sa formation en vue de faire vivre demain encore la Tradition vivante de l’Église, celle qui toujours s’appuie sur la Parole actuelle du Dieu fait chair pour nous sauver. Benoît XVI, du ciel auprès de Dieu et ses anges, de la Bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, ora pro nobis !

 


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