Jean-Pierre Pernaut : le porte-voix des régions françaises

Le présentateur du JT de 13h de TF1, Jean-Pierre Pernaut, a accompagné durant 33 ans plusieurs générations de Français.

Vendredi 18 décembre, le JT de 13h de TF1, journal d’informations le plus regardé d’Europe, a salué le départ de son présentateur vedette, Jean-Pierre Pernaut. Une page qui se tourne pour la télévision, mais aussi pour de nombreux téléspectateurs anonymes qui ont été fidèles à ce journal fait à leur image.

 

C’était sa dernière au journal du 13h et il fallait qu’elle soit à la hauteur de celui qui en a tenu les rênes depuis 33 ans. Si Jean-Pierre Pernaut a commencé son journal comme à son habitude, de sa voix chaude : « Mesdames et Messieurs bonjour ! », tout de suite le décor est planté : « ça y est, c’est fait, c’était la dernière fois que je vous le disais ». Jean-Pierre Pernaut s’y préparait depuis plusieurs mois non sans quelques hésitations. Le Covid a été un déclencheur. Confiné auprès de sa famille durant le mois de mars et avril en raison de sa santé fragile, JPP ne cache pas avoir découvert un autre rythme qui lui a fait prendre conscience qu’il était temps de se retirer du 13h. L’annonce de son départ en septembre fut une nouvelle fracassante et déjà la nostalgie de nombreux Français remontait. Le journal Sud-Ouest n’hésitait pas à titrer « La fin d’une époque » pour évoquer son départ. Toute cette agitation médiatique fit d’ailleurs sourire Jean-Pierre Pernaut : « Même pour la mort du pape ils n’ont pas fait plus gros ! ».

 

Un homme discret

Mais alors pourquoi tant d’émotions pour un présentateur de télévision, fidèle au journal de 13h ?  Il suffit de regarder le parcours de Jean-Pierre Pernaut et l’aboutissement d’un travail acharné pour se rendre compte de l’attachement qu’il a su créer entre lui et son public. Car Jean-Pierre, enfant de la Picardie, n’ayant jamais eu le bac, n’était pas destiné au départ à prendre le siège du 13h de TF1. S’il entre dès la création de la chaîne en janvier 1975, où il commença comme présentateur de l’édition de 23h (1975-1978), il reste cependant attaché au travail qu’il eut comme journaliste dans la presse écrite et passe dans différents services (grand reporter, rédacteur en chef d’émissions). C’est lors de l’annonce du départ de l’animateur-star Yves Mourousi que l’on fait appel à cet homme relativement discret pour le remplacer une semaine, le temps de trouver un nouveau présentateur.

 

Une information issue des régions

Son premier JT le 22 février 1988 ne s’arrêtera qu’à un âge christique, avec plus de 7000 JT au compteur. La recette de ce succès ? Une autre façon de faire de l’information et ne pas hésiter à casser les codes. Car, oui, il faut bien l’admettre, le journal de Pernaut ne fut pas du goût d’un certain nombre de journalistes qui l’assimilaient à une information de comptoir, loin des grands sujets de l’actualité, et y dénonçant, non sans peut-être quelques jalousies, un brin de chauvinisme. Si ces critiques sont aujourd’hui l’apanage de quelques esprits déracinés, la redéfinition de l’information du 13h plût aux Français. Jean-Pierre Pernaut avait compris une chose, il faut « essayer d’avoir un journal qui ressemble aux gens qui le regardent ». C’est donc une information issue des régions qui est portée sur le plateau parisien. Les terroirs, pays, régions, provinces, campagnes, sont à l’honneur et redonnent à la France des couleurs affadies par un tropisme parisien et les mauvaises nouvelles du quotidien. Ainsi, la voix des petites gens, des paysans, des artisans, des commères, des vieux, des enfants, des accents provinciaux étaient les premiers sons enregistrés, et la présentation de la gastronomie, des savoir-faire, des foires, des marchés, des fêtes, des villages reclus et des sentiers escarpés étaient les premières images captées du JT. Et tout cela grâce à un maillage d’équipes en région, passant de 3 à son arrivée à 19 correspondants prêts à sillonner les routes pour chercher l’information au plus près, en lien avec la presse locale. Ce manager de 300 personnes a réussi à tisser des liens forts avec chacun d’entre eux, rendant le succès de cette aventure possible.

 

Un présentateur proche des Français

Mais si le cœur du JT est là, il ne faut pas écarter aussi la grande information qui fut aussi traitée avec la même rigueur. A ce titre, Jean-Pierre Pernaut n’hésitait pas à se déplacer lorsqu’à ses yeux un événement historique se déroulait pour y délivrer l’information au plus près, comme ce fut le cas avec la guerre au Liban et les attentats du 11 septembre, ou encore après la catastrophe de Tchernobyl dont il fut le premier journaliste occidental à se rendre sur place. La grande actualité a donc une place importante mais ce dont le présentateur ne veut pas c’est d’une actualité dictée par l’agenda des ministères ou de Matignon. C’est pourquoi il supprime les directs du conseil des ministres du mercredi. Ce choix, qui apporte un autre regard sur la France, est assumé et Jean-Pierre Pernaut se moque bien du qu’en dira-t-on. Ses différents « coups de gueule » à propos de mesures gouvernementales en témoignent, relayés de suite par les médias nationaux qui laissent sous-entendre que le Jean-Pierre prend des accents réac’ ou populistes. « Si le populisme c’est d’être proche des gens, je suis populiste » répondait-il quelques jours avant son départ.  Et être proche des Français, Pernaut en a fait son credo. Entier dans son travail, il a dépassé le cadre du petit écran pour aider les Français dans les problèmes du quotidien : SOS villages pour sauver les petits commerces ayant du mal à trouver un repreneur, ou encore plus récemment, SOS commerces pour soutenir les boutiques fermées à cause du confinement, en sont de beaux exemples. Le JT fut également pour lui une tribune afin d’y célébrer la beauté de notre pays, ses paysages, ses traditions, sa culture, en bref tout ce qui est caché par la France d’en haut, et mettre un coup de projecteur sur ces Français trop souvent oubliés. Finalement, comme le suggère un journaliste, Pernaut c’est « la France du tour de France ».

 

Un hommage national

Il serait donc difficile de s’étonner de l’hommage qui lui a été rendu durant ce dernier JT, une occasion unique pour des millions de Français (8,1 millions de téléspectateurs, un record !) de dire merci à celui qui fut le porte-voix de la France profonde en même temps qu’un membre de leur famille. Par la reconnaissance de ses équipes, par les salutations de diverses personnalités, par les messages d’amitiés venus de tout le pays, de métropole et d’Outre-mer, le travail de Jean-Pierre a été grandement récompensé.

Une belle carrière pour un homme simple, modeste, proche des Français et qui a su rester à la fois exigeant et fidèle à son travail.  Et si c’est bien la fin d’une époque, Jean-Pierre Pernaut ne reste cependant pas loin avec le lancement de sa chaîne JPPTV ainsi qu’une émission toutes les semaines sur LCI. Souhaitons encore de belles années à venir à celui qui a toujours gardé « L’envie » comme le chantait Johnny Halliday.

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