«Le grand bonheur» de Nicolas Diat : immersion au cœur de la vie monastique à Fontgombault

L'abbaye Notre-Dame de Fontgombault est une abbaye bénédictine fondée en 1091. ©Cécile Patry-Morel

Nicolas Diat est éditeur et écrivain. Ces dernières années, il a édité des livres qui ont suscité un réel engouement : J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu de Philippe de Villiers, Servir et Qu’est-ce qu’un chef ? du général Pierre de Villiers ou Le soir approche et déjà le jour baisse du cardinal Robert Sarah. 

 

Son récit est vraiment de qualité. Il nous transporte littéralement au cœur de l’abbaye bénédictine de Fontgombault. Elle est présentée ainsi par l’auteur : « Le monastère compte une soixante de moines. Ils sont venus de Solesmes en mai 1948 pour relever la vie contemplative. Depuis, Fontgombault a fondé et restauré six autres monastères ».

Diat raconte, avec des mots justes et très souvent touchants, le quotidien des moines dans leurs différentes et nombreuses activités. Il confesse volontiers : « Souvent, j’ai contemplé, fasciné, le départ des moines lors d’un après-midi de promenade. Franchie la porte dérobée du verger, les religieux se perdent dans la campagne. Ils marchent vite, par petits groupes, d’un pas cadencé. Leurs habits noirs de laine fruste, les tuniques traditionnelles des fils de saint Benoît, forment des volumes étranges et impressionnants. Ils avancent, rient, se chamaillent gentiment. Les moines sont heureux ». L’auteur ajoute également : « Ces jours exceptionnels, ils se lancent dans de grandes conversations. Car le silence est habituellement une règle d’or ».

Diat nous révèle rapidement l’objectif de son livre formulé par deux importantes questions : « Comment comprendre ces hommes nimbés de mystère ? Les mots pourront-ils exprimer ce qui est d’abord une aventure intérieure ? » Les moines lui avaient alors répondu franchement : « Votre tâche ne sera pas aisée ». Cependant, l’auteur parvient à nous faire partager la vie des moines à travers des histoires enthousiasmantes et intimistes, bien que cet exercice se présente comme difficile. Pour celles et ceux ignorant tout des us et coutumes de la vie monacale, l’auteur rapporte ce qui suit : « Les sept offices du jour, et celui des matines, célébré la nuit, sont l’ossature d’un quotidien immuable. Il demeure jusqu’à la mort. La nuit, il faut se lever à quatre heures trente du matin. Matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et complies se répètent, de jour en jour, de saison en saison ».

A lire cette présentation, beaucoup considéreront que « cette vie peut sembler humainement impossible ». De fait, elle ne peut être comparée à un long fleuve tranquille : « Les embûches existent. Elles sont légion. Les moines de Fontgombault respirent pourtant la joie. La lumière de leur regard ne trompe pas. C’est un bonheur simple. Car les contemplatifs ne sont pas des demi-dieux. Ils sont des hommes qui décident d’orienter leurs jours vers Dieu ». L’auteur précise : « Leur programme est un voyage exaltant. Il ne se mesure pas ». Chaque personne doit avoir conscience qu’en « entrant dans un monastère, il faut abandonner les critères du monde. Le moine est un homme dépouillé, concentré sur les réalités d’en haut, détaché des affaires terrestres. Sa vie n’est plus la nôtre ».

Pour tenter de percer les fondamentaux de leur existence, il convient de se répéter sans cesse la devise de saint Benoît : Ora et labora, « Prie et travaille ». Diat explique à raison et avec conviction que « le vrai bonheur ne se marchande pas, dans le monde comme dans un monastère. Pas à pas, en remettant son ouvrage sur le métier, le moine cherche le bon, le bien, le juste. La règle de saint Benoît est une quête inlassable de l’équilibre. Equilibre du cœur, équilibre de l’intelligence, équilibre de l’âme. Pour ce faire, le moine fuit le méchant, l’impie, le jouisseur et l’avide. Rien de grandiose. Mais le combat est rude ».

Diat précise que « tous les travaux des moines sont enveloppés dans un grand tourbillon vers Dieu. Le père abbé donne une homélie, le frère s’occupe d’un bouquet de fleurs, le cellérier écrit un bilan comptable, le jardinier bine un rang de carottes ; ils ont tous une même importance. Chacun à sa place et à sa tâche, chacun à sa peine sous le regard du Très-Haut ». Ce récit passionnant nous invite à « pénétrer dans un monde intemporel, une cité interdite, une société idéale » qui nous permet de (re)découvrir le monastère dans ses différentes composantes : ferme, réfectoire, cellules, bibliothèque, hôtellerie, imprimerie, cloître, église, sacristie, chapitre…

Après avoir refermé cet ouvrage, les lecteurs qui ne connaissent pas encore Fontgombault désireront la découvrir sur place dans le Bas-Berry. Les autres, c’est-à-dire ceux ayant déjà pu s’y rendre en retraite, apprécieront du fond du cœur ce journal intime du monastère nous rappelant page après page, ligne après ligne, l’importance de Dieu, de la prière, du travail bien fait et surtout de l’humilité…

 


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