Au Trocadéro, Éric Zemmour a annoncé avoir rassemblé 100 000 français. ©Charles de Blondin

Ce dimanche 27 mars place du Trocadéro, le grand meeting du candidat à la présidentielle Éric Zemmour, a été son dernier grand coup politique. Un rassemblement d’environ 100 000 personnes selon ses équipes, qui s’inscrit dans la dynamique de cette campagne exceptionnelle, voire unique, pour un candidat hors partis. Bien qu’il ne soit pas assuré d’être au second tour, Éric Zemmour a cependant réussi à reprendre le flambeau de la droite traditionnelle en attirant autour de lui une droite élargie. Un tournant dans la recomposition politique.

Soleil de plomb en cette fin mars pour donner rendez-vous aux soutiens du candidat Reconquête. Sur la place du Trocadéro, c’est l’effervescence. Le matériel est important et les équipes aussi. Pas moins de 1500 bénévoles mobilisés pour assurer la sécurité et l’accueil du public. Les contrôles ont d’ailleurs été renforcés pour cette journée cruciale dans la campagne d’Éric Zemmour.

Une organisation et une mobilisation réussies

A chaque entrée de la place, des barrières sont mises pour contrôler les billets des participants au meeting, carte d’identité en main, en plus d’une fouille en bonne et due forme par les équipes de sécurité. Il faut dire que les organisateurs n’attendaient pas moins de 50 000 personnes à quelques jours du meeting, ce qui, évidemment, laissaient planer un risque de heurts avec des groupuscules malveillants. Sur la place, 5 écrans géants furent dressés de façon à ce que toute la foule puisse suivre le discours en image. Les premiers sont arrivés dans la matinée, afin d’être au plus près de la scène installée devant la Tour Eiffel. Un cadre idéal pour celui qui ne cesse de déclarer « vouloir sauver la France ». Les symboles sont là et les drapeaux tricolores sont distribués en nombre, donnant un effet grandiose. Mais loin de vouloir donner une image trop traditionnelle à cet évènement, les pancartes et casquettes distribuées s’inspirent sans nul doute de la campagne de Trump de 2016, avec une image jeune et décalée comme le rappelle le slogan « Ben Voyons ! » affiché sur certaines d’entre elles.

A 14h45, alors que le meeting débute, la place est au trois/quart remplie, mais les participants ne cessent d’affluer. Certains ont fait le déplacement depuis l’autre bout de la France. Des cars sont partis de plusieurs grandes villes, permettant aux militants de la première heure d’assister au point d’orgue de cette campagne. Si le nombre des participants, avancé par le candidat lors de son discours, semble pour le moins surestimé, il est cependant évident que le meeting ait attiré des Français de toutes conditions. Les jeunes sont très présents parmi les participants, mais il est frappant de voir un grand nombre de retraités. Toutes les classes d’âges sont présentes et les familles aussi. Des parents sont venus avec leurs enfants ou des proches. Cependant, les classes populaires ou d’origine étrangère, paraissent avoir peu fait le déplacement. La classe moyenne française était la plus représentée dans ce meeting.

Discours patriotiques et retour du tragique

Le meeting a permis au parti Reconquête de rassembler toutes les figures politiques qui ont pris la décision de quitter leurs anciens partis pour celui de l’ancien journaliste. Les prises de paroles des soutiens furent brèves mais très énergiques. Chacun y va de son bon mot ou de sa verve pour exprimer son soutien au candidat. Pour Gibert Collard, député RN, Zemmour « est l’homme qui ne courbe pas l’échine sur la colline du crack ». Présenté comme un dissident du système et de la politique menée depuis 40 ans, par l’eurodéputé RN Jérôme Rivière, la figure d’un homme authentique et sincère revient souvent dans les paroles des intervenants. Tout l’enjeu pour l’équipe de campagne du candidat est d’attirer les abstentionnistes, écœurés de la vie politique actuelle, ou simplement désintéressés. D’ailleurs, l’intervention à la tribune d’un abstentionniste repenti n’y trompe pas. Jean-Marc, interlocuteur de Zemmour lors d’une émission télé, prend la parole, et déclare avoir été convaincu par ce dernier, et enjoint chacun d’aller voter en rappelant que dans l’isoloir « personne ne peut vous menacer et vous insulter ». La campagne de Zemmour s’est aussi construite, de façon habile, autour des différentes crises qui ont marqué  ce quinquennat. La crise des gilets jaunes, représentée par une ancienne leader du mouvement, Jacqueline Mouraud, a permis de donner un accent populaire au candidat ; les erreurs et contradictions du gouvernement en matière de gestion de la crise sanitaire ont été pointé du doigt par Jean-Frédéric Poisson et Sébastien Meurant.

