La guerre russo-afghane : un Viêt-Nam soviétique aux conséquences funestes

Le 15 février 1989, les dernières troupes russes quittent le territoire afghan.

L’invasion de l’Afghanistan par les soviétiques en 1979 marque le dernier grand conflit de la guerre froide. Pendant dix ans (1979-1989) des factions rivales soutenues par les États-Unis ou encore l’Iran vont ensanglanter le pays, et poser les bases d’un nouvel islamisme radical.

 

En cette journée du 27 décembre 1979, Hafizullah Amin est inquiet. Le président de la « République Démocratique d’Afghanistan » et du « Conseil Révolutionnaire » a reçu des rapports indiquant que les troupes de l’URSS ont envahi plusieurs régions frontalières trois jours plus tôt (dans la nuit du 24 au 25 décembre). Bien que d’obédience communiste, Amin n’en est pas moins un féroce adversaire de Moscou, il désire contrôler seul la destinée de son pays. Pour cette raison, il a pris le pouvoir quelques mois en arrière (septembre 1979) et fait assassiner son prédécesseur et rival, Nour Mohammad Taraki, qu’il trouvait trop timoré et surtout bien trop pro-russe. Admirateur de Staline, Amin purge le Parti Communiste Afgan et force la société musulmane traditionnelle au « progrès ». De plus en plus impopulaire, trop radical pour son peuple comme aux yeux du KGB, ses réformes (Athéisme d’État, interdiction du port du voile pour les femmes, collectivisation des terres paysannes…) finissent de le présenter comme un apostat aux yeux des Mollahs (érudits musulmans uniques au monde Turco-Persan). L’Iran voisin, qui a connu une révolution islamique la même année (février 1979) sous l’égide de l’Ayatollah Khomeini, commence à appeler au Jihad tous les musulmans d’Asie centrale contre le régime afghan. Moscou, mesurant le danger d’une république islamique à ses portes, se décide à intervenir militairement. Sa priorité ? Destituer Amin. Pour ce faire le KGB et les Forces Spéciales Soviétiques montent l’opération « Tempête 333 ».

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Amin de plus en plus inquiet en ce jour du 27 décembre 1979, prend toute la mesure de la situation quand des commandos Spetsnaz donnent l’assaut sur le Palais Tajbeg (Demeure présidentielle à l’extérieur de Kaboul) et viennent à bout de ses 2200 gardes du corps avant de l’exécuter à son tour. Hafizullah Amin n’aura régné, en tout et pour tout, que trois mois.

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Les rebelles et les prémices d’un islamisme radical

Les Russes installent au pouvoir Babrak Karmal, plus modéré, et pion aux exigences de Moscou. Dans le même temps l’armée soviétique conquiert rapidement les grandes villes (55 000 hommes à Kaboul) mais peine à contrôler les zones montagneuses, où les blindés sont inefficaces. La première décision désastreuse de Brejnev (Dirigeant de l’URSS à l’époque) est de désarmer l’armée Afghane, dont une partie garde les armes et déserte dans les montagnes pour former une proto-résistance. Les États-Unis, notamment la CIA, financent et arment les candidats au Jihad venu de tout le monde musulman (Maghreb, Péninsule Arabique, Asie…), et soutiennent les Moudjahidines afghans. Les luttes ethniques (entre Pachtounes, Baloutches, Tadjiks…) prennent momentanément fin contre l’ennemi commun, l’URSS. Une grande « Alliance Islamique » internationale se forme avec l’appui des Occidentaux. Un certain Oussama Ben Laden est envoyé par les services secrets saoudiens pour organiser le Jihad pour les volontaires de la Péninsule Arabique. En 1983, malgré plus de 100 000 soldats dans le pays, l’Armée Rouge ne contrôle que les grands centres urbains, soit moins de 20 % du territoire. Les jihadistes occupant les campagnes et zones montagneuses, engagent une guérilla impitoyable contre les soviétiques. Bientôt ces derniers ne sont plus que retranchés dans leurs bases, sortant sporadiquement pour essayer de gagner quelques zones qu’ils perdent aussitôt. Cependant à partir de 1984 les Russes reprennent l’avantage grâce à leurs hélicoptères de combat, après plusieurs offensives meurtrières (et non victorieuses) ils pacifient (pour un temps) la vallée du Pandjchir.

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En 1986, la balance penche du côté soviétique, mais les américains équipent bientôt les Moudjahidines du lance-missile FIM-92 Stinger, sorti tout droit des usines de l’Oncle Sam, et diablement efficace contre les hélicoptères. Les Russes en présence depuis plus de six ans, commencent à perdre patience et pratiquent systématiquement la politique de la « Terre Brulée » (destructions de tous les moyens de productions : champs, nourriture, bâtiments, usine…) pour empêcher le ravitaillement des rebelles, entérinant de cette façon les derniers soutiens dont ils jouissaient dans le pays. Le Président Karmal est remplacé par Mohammad Najibullah, qui souhaite une « réconciliation nationale » avec les rebelles modérés. Pour cela il annonce le retrait des troupes soviétiques du territoire afghan. En 1988, Gorbatchev (dirigeant de l’URSS) en ayant assez du bourbier afghan précipite le rapatriement de l’Armée Rouge, et force le Pakistan à signer les Accords de Genève (14 avril 1988) qui promet de ne plus interférer dans les affaires afghanes (c’est-à-dire ne plus servir de base arrière pour les Jihadistes). Enfin en 1989, les Russes se retirent définitivement du pays.

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Le Jihad jusqu’au bout

Toutefois, les rebelles islamistes les plus radicaux refusent de déposer les armes, et forment une alliance nommée « Emirat Islamique d’Afghanistan », mieux connu sous le triste nom de « Talibans ». Ils prennent Kaboul en 1996, instaurent la Charia, et exterminent les rebelles plus modérés, comme ceux du Commandant Massoud, avec qui pourtant ils avaient combattu quelques années plus tôt. Sous l’égide de leur chef, le Mollah Omar, le pays deviendra un camp d’entrainement jihadiste à ciel ouvert, qui formera des terroristes, mais aussi des combattants qui se retrouveront sur divers front : l’Ex-Yougoslavie (Bosnie Herzégovine et Kosovo), les Philippines (Insurrection Moro), le Maghreb (principalement en Algérie avec le Front Islamique du Salut), et surtout récemment en Syrie et en Iraq au sein de l’État Islamique.

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