La route fait partie intégrante du patrimoine Français. ©Henry Burrows / Flickr

L’annonce par le gouvernement gallois de la fin des financements pour la construction de nouvelles routes bénéficie d’un certain écho. Cette nouvelle politique ne doit pourtant pas occulter la nécessité de moderniser et de rendre plus durables les infrastructures routières. En France, le réseau non concédé souffre particulièrement d’un manque d’entretien de la part des pouvoirs publics. Une absence de politique qu’il convient de réparer urgemment tant ces infrastructures constituent un investissement qui stimule l’économie et l’attractivité des territoires, comme l’a martelé le président américain Joe Biden en annonçant son plan d’investissement dans les infrastructures « build back better ».

 

Aux Etats-Unis, le compromis politique entre Démocrates et Républicains a abouti au montant faramineux de 1 200 milliards de dollars, qui serviront à la rénovation des infrastructures américaines. Certes inférieur aux 2 300 milliards de dollars initialement proposés, l’élan donné par la nouvelle administration est impressionnant. Plus de 32 000 kilomètres de routes et autoroutes doivent être modernisées et quelque 10 000 ponts réparés à travers les États-Unis. Si le président Biden a visiblement bien compris qu’avoir des infrastructures de premier plan est un levier d’attractivité essentiel, ce n’est peut-être pas encore le cas de ce côté-ci de l’Atlantique. La route reste un sujet délicat à aborder, même pour le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, dont les prises de parole sont plutôt rares. Plus étonnant encore, même le volet consacré à l’accélération des travaux d’infrastructures de transports de France Relance, le plan de relance présenté par le gouvernement en septembre 2020, ne s’intéresse que très peu à la nécessaire lutte contre la détérioration du réseau routier français.

 

Un bon investissement social et économique

Investir dans les infrastructures, et en particulier dans la rénovation des ponts et des routes, c’est faire le choix de financer un secteur indispensable à notre société, tant pour sa vocation première de mobilité que pour sa contribution à la compétitivité de l’économie.

Les routes et rues françaises sont le principal vecteur des échanges, puisqu’elles assurent à elles-seules près de 90% des déplacements. À ce titre, elles constituent en quelque sorte le socle du premier réseau de notre pays. La crise sanitaire que nous traversons a d’ailleurs démontré l’importance de ces infrastructures pour nos approvisionnements du quotidien, afin de maintenir tous les services nécessaires à nos concitoyens. Les infrastructures routières jouent également un rôle de premier ordre dans le désenclavement et l’attractivité des territoires, que ce soient pour les habitants qui ont besoin de mobilité au quotidien, que pour les entreprises qui s’y installeront plus aisément si le maillage routier rend l’accès et les déplacements plus faciles.

Outre cet aspect social essentiel, les infrastructures jouent également un rôle très important dans l’économie de notre pays. Selon la Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP), le chiffre d’affaires générés par les travaux routiers en 2019 s’élevait à 15,3 milliards d’euros, soit plus des 2/3 du chiffre d’affaires réalisés par l’activité des travaux publics cette même année. Un poids considérable donc, auquel s’ajoute un autre facteur d’importance : l’emploi. En effet, selon Routes de France, en 2019, les entreprises de construction routière employaient 84 500 personnes. Plus largement, Routes de France estimait que plus de 2 millions d’emplois étaient liés à la route dans notre pays. Un chiffre non négligeable qui devrait encourager Bruno Le Maire, lui qui exhortait les entreprises de travaux publics à engager des jeunes et à faire travailler des ouvriers français, à envisager plus que sérieusement d’investir massivement dans la rénovation de nos infrastructures, à l’instar de Joe Biden.

 

Anticiper le vieillissement des infrastructures

Si Joe Biden est prêt à mettre autant d’argent sur la table pour la rénovation des infrastructures en mauvais état de son pays, c’est parce qu’il sait qu’elles représentent un enjeu de taille pour l’avenir. Car plus un pays tarde à s’attaquer au problème, plus les infrastructures vont continuer à se dégrader et surtout, plus leur remise en état coûtera cher. Déjà, en 2017, les auteurs d’un rapport d’information sur l’état des infrastructures routières et autoroutières expliquaient à propos de la dégradation du réseau routier français que « même si elle peut sembler limitée pour l’instant, il apparaît nécessaire de la mesurer et d’y mettre un terme, pour éviter la détérioration de ce patrimoine et l’augmentation de ses coûts d’entretien ». Et effectivement, d’après des spécialistes du secteur, une rénovation complète de la voirie entraînerait une dépense 20 fois plus élevée qu’un entretien préventif réalisé chaque année. En d’autres termes, en pensant faire des économies, l’État ne fait que s’endetter encore plus. Même si l’État estime ne pas en avoir les moyens, mettre de l’argent dans les routes aujourd’hui serait un bon investissement pour éviter des dépenses accrues demain.

Enfin, un investissement massif dans nos infrastructures serait aussi le meilleur moyen de décarboner la mobilité car les déplacements routiers représentent à eux seuls près de 30% des émissions de gaz à effet de serre. Plus que jamais, la route s’impose donc comme un vecteur incontournable de développement de la mobilité décarbonée. Déjà parce que, selon une étude menée par l’université américaine Rutgers, prolonger la durée de vie de la chaussée grâce à un entretien préventif pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 2%. Mais surtout parce qu’investir aujourd’hui dans les infrastructures routières est l’occasion de mettre en œuvre de nouveaux processus et équipements plus respectueux de l’environnement : enrobés écologiques, développement du réseau des bornes de recharge électrique, mise en place de voies réservées au covoiturage ou aux transports en commun… La route devient bien un investissement durable comme le souligne d’ailleurs un document intitulé « Nos routes autrement », édité par les onze directions interdépartementales des routes (DIR) : « la route est donc en première ligne des problématiques liées au développement durable » et en particulier « environnementale, au regard de la responsabilité des transports dans le changement climatique, l’utilisation de ressources naturelles et l’impact sur la biodiversité ».

Une prise de conscience qui doit être suivie d’effet pour réaliser un schéma vertueux dont la logique devrait s’imposer à chacun : investissement, décarbonation, compétitivité.

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