Au-delà du rejet du système en général et du gouvernement Macron en particulier, c’est bien la peur d’un basculement démographique et de l’effondrement civilisationnel qui motivent les prises de paroles. Le risque de la disparition culturelle de la France et de son art de vivre, que Stéphane Ravier pose en début de meeting se retrouve en toile de fond. Marion Maréchal et Philippe de Villiers, les deux piliers du mouvement ont, d’une façon grave et émouvante, dénoncé les dérives communautaristes. Le danger de l’immigration a été bien sûr au cœur de ce meeting, et des témoignages de parents de victimes du terrorisme ou d’étrangers clandestins ont ponctué ces interventions. Tel fut le cas de la mère de Marion, assassinée en 2018 par un migrant algérien pour avoir refusé de se marier avec lui après l’avoir recueilli chez elle. Patrick Jardin, père d’une des victimes du Bataclan, conspué par les médias pour ses prises de position anti-immigration, prend aussi la parole, face caméra, pour appeler à la « remigration ». Témoignages poignants et émouvants, qui ont eu de l’effet mais qui semblent passer à la trappe en raison de l’actualité en Ukraine.

 Le discours de Zemmour, un tournant pour la droite

C’est au son des battements de cœurs, faisant vibrer le public, que le candidat à la présidentielle est annoncé.  Une arrivée bien ficelée, quasi présidentielle, caméra suivant le pas solennel du candidat sur une musique épique. C’était son coup de poker : se mettre dans les chaussons des candidats de la droite, avec une gestuelle gaullienne, appuyée dans un cadre soigné et symbolique. Car le pari de cet évènement fut évidemment de rassembler et souder l’électorat de droite. D’ailleurs, Éric Zemmour le fait bien comprendre dès le début de son discours : « en choisissant le Trocadéro, je veux laver l’affront de la droite ». Les discours de Sarkozy en 2012 et de Fillon en 2017 sur cette même place ont laissé une marque à droite, en même temps qu’un vide politique suite aux défaites de ces deux candidats. Le discours de Zemmour renoue avec la tradition des grands discours républicains qui jonglent avec les références historiques, les grandes phrases lyriques, et le vocabulaire guerrier. Le ton assuré, voire même énergique du candidat, a redonné du souffle à sa campagne, qui piétinait depuis le début de la guerre en Ukraine. Sur le fond, rien qui puisse surprendre un auditoire totalement acquis à la cause d’Éric Zemmour.

Non content de remplir ses salles de meeting, Éric Zemmour se vante aussi d’avoir réussi à unir des électeurs venus des différents camps de la droite, dans une optique de faire sauter la digue qui sépare le parti LR de celui du RN. Sa base électorale est donc alignée sur ce principe de réconciliation, et il suffisait de poser la question aux participants du Trocadéro pour s’en rendre compte. Beaucoup d’entre eux avaient voté pour François Fillon au premier tour de la présidentielle en 2017. Au second tour, si une bonne partie ont voté Marine Le Pen ou se sont abstenus, rares sont ceux qui auraient voté en faveur d’Emmanuel Macron. Les électeurs de la « droite classique » ont compris que le parti LR, devenu centriste depuis la création de l’UMP, ne répondraient plus à leurs attentes. Une ancienne militante des LR depuis 1999 témoigne de ce naufrage. Elle a décidé de rejoindre Eric Zemmour en raison de la situation catastrophique du pays et des dérives de la classe politique. Au bord des larmes, elle considère que Zemmour est le seul qui puisse encore « sauver le pays ». La droite conservatrice est très représentée chez les participants, autant que dans l’équipe d’Éric Zemmour : Jean-Frédéric Poisson, Laurence Trochu ou encore Marion Maréchal.

Mais ce qui attire aussi plus largement les électeurs de Reconquête, c’est le parcours de leur champion. Engagé dans le débat politique depuis qu’il est journaliste, le candidat a su imposer un style en même temps qu’un franc-parler qui le démarque de la langue de bois des hommes politiques. Pour ses soutiens, il incarne ainsi le « camp de la vérité », et il ne s’est pas compromis dans une carrière politique. De façon plus anecdotique, beaucoup de royalistes font partie de cet électorat, ce qui peut sembler paradoxal compte tenu de ses positions très républicaines et radicales en matière de laïcité. Mais, sa politique « bonapartiste » va en ce sens : rassembler les classes bourgeoises et populaires, les opinions républicaines et royalistes, comme Napoléon Bonaparte le fit en son temps.

Ainsi dans son discours, Zemmour, se reconnaissant comme « le seul candidat de droite de cette élection » a invité la foule à faire le serment de poursuivre « le combat » que lance Reconquête dans cette bataille électorale, et plus largement dans les années à venir. Même s’il ne gagne pas cette élection, il est certain que son action politique changera en profondeur la droite française : une recomposition politique en marche…


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